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Rapprochement Bloc québécois-SANB pour défendre les Acadiens, naïf ou logique?

Le président de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Alexandre Cédric Doucet, défend ses contacts avec ce parti indépendantiste.

Portrait d'Yves-François Blanchet.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet, à Ottawa, le 4 novembre 2020.

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Pascal Raiche-Nogue

La SANB s’est rapprochée du Bloc québécois en 2020 au point de le voir comme un porte-parole des Acadiens à Ottawa. C’est ce que révèle un document interne obtenu par Radio-Canada.

Ce n’est un secret pour personne que la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick échange régulièrement avec des partis politiques provinciaux et fédéraux. Bon nombre de ces contacts se font en coulisse, loin des yeux du public.

Radio-Canada a obtenu un document interne qui permet de voir ce qui se trame derrière des portes closes. Il s’agit d’un courriel envoyé le 5 décembre 2020 par le président de la SANB aux membres de son conseil d’administration.

Alexandre Cédric Doucet décrit comment la SANB est la seule entité à tenter de jouer un jeu politique sur la scène fédérale dans le dossier de la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Il affirme que la SANB a officiellement un porte-parole au parlement canadien : le Bloc québécois. Il dit être constamment en discussion avec les dirigeants de ce parti indépendantiste.

Alexandre Cédric Doucet indique dans son courriel que le Bloc est prêt à aider la SANB à organiser des événements politiques (tables rondes, conférences, etc.) sur les relations Québec-Acadie.

Et il lance au passage que le Bloc pourrait même éventuellement tenter de faire une percée au Nouveau-Brunswick.

On ne sait jamais, peut-être que l’idée d’avoir des candidats du Bloc dans les trois circonscriptions acadiennes-francophones fédérales de la province serait dans les plans!

Faire du « cinéma » avec les conservateurs

Dans la missive, il rapporte à ses collègues que la SANB a négocié une motion sur la déposition d’un projet de loi avec les conservateurs d’Erin O’Toole dans le dossier des langues officielles.

Il indique aussi que la sortie publique afin de critiquer le chef conservateur dans ce dossier, quelques jours plus tôt, n’est que du cinéma et que tout est prévu avec l'équipe d'Erin O'Toole.

Il dit que la SANB a un agenda politique et que cela pourrait mener au dépôt par les conservateurs d’une motion afin de reconnaître l’Acadie comme une nation.

Le Bloc porte-parole des Acadiens : une idée extraordinairement naïve

Portrait de Dominic LeBlanc. Derrière lui se trouvent deux drapeaux canadiens.

Le député libéral de Beauséjour et ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, en entrevue avec Radio-Canada (capture d'écran)

Photo : Radio-Canada

Le courriel d’Alexandre Cédric Doucet, qui était destiné à son cercle rapproché au sein de la SANB, a circulé au Nouveau-Brunswick ces dernières semaines. Il a aussi fait son bout de chemin jusqu'à la scène fédérale.

Le député libéral de Beauséjour et ministre des Affaires intergouvernementales, le Néo-Brunswickois Dominic LeBlanc, en a eu vent récemment.

Il se dit déçu de voir dans ce document le président de la SANB mentionner qu'il voit le Bloc québécois comme un porte-parole des Acadiens à Ottawa.

L'idée que les séparatistes du Québec vont être le porte-parole des Acadiens sur les langues officielles est extraordinairement naïve.

Une citation de :Dominic LeBlanc, ministre libéral

Il rappelle que le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, milite pour l’indépendance du Québec. Un projet qui ferait chuter dramatiquement le nombre de francophones au Canada s’il se concrétise.

M. Blanchet passe 364 jours par année à essayer d'enlever des millions de francophones du Canada et avoir une république québécoise. Si, une journée par année, il dit de bonnes choses à M. Doucet, à mon point de vue, il [Alexandre Cédric Doucet] ne devrait pas être aussi naïf.

Le chef du Bloc répond à Dominic LeBlanc

Yves-François Blanchet dans un terrain boisé.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, en entrevue avec Radio-Canada Acadie (capture d'écran)

Photo : Radio-Canada

En entrevue avec Radio-Canada Acadie, Yves-François Blanchet explique que ses échanges avec la SANB s’inscrivent dans la volonté du Bloc québécois d’être un ami des francophones hors Québec.

Selon lui, au cours des derniers mois, il est arrivé que le Bloc soit le principal véhicule pour les attentes des francophones de l’extérieur du Québec dans le Parlement fédéral.

Un rôle que son parti a accepté de jouer par simple amitié et par simple solidarité, sans intentions cachées.

Il rend d’ailleurs la monnaie de sa pièce à Dominic LeBlanc, qui aurait selon lui pu faire un meilleur travail de représentation à Ottawa des francophones de sa propre province.

Il aurait pu faire en sorte que les Acadiens du Nouveau-Brunswick se sentent mieux représentés au sein de l'institution fédérale et il n'aurait peut-être pas ce genre de questionnement-là à gérer aujourd'hui.

Une citation de :Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Il croit d’ailleurs que la SANB ne fait rien d’incorrect ou d’anormal en entretenant des liens avec le Bloc québécois. Il rappelle que sa formation a 32 sièges à la Chambre des communes.

Ce n'est pas pire que parler à n'importe qui d'autre, affirme-t-il.

Yves-François Blanchet assure au passage que le Bloc québécois n’a aucune intention de présenter des candidats au Nouveau-Brunswick lors de prochaines élections.

La SANB défend ses contacts avec le Bloc

Alexandre Cédric Doucet avec des écouteurs blancs sur la tête.

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet, défend ses contacts avec le Bloc québécois (capture d'écran).

Photo : Radio-Canada

Le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet, se retrouve bien malgré lui impliqué dans une querelle politique entre des poids lourds du Bloc québécois et du Parti libéral.

Il affirme que l’organisme qu’il dirige n’a pas de couleur politique et qu’il travaille simplement afin de défendre les intérêts de l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

Comme d’autres présidents d’organismes du genre, il rencontre des politiciens. Selon lui, il n’y a rien là qui devrait susciter la controverse.

C'est normal de travailler avec les conservateurs, le Bloc québécois, les libéraux, dit-il, ajoutant que cela est d’autant plus important que les libéraux sont minoritaires à Ottawa.

Il note qu’il collabore avec tous les partis politiques qui veulent bien discuter avec lui, à une exception près.

Évidemment, le seul parti avec lequel on ne travaille pas, c'est la People's Alliance (of New Brunswick), pour des raisons très évidentes.

Une citation de :Alexandre Cédric Doucet, président de la SANB

L'Alliance des gens du Nouveau-Brunswick est un parti politique provincial qui conteste régulièrement certains acquis et droits des francophones du Nouveau-Brunswick. Il propose notamment d’abolir la dualité en santé et de mettre la hache dans le commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Ça veut dire que la SANB est en pleine santé

Alexandre Cédric Doucet affirme au passage que c’est par humour qu’il a parlé dans son courriel du 5 décembre de la possibilité que le Bloc québécois présente des candidats au Nouveau-Brunswick.

Ça n’a pas fait partie des discussions qu’on a eues avec le Bloc. C’était une blague que j’ai faite dans mon rapport.

Il trouve d’ailleurs dommage de devoir donner une entrevue sur un document de nature privée qui devait être réservé aux membres de son conseil d’administration.

Néanmoins, il note avec philosophie qu’il préfère répondre à des questions à ce sujet que de devoir défendre la pertinence de la SANB, comme ont dû le faire ses prédécesseurs à plus d’une reprise au cours des dernières années.

On parle de discussions quand même de haut niveau qu’on a au provincial et au fédéral. Donc, je pense que, dans un certain sens, ça veut dire que la SANB est en pleine santé, dit-il.

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