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COVID-19 : plus de 353 000 opérations et procédures médicales reportées au Canada

Un chirurgien prend un instrument dans sa main.

Des centaines de milliers de Canadiens sont en attente d'opérations ou d'interventions médicales en raison du délestage dans le réseau de la santé depuis le début de la pandémie, selon le centre d'études et de recherches SecondStreet.org.

Photo : iStock

Un rapport du centre d'études et de recherches SecondStreet.org révèle que plus de 353 000 opérations ou interventions chirurgicales et consultations médicales auprès de médecins spécialistes ont été reportées dans les 10 provinces canadiennes depuis le début de la pandémie. Selon le rapport, qui ne prend pas en compte les territoires canadiens, ces retards auraient coûté la vie à certains patients.

Les données obtenues grâce à des demandes d’accès à l’information faites par SecondStreet.org révèlent qu’au moins 205 549 procédures ont été retardées dans 9 des 10 provinces canadiennes. Seul l'Ontario n’a pas été en mesure de fournir de données.

Le Journal de l’Association médicale canadienne (CMAJ) estime cependant que cette province a repoussé 148 364 opérations chirurgicales, ce qui porte le nombre total d'opérations, d’interventions et de consultations médicales retardées à travers les provinces canadiennes à 353 913.

Quand la COVID-19 a émergé, les gouvernements ont reporté des centaines de milliers d'opérations, chirurgicales, d’interventions et de consultations auprès de spécialistes qui n’étaient pas liées à la COVID-19, affirme le président de SecondStreet.org, Colin Craig, dans un communiqué.

En plus d’allonger les listes d’attente, cela a causé beaucoup de souffrances pour les patients et même des décès dans certains cas, ajoute-t-il.

Une hystérectomie repoussée 4 fois

Véronique Schmouth, qui vit à Lac La Biche, à environ 200 km au nord-est d’Edmonton, en sait quelque chose.

À 43 ans, cette mère de cinq enfants est en attente d’une hystérectomie depuis un an. Elle dit que l’opération a été repoussée à quatre reprises en raison de la pandémie.

Ma vie n’est pas en danger, mais j’ai vraiment mal au ventre. C’est très douloureux.

Une citation de :Véronique Schmouth
Véronique Schmouth.

Véronique Schmouth est en attente d'une hystérectomie depuis un an.

Photo : Véronique Schmouth

Quand on a une chirurgie, c’est toute une organisation à faire. J’ai trois enfants à la maison. Je prépare toutes mes choses pour rien, tout est planifié et, finalement, c’est remis au mois prochain, déplore-t-elle.

La mère de famille est propriétaire d’une pourvoirie en Alberta. Elle souffre également d’une déchirure d’un ligament dans le genou qui l’empêche de se déplacer sans l'aide de béquilles ou d'un fauteuil roulant. Elle attend depuis le mois d’août sa consultation avec le spécialiste pour cette blessure.

Je me sens un peu délaissée, un peu abandonnée là-dedans. Je comprends qu’il y a un virus [...] Mais, est-ce que c’est vraiment une raison valable pour annuler une chirurgie, demande-t-elle.

Des données incomplètes

Selon SecondStreet.org, certaines provinces, comme le Québec, ont été en mesure de ne fournir qu’une estimation du nombre total d’interventions retardées, tandis que d’autres, comme la Saskatchewan, ont fourni plusieurs pages d’informations détaillées concernant le nombre de reports et le type d’interventions concernées.

Les gouvernements pourraient être beaucoup plus transparents au sujet de la souffrance vécue par les patients en raison du report des chirurgies et des interventions médicales. Nous savons que des patients sont morts à cause de ces retards, mais nous ne connaissons pas l’étendue du problème, déplore Colin Craig.

Bien que certaines provinces aient indiqué que des interventions repoussées ont déjà été planifiées à une date ultérieure, Colin Craig croit que la pandémie met en lumière les failles des différents systèmes de santé du pays.

Cela démontre le besoin de réformer les soins de santé au Canada si les gouvernements veulent vraiment mettre les patients au premier plan, dit-il.

Nombre d'interventions reportées par province, selon SecondStreet.org :

  • Colombie-Britannique : 24 287
  • Alberta : 16 893
  • Saskatchewan : 23 209
  • Manitoba : 8391
  • Ontario : 148 364
  • Québec : 70 467
  • Nouveau-Brunswick : 1562
  • Terre-Neuve : 23 867
  • Nouvelle-Écosse : 35 753
  • Île-du-Prince-Édouard : 1120

Total : 353 913

Demander l’aide du privé

Pour raccourcir les listes d’attente, SecondStreet.org propose entre autres aux provinces d'avoir recours aux cliniques privées pour offrir les opérations chirurgicales aux patients en attente dans le système public.

L’organisme propose également de permettre aux patients qui le souhaitent d'obtenir l'opération chirurgicale dont ils ont besoin au privé à leurs frais.

Ce choix permettrait d'harmoniser le Canada avec le reste du monde qui n’interdit pas à la population d’utiliser son argent pour améliorer sa santé et son bien-être, dit-il.

Le professeur au département de gestion, d’évaluation et de politique de santé de l'École de santé publique de l’Université de Montréal Régis Blais croit pour sa part que les ressources du privé peuvent être mises à contribution, mais que les interventions doivent être payées par le réseau de santé publique.

Le système fonctionne encore, il y a encore des chirurgies qui se font. Il s'en fait moins, c'est vrai, et peut-être que le privé peut aider, mais il faudrait que les gens dans le privé soient payés par le public et au tarif du public, pas du privé, affirme-t-il.

Ce n'est pas le temps de faire plus d'argent parce qu'on est en pandémie.

Une citation de :Régis Blais, professeur, École de santé publique, Université de Montréal

Si le privé est mis à contribution, tant mieux si on peut réduire les listes d'attente, mais il faut les réduire de façon équitable en fonction des besoins des gens, pas en fonction de l'argent qu'ils sont prêts à payer, ajoute-t-il.

Il se demande également si toutes les opérations chirurgicales repoussées sont essentielles.

La décision de proposer une chirurgie vient des chirurgiens et, souvent, ils sont autonomes dans leur décision. [...] De plus en plus, c'est démontré qu'il y a des interventions qui ne sont pas requises. Il faudrait donc s'assurer que tout ce qu'on fait est absolument nécessaire, explique-t-il.

Finalement, SecondStreet.org recommande un examen indépendant de la décision des provinces de reporter des opérations et des interventions médicales afin de savoir combien de patients sont morts en raison de ces retards et de mieux comprendre leur impact sur le bien-être des patients.

Il est important pour les gouvernements d’évaluer le coût social du report de toutes ces chirurgies et procédures médicales parce que beaucoup de gens en souffrent. [...] Derrière ces chiffres se cachent des patients aux histoires tragiques, conclut Colin Craig.

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