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La deuxième chance de Jason Kenney

Un portrait de Jason Kenney, le premier ministre de l'Alberta.

Jason Kenney avait promis une approche axée sur les membres lorsqu'il a fondé le Parti conservateur uni de l'Alberta.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Depuis que des députés conservateurs unis ont voyagé à l’étranger durant le temps des Fêtes, le premier ministre albertain, Jason Kenney, a été plongé dans une tourmente politique sans précédent dans son mandat.

Le chef conservateur uni a dû faire des pieds et des mains pour calmer la grogne de ses partisans qui discutent de la possibilité de l’éjecter de son rôle de chef.

Le scandale des députés voyageurs a été un coup dur pour le premier ministre. En février, son taux de popularité a plongé à 26 %, le plus bas de tous les premiers ministres du pays.

Bien qu’il ait puni les députés concernés, ses tergiversations des premiers jours avant de le faire ont accentué la colère de ses partisans, déjà frustrés des restrictions sanitaires et du marasme économique.

Pour apaiser les esprits, Jason Kenney a remis sur la table une promesse électorale : un projet de loi pour révoquer les députés.

Dans son parti, ils sont nombreux à se demander s’ils doivent le soumettre au même test. Nous avons discuté d’un vote de confiance, confirme un président d’association de circonscription du Parti conservateur uni (PCU).

CBC/Radio-Canada a parlé à une dizaine d’organisateurs politiques, de présidents et de membres d’associations de circonscription du PCU et a accepté de protéger leur identité, puisqu’ils ne sont pas autorisés à parler publiquement des affaires du parti.

La majorité d’entre eux affirment avoir eu des discussions sur la possibilité de tenir un vote de confiance sur leur chef.

Les règlements du Parti conservateur uni stipulent qu’un vote de confiance doit se tenir lors d’une assemblée générale annuelle entre deux élections, mais le processus peut aussi être déclenché si le quart des 87 associations de circonscription l’exige.

Les circonscriptions rurales mènent la fronde

Les discussions les plus sérieuses ont eu lieu dans les circonscriptions rurales, où le mécontentement sur la gestion de la pandémie est le plus élevé. Je dirais qu’il y a au moins 80 % de mécontents dans mon conseil d’administration, mentionne un président d’association. Ce n’est pas juste à cause d’un problème. C’est un millier de problèmes.

Deux présidents d’associations de circonscription à qui nous avons parlé disent avoir entendu beaucoup de plaintes à propos du premier ministre, mais leur propre conseil d’administration n’a pas discuté d’un vote de confiance.

Des militants conservateurs, assis de dos, lors de la séance de discussion consacrée à la place de l'Alberta dans la Fédération.

Dès le début, le Parti conservateur uni a promis qu'il ferait une grande place à ses membres dans son fonctionnement et ses décisions.

Photo : Radio-Canada / Laurent Pirot

Un autre, Adam Waterman, de Vermilion-Lloydminster-Wainwright, affirme que les gens en ont assez de la COVID-19, mais pas de Kenney, chez lui.

Il estime que seulement 10 % des membres de son association de circonscription voudraient tenir un vote de confiance sur leur chef.

Questionnée sur cette fronde, l'attachée de presse de Jason Kenney, Jerrica Goodwin, affirme que le parti reste dirigé par ses membres et qu'ils sont encouragés à dire ce qu'ils pensent.

Le premier ministre Kenney et le gouvernement conservateur uni ont déjà tenu 75 % de leurs promesses électorales de 2019, tout en protégeant les vies et le gagne-pain des Albertains, répond Jerrica Goodwin, dans un courriel.

Tenter de réparer les pots cassés

Depuis janvier, Jason Kenney a investi beaucoup de temps pour calmer la grogne. Il fait des appels presque toutes les semaines avec les présidents d’associations de circonscription, afin d’écouter leurs griefs.

Il est aussi plus facile à joindre et disponible qu’auparavant, selon nos sources, et a reculé sur l’annulation de la politique sur le charbon dans les Rocheuses, un dossier qui déplaisait fortement à sa base rurale.

Ces gestes pour réparer les pots cassés ne sont toutefois pas la seule raison pour laquelle la fronde pour le détrôner n’est pas allée plus loin, selon ceux à qui nous avons parlé.

Non seulement Jason Kenney n’a pas de successeur évident, mais les conservateurs unis craignent également qu’une lutte interne ne favorise la réélection du Nouveau Parti démocratique albertain (NPD). En 2015, le NPD de Rachel Notley a remporté le pouvoir notamment en raison de la division du vote de droite.

Danger d'une division du vote

Le politologue Duane Bratt, de l’Université Mount Royal de Calgary, affirme que le premier ministre ne peut pas se permettre de perdre l’appui des circonscriptions rurales, car ce sont elles qui lui ont donné sa majorité parlementaire.

Le danger n’est pas que les mécontents appuient le NPD, mais le Parti Wildrose pour l’indépendance, croit Duane Bratt.

Jason Kenney lève le bras pour saluer ses partisans.

Jason Kenney a remporté l'élection provinciale de 2019 après avoir fusionné les partis de droite albertains sous la bannière du Parti conservateur uni.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Ce danger est d’autant plus réel que plusieurs sources nous ont indiqué que de nombreux membres frustrés des associations de circonscription du PCU ont eu des discussions avec le Parti Wildrose pour l’indépendance.

Un membre à qui j’ai parlé m’a dit qu’il a tenté de discuter d’un vote de confiance lors de sa réunion d’association et que son président a refusé, bien que trois autres membres voulaient en discuter, affirme le chef intérimaire du Parti Wildrose pour l’indépendance, Paul Hinman.

« La résistance est là et elle grandit. »

— Une citation de  Paul Hinman, chef intérimaire du Parti Wildrose pour l'indépendance

Brian Hildebrand est l’un de ceux avec qui il a discuté. Ce dernier a quitté le conseil d’administration de l’association de circonscription de Taber-Warner, dans le sud de la province, frustré par ce qu’il considère comme un manque de consultations et l’approche contrôlante du premier ministre.

« D’autres [membres du conseil d'administration] sont insatisfaits aussi, mais ils n’ont pas abandonné et ils gardent espoir de redorer le blason du parti. »

— Une citation de  Brian Hildebrand, ex-membre de l'association de circonscription du PCU de Taber-Warner

Vote de confiance repoussé

Les efforts de Jason Kenney semblent toutefois avoir porté fruit. Toutes les sources à qui nous avons parlé affirment que leur association a décidé de donner une autre chance au premier ministre, compte tenu de la pandémie de COVID-19.

Elles lui donnent de six mois à un an pour changer de direction et être davantage à l’écoute de la base, faute de quoi elles pourraient réclamer un vote de confiance.

Ce n’est pas le temps d’évaluer un leader et un gouvernement. Laissons-les faire leur travail, passer à travers [la pandémie] et voir s’ils ont mérité de continuer, affirme une source.

Avec les informations d'Elise von Scheel

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