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Découverte d’images en couleurs inédites de l’incendie de la cathédrale de Saint-Boniface

Des personnes habillées à la mode des années 1960 regardent une cathédrale dévorée par les flammes.

Une capture provenant de l'une des séquences de l'incendie de la cathédrale de Saint-Boniface tournée par Napoléon Gagnon.

Photo : Gracieuseté Danielle Gagnon et la famille Gagnon - images tournées par Napoléon Gagnon

De rares séquences en couleurs montrant le désastreux incendie de la cathédrale de Saint-Boniface en 1968 sont apparues au Manitoba, grâce à une initiative du Festival du film de Gimli, ville située à 75 kilomètres au nord de Winnipeg.

Mais tout est parti d’un certain Napoléon Gagnon qui a eu le génie de tourner les images des flammes. Sa fille, Patricia Gagnon, se souvient parfaitement du 22 juillet 1968.

Maman était à la maison avec papa et elle a remarqué qu’il y avait beaucoup de fumée dehors. Papa a sauté dans son auto et je ne sais pas pourquoi, mais il a pris sa caméra avec lui, et il a trouvé la cathédrale qui brûlait.

Ça lui a fait très mal, ma mère et lui se sont mariés dans cette église, poursuit-elle. Lorsque son père, Napoléon Gagnon, est rentré à la maison ce jour-là, il était vraiment bouleversé.

Le feu n’était pas un ami pour mon père, quand il était un marin pendant la Seconde Guerre mondiale, il était dans un bateau torpilleur qui a explosé. Il y avait beaucoup de feu, ajoute Patricia Gagnon.

C’était vraiment difficile pour lui, il y avait des choses qui rentraient dans sa tête en même temps, mais c’était important pour lui parce que cette église est vraiment historique, se remémore-t-elle.

Une femme portant un masque sur son menton sourit.

Patricia Gagnon, la fille de Napoléon Gagnon

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

Moi j’étais au travail quand c’est arrivé, et puis ils m’ont dit, ils m’appelaient frenchie et j’avais 16 ans, que mon église brûlait. J’étais dans l’autobus et je croisais le pont Provencher et j’ai commencé à pleurer, poursuit Patricia Gagnon, qui a été baptisée dans l’ancienne cathédrale.

Le soir même, on était à la maison et on parlait de ça, et on était en larmes, dit-elle, en notant que sa famille était très proche et que Napoléon Gagnon était un homme au grand coeur, fier de ses enfants.

À cette époque-là, on n’avait pas beaucoup d’argent, mais on avait beaucoup d’amour, ajoute la fille aînée.

Patricia Gagnon n’a aucune idée où son père a appris à manier un appareil photo cinématographique de 8 mm, mais affirme qu’elle est heureuse que son père ait capturé la scène, afin que les prochaines générations puissent en apprendre sur les événements et en garder des souvenirs.

Une archive de films de fond du tiroir

Les images tournées par Napoléon Gagnon ont récemment été numérisées par l’équipe du Festival du film de Gimli. M. Gagnon avait donné les images au cinéaste Conroy Finnigan, conjoint de Danielle Gagnon.

Le directeur général du festival, Aaron Zeghers, explique que lorsque la pandémie a été déclarée l’an dernier, il a eu l’idée de créer une archive de séquences tournées par des amateurs.

Le festival propose donc de numériser gratuitement des séquences d’amateurs de tout format.

Nous pensions que ce serait une excellente activité pour des familles coincées chez elles, de fouiller leurs placards, de trouver des films, et de les envoyer au festival, explique Aaron Zeghers.

Il dit qu’il y a eu énormément d’intérêt de la part du public. L’une des premières soumissions, c’était ce courriel de Conroy [Finnigan], et voilà que l’une des premières soumissions c’est des images inédites de l’incendie de la cathédrale de Saint-Boniface!, s’exclame-t-il.

Des nouvelles images de l'incendie de 1968 à la cathédrale de Saint-Boniface

Les pellicules sont numérisées avec une machine spéciale, car projeter directement de vieilles pellicules fragiles risque de les endommager.

Toutefois Aaron Zeghers croit que la résilience de la pellicule est impressionnante. 

Lorsqu’on compare au temps que survivra un disque dur ou un DVD, la pellicule durera beaucoup plus longtemps. C’est la raison pour laquelle Hollywood crée encore des copies de films en 35 mm, parce que c’est l’un des meilleurs formats d’archives.

Grâce au financement d’un programme provincial, le Festival du film de Gimli a pu rouvrir les soumissions à son archive de vidéos d’amateurs. Des soumissions seront reçues jusqu’à la fin mars.

Aaron Zeghers espère pouvoir un jour envoyer les meilleures séquences de l’archive à Ottawa pour être numérisées en haute définition, et embaucher des cinéastes pour en créer une oeuvre qui peut être présentée au public.

De rares images en couleurs de l’incendie

À la demande de Radio-Canada, le Centre du patrimoine, géré par la Société historique de Saint-Boniface, n’a pas trouvé d’autres séquences en couleurs de l’incendie de la cathédrale, bien qu’il pourrait y en avoir qui n’ont pas encore été répertoriées.

L’historien Philippe Mailhot, qui a lui-même assisté à l’incendie alors qu'il n'avait que 13 ans, croit qu’il existe d’autres séquences en couleurs en 8 mm du triste événement.

Les images en couleurs sont assez rares, affirme-t-il. L’idée c’est qu’on peut se rappeler des faits [...] avec les vidéos, surtout en couleurs, ça donne une certaine réalité pour les gens d’aujourd’hui.

Une grande cathédrale avec deux flèches et une rotonde.

La cathédrale de Saint-Boniface en 1961, avant l'incendie

Photo : Archives Université du Maitoba

C’est comme voir des documentaires de la Deuxième Guerre mondiale c’est tout en noir et blanc, l’inondation de 1950, c’est tout en noir et blanc, mais quand on les voit en couleurs, tout à coup, ça devient plus proche, ajoute-t-il.

Il invite les propriétaires d'éventuelles pellicules cachées dans un sous-sol de les sortir, parce qu'il pourrait s'agir d'importants témoins de l’histoire.

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