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Myanmar : appel à un embargo sur les armes et nouvelles manifestations

Vue aérienne d'un groupe de manifestants derrière une barricade. Les manifestants en première ligne tiennent des boucliers.

Des manifestants sont retranchés derrière une barricade de fortune érigée jeudi dans une rue de Rangoon.

Photo : Reuters / Pigiste

Agence France-Presse

Le Rapporteur spécial de l'ONU a lancé un appel à l'imposition d'« un embargo mondial » sur les livraisons d'armes au Myanmar (ancienne Birmanie), au lendemain de la plus sanglante répression depuis la prise du pouvoir, le 1er février, par les militaires.

Au moins 38 personnes, d'après les Nations unies, ont été tuées mercredi par les forces de sécurité, qui ont tiré à balles réelles sur des rassemblements de contestataires, suscitant de nouvelles protestations internationales.

Même si l'avenir du Myanmar est déterminé par son peuple, la communauté internationale doit agir de manière urgente et décisive pour le soutenir.

Une citation de :Thomas Andrews, expert indépendant mandaté par l'ONU

Le rapporteur spécial des Nations unies recommande en conséquence au Conseil de sécurité, qui se réunit vendredi à huis clos pour discuter de la situation dans ce pays, de lui imposer un embargo mondial sur les armes, comme le font déjà, selon lui, les Européens et le Canada, lançant en outre un appel à des sanctions économiques ciblées contre les généraux birmans.

L'armée doit cesser d'assassiner et [d'] emprisonner les manifestants, a exhorté Michelle Bachelet, la haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, qui se dit consternée par les attaques documentées contre le personnel médical d'urgence et les ambulances qui tentent de prodiguer des soins aux personnes blessées.

Malgré la crainte des représailles, plusieurs manifestations ont eu lieu jeudi, notamment à Rangoon, la capitale économique. Nous sommes unis!, ont scandé des contestataires derrière des barricades faites de vieux pneus, de briques, de sacs de sable et de fil de fer barbelé.

Vue aérienne d'une rue ou de nombreuses barricades ont été érigées.

Dans ce quartier de Rangoon, les manifestants multiplient les obstacles pour se protéger des forces de l'ordre.

Photo : Getty Images / AFP/Pigiste

Certains rassemblements ont été dispersés avec du gaz lacrymogène, d'après un média. Dans le quartier de San Chaung, théâtre d'importantes violences ces derniers jours, des images du chef de la junte Min Aung Hlaing ont été placardées au sol pour que les piétons puissent les piétiner, une ruse pour gêner l'armée et la police, qui n'oseront pas faire de même.

Résister est notre devoir, a déclaré Thinzar Shunlei Yi, une militante de premier plan, promettant de manifester tous les jours.

La junte semble plus déterminée que jamais à éteindre le vent de fronde soufflant sur le Myanmar depuis le putsch qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi.

Mercredi, des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des manifestants couverts de sang et blessés par balle à la tête. La télévision d'État a de son côté assuré que les forces de sécurité n'utilisaient que des armes destinées au contrôle des foules afin de minimiser les blessures.

Des policiers casqués et portant des boucliers et des matraques ou des fusils courent dans une rue.

Des policiers foncent vers des manifestants, mercredi, à Rangoon. La répression dans le pays a fait au moins 54 morts depuis le putsch, selon l'ONU.

Photo : Getty Images / AFP/Pigiste

Au moins 54 civils ont été tués depuis le coup d'État, selon l'ONU. Parmi eux, quatre mineurs, dont un adolescent de 14 ans, d'après l'ONG Save the Children. On compte aussi des dizaines de blessés.

L'armée a fait état pour sa part de la mort d'un policier. Sollicitée, elle n'a pas répondu aux multiples requêtes de l'AFP.

Le recours à la force meurtrière [...] montre à quel point les forces de sécurité craignent peu d'être tenues pour responsables de leurs actes.

Une citation de :Richard Weir, de l'ONG Human Rights Watch

Une foule très importante a participé jeudi à Mandalay aux funérailles d'une femme de 19 ans décédée la veille. Il n'y aura pas de pardon pour vous jusqu'à la fin du monde, a scandé l'assemblée, réunie devant son cercueil entouré de fleurs.

Kyal Sin est devenue un symbole : une photo où on la voit, peu de temps avant qu'elle ne soit atteinte par un tir mortel, portant un t-shirt sur lequel est écrit Tout ira bien, est devenue virale sur les réseaux sociaux.

Kyal Sin est étendue sur le sol, une main tendue, au milieu de manifestants tous accroupis, dans une rue.

Kyal Sin, 19 ans, s'est retrouvée au sol, mercredi, à Mandalay, après que des policiers ont ouvert le feu. Elle a été abattue d'une balle à la tête peu après.

Photo : Reuters / Pigiste

Les États-Unis ont annoncé jeudi de nouvelles sanctions commerciales contre le Myanmar : le ministère américain du Commerce a précisé avoir imposé de nouvelles restrictions aux exportations vers le pays et avoir inscrit sur sa liste noire les ministères birmans de la Défense et de l'Intérieur, responsables du coup d'État, ainsi que deux entités commerciales détenues et gérées par le ministère de la Défense.

De son côté, celui qui avait été désigné, mardi, en qualité de nouvel ambassadeur du Myanmar auprès de l'ONU par la junte, après le limogeage du titulaire de ce poste, a démissionné, assurant que son prédécesseur continuait à représenter son pays.

La Chine et la Russie, des alliées traditionnelles de l'armée birmane, n'ont quant à elles pas officiellement condamné le coup d'État, considérant la crise comme une affaire intérieure.

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