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De jeunes Autochtones qui espèrent amener l’industrie forestière à progresser

Enquête a rencontré deux Atikamekw pleines d’ambition à l’aube de leur carrière.

Lydia Petiquay regarde la courbe du billot de bois.

Depuis janvier, Lydia Petiquay est à l'emploi de Commonwealth Plywood.

Photo : Radio-Canada

Lydia Petiquay souhaite à la fois protéger la forêt, comme l’ont fait ses ancêtres atikamekw, et l’exploiter pour en vivre et stimuler l’économie de sa communauté. La jeune femme de 25 ans incarne la réconciliation de deux visions : l’environnement et l’économie, souvent opposées.

Mais réussir à faire sa place dans l’industrie forestière demande beaucoup de volonté, notamment pour surmonter les préjugés encore tenaces envers les Autochtones.

Depuis son enfance à Wemotaci, Lydia considère la forêt comme son terrain de jeu. J'étais toujours dehors. Je montais dans les arbres. Je pouvais même faire des cabanons avec des arbres morts qui étaient par terre, raconte-t-elle.

Elle est l'une des rares membres de sa communauté à être titulaire de deux diplômes de l’École forestière de La Tuque : un en protection et exploitation de territoires fauniques et l’autre en aménagement de la forêt. Elle a su se démarquer sur les bancs d’école, malgré des problèmes de dyslexie et de dyscalculie, raflant même une bourse au passage.

Lydia a toujours puisé sa force dans la nature. Elle sent que la terre lui parle. Regarde cet arbre : il est toujours debout même s'il n’a plus de branches ni de feuilles, dit-elle. Ça montre la persévérance.

Une autochtone regarde un arbre

Lydia Petiquay a toujours été proche de la nature.

Photo : Radio-Canada

Elle a grandi avec des parents qui ont gardé des séquelles des pensionnats autochtones.

Sa communauté aussi porte son lot de blessures.

Wemotaci a vécu deux feux de forêt. On voit les cicatrices partout autour. C'est un peu comme ça que je vois aussi qu'il faut être : vraiment résistant.

Une citation de :Lydia Petiquay

La jeune forestière a eu de la difficulté à trouver un endroit pour effectuer le dernier stage de sa formation. Elle a envoyé des dizaines de CV, même au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), mais personne ne l’a rappelée.

C’est peut-être à cause de la pandémie, convient-elle. Toutefois, elle aurait aimé apporter sa perspective à ce ministère qui doit négocier, traiter et travailler constamment avec les communautés autochtones.

Une jeune autochtone marche dans la forêt.

Lydia Petiquay rêve de diriger un jour la communauté de Wemotaci.

Photo : Radio-Canada

Pourtant, seulement 17 des 2274 employés du MFFP sont issus des Premières Nations, soit moins de 1 % d’entre eux.

C’est finalement dans la foulée de la mort de Joyce Echaquan que la Coopérative forestière du Haut-St-Maurice a décidé de donner à la jeune femme sa chance pour un stage.

Le directeur m'a dit qu’en 35 ans, il n’y avait jamais eu un Autochtone qui était venu travailler pour la coop.

Une citation de :Lydia Petiquay

Les mentalités changent lentement

Magalie Petiquay a étudié en foresterie avec Lydia. Elle sent qu’un changement de culture est en train de s’opérer au Québec et que les perceptions évoluent tranquillement.

Ce que je voyais, quand j'étais jeune, c'était qu'on n’était pas importants dans l'ensemble de la population, raconte-t-elle. Comme si on était encore oubliés, qu'on était encore des "sauvages", puis qu'on agissait comme des "sauvages".

Magalie dans la forêt.

Magalie Petiquay se sent chez elle dans la forêt.

Photo : Courtoisie

À l’École forestière de La Tuque, peu d’étudiants sont autochtones.

Ça ne dépasse pas 10 %, confirme le directeur de l'établissement, Gilles Renaud.

Les employeurs font un effort pour pouvoir mieux intégrer les gens issus des Premières Nations, particulièrement les Atikamekw, qu'on connaît, qu’on côtoie depuis longtemps, mais qu’on embauche depuis peu de temps.

Une citation de :Gilles Renaud, directeur de l’École forestière de La Tuque

M. Renaud veut faire plus de place aux Autochtones, parce que c’est sur leur territoire ancestral que s’effectue une grande partie de l’exploitation forestière.

Des élèves en forêt.

Lydia et Magalie ont étudié à l'École forestière de La Tuque.

Photo : Courtoisie

Le besoin de travailleurs qualifiés est grandissant : l’industrie forestière n’échappe pas à la pénurie de main-d’œuvre qui touche le Québec.

Or, une fois diplômée, Lydia a mis des semaines à dénicher un emploi. J’en perdais mes cheveux, mais il y a avait une petite voix à l’intérieur de moi qui me disait : "fonce!"

Le directeur de la foresterie à Commonwealth Plywood, à La Tuque, n’a pas hésité à offrir un poste de classificatrice de billes à Lydia lorsque son CV a finalement atterri sur son bureau.

Tout le monde a droit à son opportunité de travailler. Elle avait le profil et les compétences. On n’a pas fait de discrimination. Elle avait tout ce qu’il fallait, assure Christian Léveillé.

Dans son entreprise, le quart des employés font partie des Premières Nations. Néanmoins, l’ingénieur forestier croit savoir que d’autres employeurs jettent des CV à la poubelle dès qu’ils voient des noms autochtones.

Lydia Petiquay classifie les billes de bois.

Lydia Petiquay classifie les billes de bois.

Photo : Radio-Canada

Dans la cour à bois de Commonwealth Plywood, Lydia inspecte chaque arbre coupé pour en tirer le maximum. Les billots deviennent des planchers de bois franc, du contreplaqué, de la pâte à papier ou du bois de chauffage. Il n’y a pas de bois qui est gaspillé, nulle part, dit-elle fièrement.

Sa coéquipière Sarah Villeneuve, 19 ans, est heureuse de ce maillage interculturel. Je suis quelqu'un qui n'a jamais eu de préjugés, dit-elle. Alors je suis très contente que les choses changent.

Lors de notre passage en Haute-Mauricie, Magalie Petiquay, elle, n’avait toujours pas trouvé de travail.

Le Programme de participation autochtone à l’aménagement durable des forêts du MFFP a investi 3,6 millions de dollars en 2019-2020 pour soutenir la participation et la contribution des Premières Nations.

Les leaders atikamekw de demain

Lydia et Magalie incarnent l’avenir de l’industrie forestière, et elles aspirent à prendre un jour le pouvoir dans leur communauté pour changer les choses.

Je suis allée en foresterie parce que, premièrement, je viens de la forêt. Mais aussi parce qu’il faut prendre la relève, à Wemotaci, pour trouver une harmonisation entre l’industrie et les communautés, affirme Magalie.

Magalie tient un oiseau.

Magalie Petiquay a grandi à Wemotaci.

Photo : Courtoisie

J’aimerais qu’on nous prenne au sérieux, qu’il y ait une bonne entente; pas juste pour les compagnies qui viennent couper. Il faut accepter le fait qu’on en a besoin, du bois, mais aussi que, chez les Autochtones, ça fait mal de voir que nos territoires sont à sec.

Une citation de :Magalie Petiquay

Si Magalie veut négocier, Lydia, elle, souhaite devenir la première femme chef de Wemotaci.

Mon plus grand rêve, c’est vraiment qu’on se développe de façon respectueuse. Et j’aimerais voir ça de mon vivant, avoue-t-elle.

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