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Violence conjugale : « C'est un cycle qu'on peut briser », disent des organismes

Un homme appuyé sur un mur dans une pièce sombre.

Les meurtres récents de cinq femmes amènent certains organismes à demander plus de ressources pour venir en aide aux hommes violents.

Photo : getty images/istockphoto / KatarzynaBialasiewicz

Radio-Canada

Les meurtres de cinq femmes, ces dernières semaines au Québec, dont le plus récent est survenu à Sainte-Sophie, ont choqué la conscience collective et ramené l'attention sur le problème de la violence conjugale.

Un texte de Jean-François Thériault

Alors que les refuges pour les victimes débordent et manquent de financement, quelques voix s’élèvent pour réclamer plus de ressources pour le travail de prévention auprès des hommes eux-mêmes.

Sabrina Nadeau dirige le réseau À cœur d’homme, qui regroupe 31 organismes communautaires travaillant à prévenir la violence conjugale. Toutes ces organisations accueillent et accompagnent les hommes qui veulent changer leurs comportements violents.

On ne parlera jamais assez de violence conjugale. Je crois qu’il est important d’ouvrir le dialogue, et d’inclure les hommes dans la solution, dit Mme Nadeau.

Travailler avec les auteurs de la violence, avec des hommes violents, ce n’est pas très glamour, admet-elle. Les gens en général ne connaissent pas notre travail. Quand j’en parle autour de moi, la réaction c’est souvent : "Pourquoi tu ne travailles pas du côté des victimes?"

Mais quand on réussit à convaincre un homme de changer ses comportements, imaginez toutes les victimes potentielles qu’on peut sauver, dit-elle.

Elle tient à être très claire : inclure les hommes dans la discussion ne signifie en aucun cas banaliser les gestes violents. Mais c’est en ayant de l’écoute et une sensibilité qu’on est capable de les accompagner dans ces changements, de les responsabiliser face à leurs actes et de leur offrir des stratégies alternatives [à la violence], affirme-t-elle.

La science le dit : la violence n’est pas innée. Elle est apprise, répétée et transmise. C’est un cycle qu’on peut briser.

Une citation de :Sabrina Nadeau, directrice générale du réseau À cœur d'homme

La demande explose, les cas se complexifient

Valérie Meunier est directrice du Groupe d’aide aux personnes impulsives (GAPI), qui fait partie du réseau À cœur d’homme. Elle l’affirme sans détour : le nombre d’hommes qui cherchent de l’aide a explosé avec la pandémie.

Et les cas sont de plus en plus complexes. On voit beaucoup de gens en crise, qui arrivent intoxiqués ou dans un état suicidaire, dit-elle.

Qu’ils soient envoyés par les autorités ou qu’ils entreprennent eux-mêmes la démarche, ces hommes sont accueillis par des intervenants du GAPI qui cherchent avec eux des actions concrètes à poser pour changer leur comportement. Mais les ressources manquent pour faire face à la demande.

En ce moment, la liste d’attente pour une place dans un groupe est de 4 à 6 mois, dit Mme Meunier. On a mis en place des ressources alternatives, comme des rencontres Zoom, mais on sait qu’on ne rejoint pas tout le monde avec ça.

Elle espère obtenir un peu plus de financement pour résorber l’attente, mais surtout pour reprendre les activités de sensibilisation. On ne peut pas seulement patcher quand les tragédies arrivent, dit-elle.

L’importance du choix des mots

En conférence de presse mercredi, le premier ministre François Legault n’a pas mâché ses mots pour parler des récents féminicides.

J’ai envie de parler aux hommes, d’homme à homme. Il n’y a rien de masculin, rien de viril, à être violent avec une femme. Au contraire, moi, je trouve ça lâche. Il est temps que les hommes se mettent ensemble et qu’on se dise : "On va parler à nos garçons, on va parler à nos chums". Ça n’a pas de bon sens qu’en 2021, on vive comme des barbares. On est dans une société civilisée, et toutes les femmes et tous nos enfants ont le droit à un milieu sécure. Donc, passons le mot.

Une citation de :François Legault, premier ministre du Québec

De prime abord, Sabrina Nadeau salue cette intervention. Le fait d’en parler, de s’adresser aux jeunes hommes, de solliciter la famille autour, de lancer le message que c’est tolérance zéro pour la violence conjugale, tout ça, c’est positif, dit-elle.

Mais elle qualifie tout le même le discours de maladroit. Aborder ça sous l’angle de la culpabilisation, ou du sentiment de honte, ce n’est pas la meilleure façon d’amener un homme à aller chercher de l’aide, avance-t-elle.

Valérie Meunier estime qu’il faut interpeller ces hommes comme des êtres humains en difficulté, mais qui ne sont pas seulement des bourreaux. Ça ne servira jamais d’excuse, mais il faut être capable d’entendre leur désespoir.

Il y a tellement d’obstacles à la demande d’aide. Les hommes s’en mettent déjà beaucoup eux-mêmes. Si on en rajoute, c’est contre-productif, ajoute Sabrina Nadeau, précisant que les hommes qui font les démarches arrivent [déjà] avec un très grand malaise par rapport à leur comportement.

Les deux intervenantes s’entendent pour dire que la judiciarisation n’est pas la seule solution au problème. On ne peut pas seulement faire passer ces hommes à travers le système judiciaire et se croiser les doigts pour éviter qu’ils ne recommencent, dit Sabrina Nadeau.

Besoin d'aide?

À coeur d'homme

Téléphone : 1 877 660-7799

Site : acoeurdhomme.com (Nouvelle fenêtre)

 

SOS violence conjugale

Téléphone : 1 800 363-9010

Site : sosviolenceconjugale.ca (Nouvelle fenêtre)

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