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La relance du sport, une occasion d'améliorer le modèle québécois

De jeunes joueurs de hockey sur la glace

La relance du sport au Québec est un moment tout désigné pour revoir nos modèles sportifs, estiment des experts.

Photo : Radio-Canada

Un an après le début de la pandémie, l’importance de l’activité physique chez les jeunes défraie plus que jamais la manchette. Or, la relance du sport à venir est l'occasion toute désignée d'améliorer le modèle de développement québécois, soutiennent des experts.

Originaire de Québec, André Lachance est une sommité canadienne en ce qui a trait aux nouvelles pratiques de développement des jeunes athlètes. Le directeur du développement de Baseball Canada milite depuis longtemps pour une refonte des systèmes de compétition chez les jeunes.

Il y a des choses qu’on discute depuis des années. Là, on a le temps de se demander comment transformer l’offre de services pour que ce soit une expérience sportive profitable à court terme et à long terme. On a besoin d’un gros reset.

La crise de la COVID a amené beaucoup de monde à réfléchir à l’accessibilité à la pratique sportive, mais cette préoccupation-là existe depuis plusieurs décennies, souligne pour sa part Alexandro Allison-Abaunza, dont les études doctorales à l’Université Laval portent sur l’accessibilité socio-économique en sport organisé.

Des jeunes avec des affiches devant l'Assemblée nationale pour demander de pratiquer leurs sports

L'importance du sport chez les jeunes défraie la manchette, mais même avant la pandémie, l'accès à la pratique sportive était inégal au Québec, pointe Alexandro Allison-Abaunza.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

En dehors de la COVID, à quel point on tolère que des enfants n’aient pas accès à la pratique sportive en fonction du niveau de scolarité ou des revenus de leurs parents? On sait que ce sont des prédicteurs importants de la pratique du sport organisé juvénile.

L’idée n’est pas de critiquer. Plutôt de souligner que le moment est idéal pour revoir les modèles sportifs pour favoriser l’accessibilité, le développement individuel et le plaisir. Surtout que certaines mesures des plans de relance des fédérations sportives adoptées dans la dernière année ont plus que des bienfaits épidémiologiques.

Réduire les déplacements, une bonne chose

Un exemple très clair, ce sont les déplacements interrégionaux, explique M. Allison-Abaunza, qui est également entraîneur adjoint de l'équipe d'athlétisme du Rouge et Or. Même après la pandémie, les athlètes de moins de 14 ans ne devraient pas recommencer à jouer des matchs partout dans la province ou même ailleurs au pays, argue-t-il.

Il y a tellement de chemin à parcourir pour ces jeunes-là avant d’atteindre des contextes d’excellence. On pourrait leur offrir un programme sportif de qualité qui limite les déplacements et donc les coûts.

En Norvège, pays champion des derniers Jeux olympiques d’hiver malgré une population plus petite que celle du Québec, une loi limite par exemple à un certain nombre de kilomètres le déplacement des équipes sportives selon le niveau et l’âge.

On associe à tort l’accessibilité et le plaisir dans le sport à quelque chose de bon enfant, mais ça a aussi des effets directs sur les performances des athlètes des États qui adoptent ces mesures-là, ajoute le chercheur de l’Université Laval.

Le développement plutôt que les résultats

Comme les calendriers de matchs ont été bouleversés, l’été et l’automne dernier, les entraîneurs québécois ont pu cesser de viser des résultats immédiats, mentionne également André Lachance.

Ce n'est jamais ce qui devrait primer avec les jeunes athlètes, mais c'est souvent le cas lorsque seulement un certain nombre d’équipes d’un circuit donné accèdent aux séries éliminatoires.

L’entraîneur, quand on lui dit ça en début d’année, il va se concentrer sur le premier match de la saison qu’il doit gagner. Si à l’inverse toutes les équipes font les séries, il veut quand même gagner des matchs, mais il y a moins de presse. On a le temps de développer certaines habiletés techniques à plus long terme.

Sigouin étire la jambière gauche pour faire un arrêt.

Même dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, toutes les équipes accéderont aux séries éliminatoires, cette saison. Une situation forcée par la pandémie qui pourrait être bénéfique.

Photo : Jonathan Roy

Pour André Lachance, tout cela revient au concept de littératie physique. Autant pour les garder accrochés au sport que pour leur développement moteur, les jeunes doivent d’abord acquérir une base d’habiletés sportives diversifiées. C’est enseigner le mouvement un peu comme on enseigne le français ou les mathématiques.

Diversifier la pratique sportive

Pour se faire, les fédérations sportives auraient intérêt à harmoniser leurs calendriers respectifs pour faciliter la pratique de plusieurs sports chez les jeunes. La spécialisation hâtive est un ennemi de la littératie physique.

En pratiquant différents sports selon les saisons, il devient aussi plus facile d’utiliser les infrastructures sportives publiques à leur plein potentiel. Pour réduire les coûts et améliorer l’accessibilité, des ligues de hockey encadrées par des entraîneurs qualifiés pourraient utiliser des patinoires extérieures. Les piscines publiques, l’été, pourraient accueillir des ligues de water-polo, suggère André Lachance.

Des jeunes jouent sur une patinoire.

Les patinoires extérieures municipales pourraient-elles être mieux utilisées?

Photo : Radio-Canada

Ce dernier est bien placé pour dire que plusieurs de ces idées sont applicables facilement. Il les a enseignés avec succès à des fédérations sportives de pays scandinaves, notamment, mais elles n'ont pas encore été reprises au Canada.

On a l’expertise, les connaissances et les ressources. On est les champions des documents de travail, mais on ne passe assez de temps à les appliquer.

C’est maintenant le moment d’agir, estime-t-il, surtout que des sondages suggèrent que plusieurs jeunes qui pratiquaient un sport avant la COVID-19 ne prévoient pas le recommencer après la pandémie.

Les fédérations ont eu à se virer de bord extrêmement rapidement dans la dernière année. J’espère que les gens ont réalisé que le changement, ça ne fait pas mal et ça amène parfois de belles surprises.

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