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La Chine s'apprête à modifier le système électoral à Hong Kong

Deux personnes s'enlacent sous le regard de nombreux photographes.

Deux militants prodémocratie se consolent après que la demande de libération conditionnelle de 32 de leurs collègues eut été rejetée par un tribunal, jeudi, à Hong Kong.

Photo : Getty Images / AFP/ANTHONY WALLACE

Agence France-Presse

Écarter l'opposition prodémocratie du pouvoir à Hong Kong : moins d'un an après avoir imposé sa loi sur la sécurité nationale à l'ex-colonie britannique, le Parlement chinois s'apprête à réformer le système électoral dans le territoire autonome.

Depuis plusieurs semaines, des experts pro-Pékin, des responsables politiques et le gouvernement central avaient évoqué l'idée d'une réforme afin de s'assurer, selon la formule répétée en boucle, que des patriotes gouvernent Hong Kong.

Les députés de l'Assemblée nationale populaire (ANP), réunis à partir de vendredi en session plénière annuelle à Pékin, étudieront une proposition visant à améliorer le système électoral de Hong Kong, a annoncé jeudi l'agence de presse Chine nouvelle.

Aucun détail n'a encore été apporté sur la nature de ce projet de réforme. L'ANP est entièrement contrôlée par le pouvoir communiste et son adoption par les députés chinois ne fait guère de doute.

Le projet ouvre la voie à une probable marginalisation des candidats prodémocratie d'opposition à Hong Kong.

Xi Jinping et Li Keqiang marchent vers leur siège devant des gradins remplis de gens qui les applaudissent.

Le président chinois Xi Jinping (en bas, à droite) et le premier ministre Li Keqiang (en bas, à gauche), à leur arrivée pour la séance d'ouverture de la Conférence politique consultative du peuple chinois, jeudi, à Pékin.

Photo : Getty Images / Kevin Frayer

Dans le viseur de Pékin, probablement : les conseillers de districts, très largement affiliés à l'opposition prodémocratie, à la suite d'un scrutin perdu par le gouvernement local pro-Pékin fin 2019.

La réforme devrait porter sur la désignation du parlement local (Legco) – où un système alambiqué garantit déjà presque à coup sûr une majorité au bloc pro-Pékin.

Ce Parlement doit être renouvelé en septembre prochain.

L'annonce de la réforme survient près d'un an après celle d'une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, imposée à l'ancienne colonie britannique par Pékin à la suite des énormes manifestations de 2019 contre une loi d'extradition et le régime communiste.

Selon la Chine, la loi sur la sécurité nationale a permis de ramener le calme, d'empêcher les ingérences étrangères et de réprimer le courant local militant pour l'indépendance – une ligne rouge absolue pour le pouvoir.

En pratique, la loi a depuis contribué à museler ou à arrêter de nombreuses figures de l'opposition. Et selon ses détracteurs, elle a entraîné un recul inédit des libertés depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine par le Royaume-Uni en 1997.

Contrairement à la Chine continentale gouvernée par le Parti communiste chinois (PCC), le territoire jouit en théorie de la liberté d'expression, de la liberté de la presse et d'une justice indépendante.

Plusieurs militants ont les deux bras en l'air. D'une main, ils montrent cinq doigts, de l'autre, un seul.

Des militants prodémocratie font un symbole signifiant « Cinq demandes, pas une de moins », devant un tribunal où comparaissaient d'autres militants, dimanche, à Hong Kong. Ils réclament la fin des discussions entourant un projet de loi d’extradition vers la Chine continentale, la libération des manifestants arrêtés, la reconnaissance officielle qu’ils ne sont pas des émeutiers, une enquête sur les agissements de la police et des élections libres.

Photo : Reuters / TYRONE SIU

Hong Kong, peuplé de quelque 7 millions d'habitants, n'a jamais bénéficié d'une démocratie étendue, que ce soit sous la colonisation britannique ou depuis la rétrocession à la Chine.

Mais la ville permet à une opposition combative de gagner des sièges à certaines élections locales.

Ces dernières années toutefois, les autorités ont multiplié les procédures de disqualification des candidats ou des élus prodémocratie du Legco, sur la base de leurs opinions politiques ou de serments mal prononcés.

La cheffe de l'exécutif hongkongais pro-Pékin, Carrie Lam, avait salué en février l'idée d'une réforme électorale et rejeté les critiques dénonçant une nouvelle oppression de l'opposition hongkongaise.

S'il nous faut utiliser le mot oppression, alors oui, c'est l'oppression visant ceux qui prônent l'indépendance de Hong Kong, qui tentent de pousser Hong Kong dans l'abîme de la violence, qui oublient leurs origines, ne se considèrent pas comme Chinois, qui pactisent avec des organisations politiques étrangères pour détruire Hong Kong, avait-elle déclaré à la presse.

Des dizaines de militants prodémocratie emprisonnés

Un juge de Hong Kong a décidé jeudi de maintenir en prison 32 militants prodémocratie accusés de subversion et d'en libérer sous caution 15 autres qui restent toutefois en détention après l'appel immédiatement interjeté par le parquet, au terme de quatre jours d'audience. Les 15 militants peuvent saisir la Haute Cour dans les 48 heures.

Trois femmes et un homme sont debout devant une rangée de micros et des dizaines de journalistes.

Des militants prodémocratie s'adressent aux journalistes jeudi, devant le palais de justice, après que la demande de libération sous caution de 32 de leurs collègues eut été rejetée.

Photo : Getty Images / AFP/ANTHONY WALLACE

Pour les 32 accusés qui se sont vu refuser une libération sous caution, le tribunal ne pense pas qu'il y ait de raisons suffisantes pour penser que vous n'allez pas continuer à commettre des actes qui mettent en danger la sécurité nationale, a déclaré le juge Victor So.

Plusieurs figures de proue de la contestation hongkongaise figurent parmi les 47 militants jugés, le groupe le plus important poursuivi à ce jour au nom de la loi draconienne sur la sécurité nationale imposée par la Chine dans le territoire.

Les 47 militants avaient été inculpés dimanche pour « subversion », une décision fermement condamnée par les capitales occidentales, à commencer par Washington et Londres qui accusent Pékin de renier sa promesse de préserver les libertés hongkongaises faite au moment de la rétrocession.

Les accusés représentent un spectre très large de l'opposition locale, avec d'anciens députés, des universitaires, des avocats, des travailleurs sociaux et nombre de militants plus jeunes comme Joshua Wong, déjà détenu dans une autre affaire.

Joshua Wong, vêtu de noir, menotté et masqué, est escorté par plusieurs gardiens de prison.

Le militant Joshua Wong, lors de sortie de prison en vue de sa comparution, jeudi, à Hong Kong.

Photo : Reuters / TYRONE SIU

Des milliers de personnes ont été arrêtées depuis 2019 à Hong Kong et la justice locale croule sous le poids de ces affaires.

Les quatre jours d'audience ont illustré les profonds changements apportés dans les habitudes judiciaires de Hong Kong par la nouvelle loi sur la sécurité imposée en juin dernier par Pékin sans débat au Parlement hongkongais.

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