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La répression se poursuit au Myanmar, l'ONU est divisée sur les mesures à adopter

Des centaines de personnes sont réunies près d'un cercueil.

Familles, amis et manifestants font le signe de la résistance lors des funérailles samedi de Ko Phoe Chit, 22 ans, Arkar Moe, 26 ans, et Zwal Htet Soe, 26 ans, morts dans des affrontements avec les forces de l'ordre au Myanmar.

Photo : Getty Images / Stringer

Agence France-Presse

Les manifestants prodémocratie sont redescendus dans les rues samedi au Myanmar, au lendemain d'une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, divisé sur la réponse à apporter aux « appels désespérés » de la population.

La répression meurtrière se poursuit. Au moins 55 personnes ont été tuées depuis le début de l'insurrection pacifique contre le coup d'État du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi.

Mais la mobilisation ne faiblit pas. À Loikaw, des centaines de personnes, dont des enseignants en uniforme vert et blanc, ont brandi des panneaux appelant à la désobéissance civile. Notre révolution doit gagner. Si vous allez au travail, vous aidez la dictature, a scandé la foule.

Les appels à la grève ont un impact important sur certains secteurs de l'économie déjà très fragile du pays, avec des banques incapables de fonctionner, des hôpitaux fermés et des bureaux ministériels vides.

Les médias d'État ont exhorté les fonctionnaires à reprendre le travail, faute de quoi ils seront licenciés à partir du 8 mars.

Dans le quartier de San Chaug, à Rangoon, la capitale économique, la police a détruit les barricades de fortune érigées par les manifestants et tiré des gaz lacrymogènes et des bombes assourdissantes pour disperser de petits rassemblements.

Dans nos révolutions passées, nous n'avons jamais gagné [..] Cette fois, nous devons nous battre avec la jeune génération pour remporter la victoire.

Une citation de :Maung Saungkha, un militant
Ils se tiennent debout avec des boucliers.

Des manifestants bloquent une rue à Rangoon samedi.

Photo : Getty Images / Stringer

Coupures d'Internet, interpellations, recours à la force létale : les généraux putschistes sont plus déterminés que jamais à faire cesser le vent de fronde qui souffle sur le pays.

Vendredi, un homme de 26 ans a été touché par un tir mortel dans le cou lors d'un rassemblement à Mandalay, et une ONG a rapporté des raids contre des immeubles d'habitation et un hôpital à la frontière thaïlandaise.

Deux jours plus tôt, au moins 38 protestataires avaient été tués. Des images ont montré les forces de sécurité tirant sur la foule et des manifestants couverts de sang, touchés à la tête par des balles.

Deux jeunes de 18 ans ont été enterrés samedi. Il n'y aura pas de pardon pour vous jusqu'à la fin du monde, a chanté la foule.

Une exhumation qui fait réagir

La chaîne de télévision d'État MRTV a confirmé l'exhumation par les autorités du corps d'une autre victime, Kyal Sin – devenue une icône, car elle portait un t-shirt où était inscrit Tout ira bien quand elle a été abattue. Les autorités ont examiné le corps avant de le remettre en terre, suscitant l'indignation sur les réseaux sociaux.

L'exhumation a été réalisée avec l'accord du père de la victime et la balle retrouvée dans son corps était différente de celles utilisées par la police, a assuré le journal télévisé du soir de MRTV.

Des gens qui ne souhaitent ni la stabilité ni la paix pourraient en être les auteurs, a fait valoir la télévision d'État.

À la frontière avec l'Inde, près d'une centaine de citoyens birmans se sont rassemblés avec l'intention de trouver refuge dans le pays voisin, selon un responsable des fusiliers de l'Assam, unité paramilitaire sous le commandement du ministre de l'Intérieur indien.

Au moins 85 civils en provenance du Myanmar attendent à la frontière pour entrer en Inde, a précisé ce responsable indien sous couvert d'anonymat. De plus, 48 autres ont déjà traversé la frontière, dont 8 policiers refusant de prendre part à la répression.

Le Myanmar a exigé de l'Inde le rapatriement des policiers afin de préserver les bonnes relations entre les deux pays.

Désaccords à l’ONU

Rien n'infléchit les généraux, qui profitent aussi des divisions de la communauté internationale.

Le Conseil de sécurité de l'ONU, réuni vendredi, n'a pas réussi à se mettre d'accord sur une déclaration commune. Des négociations sur un texte doivent se poursuivre la semaine prochaine, d'après des sources diplomatiques.

Nous sommes prêts à envisager des sanctions internationales conformément à la Charte des Nations unies si la situation continue à se détériorer, a fait savoir l'ambassadrice britannique Barbara Woodward à l'issue de la réunion, organisée à l'initiative du Royaume-Uni.

Des travailleurs de la santé tentent de soigner un homme blessé.

Des travailleurs de la santé tentent de soigner un homme blessé par balle à Dawei, au Myanmar, le 28 février 2021.

Photo : Reuters / DAKKHINA INSIGHT

Des mesures coercitives ont été annoncées par les États-Unis et l'Union européenne, mais les observateurs exhortent à aller plus loin avec un embargo international sur les livraisons d'armes, une décision qui nécessite l'accord de tous les membres du Conseil.

Or, Pékin et Moscou, alliés traditionnels de l'armée birmane et grands exportateurs d'armes dans le pays, refusent de parler de coup d'État, l'agence de presse chinoise évoquant début février un simple remaniement ministériel.

Notre pays veut être un voisin amical, a déclaré vendredi l'ambassadeur chinois Zhang Jun, mettant en garde contre des sanctions qui ne feraient qu'aggraver les tensions ou compliquer davantage la situation. Les autres voisins régionaux font peu entendre leurs voix.

Singapour, premier investisseur dans le pays, a été le seul à hausser le ton, évoquant par l'intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Vivian Balakrishnan, une honte nationale. Mais le chef de la diplomatie a aussi estimé que toute pression extérieure sur les généraux aurait peu d'impact.

Appels à l'aide et arrestations de journalistes

Dans ce contexte, il semble peu probable que l'appel à l'unité, lancé par l'émissaire des Nations unies pour le Myanmar Christine Schraner Burgener, soit entendu.

L'espoir que [les Birmans] ont placé dans les Nations unies et ses membres diminue, a-t-elle déploré, disant recevoir quotidiennement des centaines d'appels désespérés de mères, d'étudiants et de personnes âgées.

La police arrête un manifestant et l’embarque à Rangoon.

La police arrête un manifestant et l’embarque à Rangoon.

Photo : Getty Images / SAI AUNG MAIN

Plus de 1700 personnes ont été arrêtées depuis le coup d'État, selon l'ONU, dont une trentaine de journalistes.

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