•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

La Chine, entre affirmation internationale et fragilités internes

Gros plan sur deux policiers portant un masque.

Des policiers paramilitaires surveillent le Palais de l'Assemblée du peuple, où se tient une session de l'Assemblée nationale populaire, le 5 mars 2021.

Photo : Getty Images / AFP / NICOLAS ASFOURI

La Chine est encore et toujours à l’ordre du jour avec son Assemblée nationale populaire ainsi qu'un nouvel épisode dans sa longue querelle avec le Canada autour des « deux Michael » emprisonnés depuis plus de deux ans.

D’abord, l’Assemblée nationale populaire (ANP), le Parlement chinois, a commencé le 4 mars sa réunion annuelle de deux semaines, avec des milliers de législateurs qui ont afflué vers la capitale. Une bonne occasion de lire les priorités internes du régime.

Et puis, ce nouvel épisode dans la longue querelle entre la Chine et le Canada, autour des deux Michael emprisonnés là-bas depuis deux ans et trois mois. Sans oublier une autre pomme de discorde entre Ottawa et Pékin : la répression des Ouïgours dans la province du Xinjiang, que le Parlement d’Ottawa, dans un vote tenu le 22 février, a désigné comme un génocide, à la grande colère de l’ambassadeur chinois.

Trudeau peu diplomatique

Dans l’affaire des deux Michael emprisonnés en Chine, le premier ministre Trudeau a tenu des propos qu’on ne peut pas précisément qualifier de diplomatiques.

Le 3 mars, il a dit que les accusations d’atteinte à la sécurité de l’État contre les deux Canadiens arrêtés en Chine à la fin de 2018 étaient de pures inventions, simples prétextes pour épingler Michael Spavor et Michael Kovrig… tout juste après l’arrestation, à Vancouver, de la dirigeante de la compagnie Huawei Meng Wanzhou.

Le premier ministre répondait à l'ambassadeur chinois selon qui les deux affaires ne sont pas liées, ce qui est la ligne officielle chinoise depuis le début de cette affaire. Selon Pékin, Meng Wanzhou, dont les États-Unis réclament l’extradition et qui avait été appréhendée le 1er décembre 2018 à Vancouver pour cette raison, est innocente, tandis que les deux Michael, arrêtés quelques jours plus tard en Chine, sont bien sûr des espions.

Montage de photos des deux hommes

Il y a maintenant plus de deux ans que Michael Kovrig (à gauche) et Michael Spavor (à droite) sont derrière les barreaux à Pékin.

Photo : La Presse canadienne/Twitter

Une affirmation qui ne convainc guère : selon l’interprétation la plus courante hors de Chine, les deux Michael sont en réalité des otages, une monnaie d’échange pour le gouvernement chinois.

Le premier ministre fait partie des sceptiques : Il est évident que les deux Michael ont été arrêtés sur des accusations falsifiées, quelques jours après que nous ayons pris nos responsabilités au titre du traité d'extradition avec notre allié, les États-Unis. Une évidente allusion à l’arrestation de Meng Wanzhou.

Voir clair dans le jeu chinois

On constate ici que certains pays voient maintenant plus clair dans le jeu chinois et, surtout, qu’ils osent maintenant le dire à voix haute. On pense à l’Australie, qui depuis le début de la pandémie a demandé des comptes à la Chine, laquelle a répondu par des représailles économiques sans précédent contre Canberra.

Cela ne signifie pas que sur le fond, ces pays de taille moyenne puissent modifier radicalement leur politique face à la Chine, devenue une sorte de Léviathan incontournable des relations internationales et commerciales au XXIe siècle. Mais il y a un net changement de ton, par rapport à la complaisance optimiste en vigueur jusqu’à 2010-2015. Changement dont cet épisode sino-canadien est une nouvelle illustration.

Une puissance qui s’affirme

Le ton, on le sait aussi, a beaucoup changé à Pékin. Cette réunion annuelle de l’ANP permettra encore une fois de le constater.

La session de l’Assemblée nationale populaire est un rituel bien rodé, avec une collection de législateurs à temps partiel qui se réunissent 2 semaines sur 52 à Pékin. Une chorégraphie arrangée d’avance, où l’on annonce des décisions déjà prises au préalable, en secret et en haut lieu.

Dans le système politique chinois, dictature du Parti communiste, le Parlement lui-même ne décide pas grand-chose. Cependant, on y dévoile beaucoup de choses, annoncées à ce moment-là au grand public et au reste du monde. Des décisions qui peuvent avoir de graves conséquences.

Par exemple, en mai 2020, c’est là qu’on avait appris la teneur d’une nouvelle loi de sécurité nationale à Hong Kong qui a complètement changé la situation, avec un recul décisif des libertés dans l’ancienne colonie.

Les membres de l'Assemblée applaudissent Xi Jinping.

Le président chinois lors de son arrivée au Palais de l'Assemblée du peuple, le 4 mars 2021

Photo : Getty Images / AFP / LEO RAMIREZ

Mobilisation et combat

Cette année, selon les médias et de toutes récentes déclarations officielles, on sent un ton très combatif, plein d’autosatisfaction, mais aussi d’inquiétudes qui affleurent sur l’économie, sur les inégalités dans la société chinoise et sur l’environnement. Également sur les États-Unis, désormais dénoncés par le président Xi Jinping comme « le plus important facteur de déstabilisation dans le monde ». Mais des États-Unis qui, attention, « n’ont pas dit leur dernier mot ».

D’où les mots d’ordre : vigilance, mobilisation, combat.

Le mot  combat  (douzheng) est omniprésent dans la bouche du président. La Chine de Xi Jinping est une puissance qui se bat pour la suprématie morale, économique et maintenant politique. Un pays fier qui montre ses muscles, le pays qui a battu la COVID-19, alors qu’une bonne partie du pauvre monde occidental patauge encore dedans.

Ces derniers mois, une campagne triomphaliste – au cinéma, à la télévision, dans l’affichage, sur les réseaux sociaux – s’est déroulée sur le thème du coronavirus « vaincu par le peuple chinois et surtout par le Parti communiste, sous l’égide du grand président Xi Jinping ».

Le président chinois est assis, l'air sérieux, et applaudit.

Xi Jinping lors d'une session de l'ANP le 4 mars 2021.

Photo : Getty Images / AFP / LEO RAMIREZ

Pour la petite histoire, cette session parlementaire, qui se tient toujours début mars, avait été reportée l’an dernier pour cause de pandémie. C’était alors la tourmente, la tragédie de Wuhan, un pouvoir temporairement déstabilisé. La réunion de l’ANP, grand rendez-vous annuel et grand moment de théâtre dans la liturgie du régime, avait été reportée de presque trois mois, à la fin mai.

Cette année, on revient au calendrier normal, ce qui est en soi un message politique. Le pouvoir en Chine s’est rétabli, le régime est bien en selle, après quelques secousses inquiétantes début 2020.

Quelles nouveautés au programme?

On sait par exemple que Hong Kong, encore en 2021, va revenir parmi les gros sujets au programme de l’ANP. Il s’agit, pour le dire crûment, de finir le travail afin d’enterrer ce qui peut rester d’autonomie, de séparation des pouvoirs ou de démocratie libérale à Hong Kong. Toujours sous le prétexte, comme au Xinjiang, de lutter contre le séparatisme, le terrorisme et la subversion étrangère, il sera question, entre autres, de modifier la loi électorale. On n’abolit pas encore les élections. Ce sera peut-être pour une autre année. Mais l’objectif est de bloquer, une fois pour toutes, les éléments non patriotiques qui voudraient se présenter aux élections, par un filtrage sévère des candidatures.

Des dizaines de manifestants masqués.

Des supporteurs de 12 activistes pro-démocratie qui se retrouvent devant les tribunaux manifestent le 1er mars 2021.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

On se souvient qu’en novembre 2019, aux élections de districts à Hong Kong, l’opposition démocratique l’avait emporté de façon écrasante contre le camp pro-Pékin, raflant environ – lors de véritables élections libres à 100 % – environ 60 % des suffrages exprimés et 85 % des sièges disponibles.

Il s’agit, pour Pékin, de s’assurer qu’un tel résultat humiliant ne puisse jamais plus se reproduire.

Des craintes pour l’économie

L’économie est également un sujet important des discussions parlementaires de Pékin. Il s’agit pour la Chine de pousser son avantage acquis en 2020 à la faveur du coronavirus. La Chine et l’un des seuls pays, avec Taïwan, qui a maintenu une croissance économique positive en 2020.

Comment y arriver? En développant le marché intérieur. En tablant moins sur les exportations pour créer de la croissance. Moins de dépenses publiques, également. Les économistes avertissent depuis des années que la Chine est alourdie par les dettes (du gouvernement, des entreprises, des individus), par des banques corrompues aux pieds d’argile et par la spéculation immobilière, devenues un véritable danger pour la stabilité économique.

Sur le commerce, le discours se résume désormais par la formule : branle-bas de combat contre l’Occident. Ne plus dépendre autant des importations de machines-outils allemandes, ou des microprocesseurs américains ou taïwanais.

La Chine a une faiblesse spécifique sur les micropuces de pointe, qu’elle importe massivement. Et voilà une autre raison, outre le nationalisme de reconquête, pour accentuer la pression contre Taipei afin de remettre la main sur l’île rebelle, comme Taïwan est un leader mondial dans les microprocesseurs.

Inquiétudes derrière le triomphalisme

Il sera aussi question d’environnement, de croissance verte, qui est un slogan important là-bas comme ici. La Chine aspire également au leadership mondial sur ce plan. En plus, c’est un thème où le rapport avec l’Occident est moins antagonique.

On a beaucoup parlé de la force des Chinois en matière d’énergies vertes, notamment solaire (les panneaux solaires chinois dominent le marché mondial). Mais la Chine de 2021 reste fondamentalement un pays du charbon. Les deux tiers, ou presque, de toute l’électricité viennent de combustibles fossiles. Le solaire est à 4 %, l’éolien à 5 %.

Ajoutez, pour finir, la question démographique, source d’angoisse pour le régime, avec le vieillissement brutal de la population, résultat de décennies de politique de l’enfant unique (abandonnée en 2015), et vous avez, au moment de cette 15e Assemblée nationale populaire, un pays qui a quand même des problèmes et des inquiétudes.

Des inquiétudes qui vont affleurer, même bien enveloppées de propagande, pour qui sait écouter, et lire, entre les lignes les déclarations officielles.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !