•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Journée des droits des femmes : des réfugiées tendent la main à leur tour

Souvent opprimées dans leur pays d'origine, elles ont choisi l’exil pour se reconstruire et s’émanciper.

Dessin de cinq femmes stylisées, de profil, représentant une diversité d'origines.

Entre douleurs et joies, combats et espoirs, des femmes réfugiées reviennent sur leur parcours extraordinaire.

Photo : Getty Images / Ponomariova Maria

Maud Cucchi

En cette Journée internationale des droits des femmes, des réfugiées et immigrantes devenues Ontariennes racontent leurs parcours. Animées de justice sociale, elles ont toutes trois choisi de consacrer leur vie à aider les autres.

Une femme pose pour une photo (format portrait).

Arrivée du Burundi en 2017, Marcelline Bararufise a suivi une formation de techniques de travail social, dont elle sera prochainement diplômée.

Photo : Marcelline Bararufise

Marcelline Bararufise, Scarborough

Arrivée du Burundi en 2017

Chez nous, le Canada, on dit que c’est le Caan, le pays que Dieu avait promis à Abraham. On chuchotait alors que le Canada, c’était la terre promise. Quand je suis arrivée, je ne m’attendais à rien. Je n’avais reçu aucune information sur les procédures d'immigration ni sur l’environnement. Je savais seulement que le Canada était un pays d’accueil. Plus tard, quand j’ai été présentée à la Commission [de l'immigration et du statut de réfugié du Canada], je me suis sentie naître de nouveau.

J’ai d’abord vécu chez une famille d’accueil puis, grâce à l’aide sociale, j’ai fait de la colocation. Vivre dans un shelter pendant 6 mois, c’est toute une expérience collective! Il faut partager un espace de vie, supporter les comportements des uns et des autres, cette période m’a beaucoup appris.

Finalement, j’ai pu avoir un petit appartement social dans le Toronto Community Housing [Société d'habitation communautaire de Toronto, NDLR]. Je remercie le Canada chaque fois que je me rappelle que je vis dans mon appartement.

À l’université, au Burundi, je voyais des camarades arriver au cours avec des bleus au visage. Qu’un mari les torture, je n’en revenais pas. Quand je me suis mariée, à 25 ans, je me suis juré que s’il y avait une association de femmes pour dire et dénoncer des situations, je serais dedans.

Je me suis associée à un groupe partisan qui défendait les femmes. On a pu dénoncer des choses qui ont changé plus tard. Je me suis aussi fait élire dans un conseil d’administration de microfinance. À l’époque, une épouse devait demander l’autorisation du mari pour obtenir un crédit bancaire, vous vous rendez compte? J’en étais révoltée. Je me suis alliée avec d’autres pour faire changer le formulaire.

Mon objectif a toujours été le même, dénoncer les violences faites aux femmes pour influencer un petit peu la politique.

Une citation de :Marcelline Bararufise, étudiante en techniques de travail social au Collège Boréal

J’ai aussi travaillé avec des orphelins, des femmes réfugiées dans les camps en Tanzanie et celles qui étaient revenues [au Burundi], qu’on appelle les rapatriées. Il y a des aspects que je comprendrais mieux aujourd’hui qu’avant, étant moi-même réfugiée. Mais enfin, les contextes sont très différents.

Je suis retournée étudier et j’espère avoir mon diplôme en avril. Je serai bientôt à la recherche d’un emploi.


Une femme pose debout au bord de l'eau.

Tout juste majeure, Annonciate Singirankabo est arrivée seule, enceinte, au Canada en 2002.

Photo : Annonciate Singirankabo

Annonciate Singirankabo, Toronto

Arrivée du Burundi en 2002

Je suis partie seule quand j’avais 18 ans. Au Burundi, la situation connaît des hauts des bas. J'ai quitté le pays pour la sécurité de ma famille. J’étais alors enceinte et mes deux enfants, âgés de 1 et 4 ans, m’accompagnaient. En Afrique, je trouvais le système beaucoup plus social, avec les familles, les amis et l’entraide. Ici, je me suis retrouvée toute seule.

C’était complètement différent. J’étais enceinte, je ne savais pas comment gérer le quotidien. Partout où j’allais, il fallait que j’emmène les enfants, ça bougeait, c’était pas facile. Le fait de ne pas parler anglais aussi, c’était compliqué.

D’autres nouvelles arrivantes, dans la même situation que moi, ont facilité l'entraide. Si je devais faire des courses, par exemple, ou me rendre quelque part, elles gardaient mes enfants et je les aidais à mon tour quand je pouvais.

Quand on vient d’arriver, on n’a rien, à commencer par les vêtements. Il faut être équipé pour vivre au Canada, trouver quelqu’un qui vous oriente et vous aide à vous intégrer. Et à chaque fois, c’était exclusivement des femmes. Je me suis dit : "Il faut que je fasse la même chose".

Une citation de :Annonciate Singirankabo, intervenante auprès des immigrantes et des réfugiées au Centre Oasis

Aujourd’hui, j’accompagne les femmes nouvellement arrivées avec le Centre Oasis où j’ai été stagiaire pour mes études. On s’occupe de toutes les étapes des demandes d’asile : on les aide à trouver un avocat, à remplir les formulaires, à se préparer à l'audience. Je travaille auprès de six-sept clientes par mois qui viennent principalement d’Afrique et des Caraïbes.

La main de la femme m’a été un soutien important. L’aide que j’ai eue m’a touchée. Les intervenantes qui nous ont aidées m’inspiraient beaucoup à rendre la pareille.

Une citation de :Annonciate Singirankabo, intervenante auprès des immigrantes et des réfugiées au Centre Oasis

Je me souviens des intervenantes qui m'ont aidée, elles étaient tout le temps derrière nous, que ce soit pour rencontrer l’avocat ou aller à des rendez-vous d’aide sociale. La femme, c’est pas seulement l'ardeur au travail, c’est la voix, l’attention, le soin dans le travail qui est fait.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !