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Cinq féminicides en un mois au Québec : des morts « prévisibles »

L’organisme SOS violence conjugale affirme avoir déjà reçu près de 35 000 demandes cette année.

Une femme dont on ne voit que l'ombre met la main sur une fenêtre.

Un féminicide survient tous les 2,5 jours au Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Kuujjuaq, Laval, Saint-Hyacinthe, Sainte-Sophie. En l’espace de quelques semaines, cinq femmes ont été assassinées dans un contexte de violence conjugale. Des maisons d’hébergement au Québec s’inquiètent de cette flambée de violence pourtant « prévisible », selon elles.

Lundi soir, Myriam Dallaire, 28 ans, et sa mère Sylvie Bisson, 60 ans, ont été sauvagement tuées dans leur domicile de Sainte-Sophie, dans les Laurentides. Rien qu'en février, des meurtres similaires ont eu lieu à Kuujjuaq, au Nunavik, à Saint-Hyacinthe, en Montérégie, et à Laval.

À cela, il faut ajouter huit féminicides survenus l’année dernière.

L’heure est grave, estiment des organismes d'aide.

C’est une chronique d’une mort annoncée.

Une citation de :Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes

Dans le meurtre à Saint-Hyacinthe de Nancy Roy [dont le conjoint est accusé de meurtre non prémédité], les voisins se sont interposés. Le conjoint était extrêmement contrôlant. Il faut y voir un cumulatif des indicateurs. C’est toujours le même modus operandi, c’est prévisible. Il y a des études internationales, il y a des spécialistes qui étudient la question depuis 60 ans, ajoute la dirigeante de ce réseau de 36 maisons d’hébergement à travers le Québec.

Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale déplore pour sa part un sous-financement chronique qui se répercute sur le terrain.

Les maisons font un travail de prévention en amont qui implique une collaboration avec différents intervenants, comme la police ou les procureurs, indique la porte-parole du Regroupement, Louise Riendeau. Il y a eu beaucoup de coupures de services et on demande au gouvernement de nous redonner les moyens d'agir, souligne-t-elle.

Chaque année, faute de place ou de budget, la Fédération des maisons d'hébergement affirme devoir refuser jusqu’à 15 000 demandes de femmes violentées à la recherche d'un refuge temporaire.

L'ombre d'un homme apparaît dans le cadre d'une porte.

La violence conjugale est plus importante en cette période de pandémie, avertissent des organismes.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Depuis le début de la pandémie, divers organismes sonnent l’alarme. Ils y voient un terreau fertile pour un conjoint violent, dont l’emprise sur la compagne peut être importante dans un contexte de confinement.

Le nombre de demandes d’aide pour des situations de violence conjugale, par téléphone ou par voie électronique, n’a d'ailleurs jamais été aussi élevé. L’organisme SOS violence conjugale, par exemple, affirme avoir déjà reçu près de 35 000 demandes cette année.

Des violences « barbares »

Les maisons d’hébergement ont remarqué en outre, avec la pandémie, une intensification des violences : des femmes ont eu des membres brisés, des femmes et des enfants ont été séquestrés...

On a vu des violences barbares. Des choses qu’on voit parfois, mais qu'on a souvent vues cette année, soutient Roxane Prenovost, directrice à la maison La Passe-r-elle des Hautes-Laurentides. Elle évite de donner plus de détails, par crainte de dévoiler l’identité de certaines femmes.

La pandémie a ajouté un levier d’agression. Des mesures de contrôle et d’isolement sont incroyables, ajoute-t-elle.

Manon Monastesse.

Manon Monastesse, directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Même son de cloche du côté de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes. On a vu des femmes arriver en maison accompagnées de policiers, être victimes de violences plus sévères. La pandémie a fait que la situation de confinement ne leur permettait pas de se dégager rapidement de la situation, explique Manon Monastesse.

Selon un sondage effectué entre juillet et novembre par le Regroupement auprès de 87 femmes qui ont eu recours au soutien de ces maisons dans le passé, 79 % disent avoir subi de la violence conjugale pendant le confinement du printemps dernier. Et 42 % d’entre elles affirment que cette violence était plus grave.

Autant le confinement a pu avoir des conséquences néfastes sur les violences conjugales, autant la fin du confinement fait craindre le pire aux organismes.

En confinement, les conjoints ont un très grand contrôle sur les partenaires. Et on sait que les risques d’homicide sont plus grands quand ils sentent qu'ils perdent le contrôle. Quand les femmes vont reprendre le travail, le contact avec leur famille, va-t-on se retrouver avec des risques d’homicide plus grands?

Une citation de :Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

Pour les organismes, les féminicides représentent en quelque sorte la partie émergée de l’iceberg. Rien que pour son réseau de 36 maisons d’hébergement, Manon Monastesse affirme avoir aidé l’année dernière 300 femmes qui se sont dites victimes d’une tentative de meurtre, que ce soit par strangulation ou par blessure à l’arme blanche.

C’est sans compter toutes ces femmes qui sont dans l’ombre et qui ne vont pas demander de l’aide. On est loin du compte.

Besoin d'aide?

Appelez SOS violence conjugale au 1 800 363-9010.

Ou sur le web : sosviolenceconjugale.ca (Nouvelle fenêtre)

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