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La fermeture des centres de détention pour jeunes est « déchirante » pour des Autochtones

L'extérieur du centre de détention William H. Roy House.

Le centre de détention William H. Roy House est l'un des 10 centres du Nord de l'Ontario qui a fermé ses portes.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

L’annonce de la fermeture de 26 centres de détention pour jeunes en Ontario continue de causer des remous dans la province, surtout dans le Nord, où des intervenants estiment que la décision du gouvernement touchera de manière disproportionnée les jeunes Autochtones.

Le grand chef de la Nation Nishnawbe Aski, Alvin Fiddler, se dit horrifié par la fermeture des centres de détention — dont 10 qui se trouvaient dans le Nord de l'Ontario.

Il est surtout troublé par la manière dont la dizaine de jeunes détenus qui occupaient les trois centres des régions de Kenora et Thunder Bay ont été transférés lundi vers Sault-Sainte-Marie, à plus de 700 km de distance.

Leurs parents n’ont même pas été informés [à l’avance], ils ont été menottés et enchaînés pour être transportés vers l’aéroport, indique-t-il, des faits corroborés par le président du conseil d’administration des trois centres, le Dr Ben Stride-Darnley.

Nous croyions que l’époque où on arrachait nos enfants de force à leurs familles était révolue, mais évidemment, ce n’est pas le cas et c’est déchirant. Ça devrait l’être pour tout le monde qui entend ce qui s’est passé.

Une citation de :Alvin Fiddler, grand chef de la Nation Nishnawbe Aski

Le chef autochtone déplore la rupture des liens entre les jeunes détenus autochtones et leurs familles causée par leur transfert dans des régions éloignées.

Pour plusieurs des communautés autochtones de la région, Sault-Sainte-Marie se trouve dans le sud. C'est tout comme si on parlait de Toronto. Il y en a déjà plusieurs qui sont isolées, et le coût des voyages par avion est très élevé, fait-il savoir.

Alvin Fiddler à son bureau.

Le grand chef de la nation Nishnawbe Aski, Alvin Fiddler.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

Le Dr Stride-Darnley dit avoir été choqué et consterné d’apprendre la décision du gouvernement.

Ça a été une décision unilatérale qui a été prise sans consultation. C’est très décevant étant donné la vulnérabilité des jeunes dont nous nous occupons, note-t-il.

Bien que nous acceptions tous les jeunes, notre expérience démontre qu’entre 95 % et 100 % des jeunes que nous accueillons sont autochtones. Donc [cette décision] a des implications racistes. C’est une décision faite en dehors du Nord et du Nord-Ouest pour des raisons purement financières et non pour le bien-être [des jeunes].

Une citation de :Dr Ben Stride-Darnley, président du conseil d’administration de Creighton Youth Services

Les centres J.J. Kelso, Creighton Youth et Jack McGuire que supervisait le Dr Stride-Darnley abritaient en tout une dizaine de jeunes au début de la semaine, ce qui représente environ 30 % de la capacité totale de ces centres.

Le médecin et anthropologue de formation reconnaît que ces établissements étaient sous-utilisés comme l’indique le gouvernement, mais croit que le taux d’occupation à lui seul ne reflète pas la complexité des soins dont ont besoin les jeunes quand ils arrivent.

Il y a beaucoup de travail que nous faisons pour nous assurer que l’éducation et la réhabilitation de ces jeunes puissent avoir lieu, qu’ils puissent poursuivre leurs pratiques traditionnelles pendant leur séjour avec nous.

Une citation de :Dr Ben Stride-Darnley, président du conseil d’administration de Creighton Youth Services

Le Dr Stride-Darnley souligne également que son organisation a demandé à la province à plusieurs reprises de transformer l’un des centres de détention en centre de traitement qui donnerait accès à des psychiatres, des travailleurs sociaux, mais la demande a été refusée.

Ce refus lui fait douter, ajoute-t-il, que le gouvernement réinvestisse une partie de l’argent économisé par la fermeture des 26 centres dans les soins de santé mentale dans le Nord de l’Ontario.

Mercredi, un porte-parole du ministère des Services à l’enfance, des Services sociaux et communautaires a indiqué à Radio-Canada que la province prévoyait épargner environ 40 millions de dollars par année, une somme qui pourrait être réinvestie notamment dans la relance économique.

Un recul pour la réconciliation, déplore le NPD

En chambre jeudi, la députée néo-démocrate de Toronto Centre, Suze Morrison, a demandé au premier ministre Doug Ford de se prononcer sur le transfert des jeunes détenus autochtones vers des centres très éloignés de leurs familles.

Elle affirme que les conditions dans lesquelles ils ont été transférés lui rappellentl’histoire des pensionnats autochtones et de la rafle des années 1960.

Suze Morrison lors d'une entrevue en visioconférence.

Suze Morrison est la députée néo-démocrate de Toronto—Centre.

Photo : CBC/Evan Mitsui

En guise de réponse, le ministre des Services à l’enfance, des Services sociaux et communautaires, Todd Smith, a précisé qu’il y a encore huit centres de détention qui demeurent ouverts dans le Nord de l’Ontario et que plusieurs d’entre eux offrent des services culturellement appropriés aux Autochtones.

Quatre des centres n’avaient aucun occupant pour la majeure partie de l’année dernière, cinq d’entre eux n’avaient qu’un seul occupant. Ça n’avait aucun sens de les garder ouverts.

Une citation de :Todd Smith, ministre des Services à l’enfance, des Services sociaux et communautaires de l’Ontario
Le député en entrevue devant un micro.

Todd Smith est le ministre des Services à l'enfance, des Services sociaux et communautaires de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Les arguments ne convainquent toutefois pas la chef du NPD Andrea Horwath, qui qualifie la mesure du gouvernement Ford de recul [...] pour la réconciliation [avec les peuples autochtones].

Dans le Nord, les distances entre les centres [de détention pour jeunes] sont longues. Ce n’est pas comme si on peut simplement prendre le métro pour aller rendre visite à son enfant lorsqu’on vit à Sioux Lookout ou à Kenora. C’est tellement insensible, affirme Mme Horwath.

Le grand chef Fiddler dit avoir envoyé une lettre au premier ministre Ford pour lui demander d'infirmer la décision, mais il n’avait pas encore reçu de réponse jeudi après-midi.

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