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La santé, le prochain débat dans l'accès aux services en français en Ontario?

Une affiche qui indique que les visites sont interdites

L'accès aux informations liées à la santé n'est pas toujours disponible dans les deux langues dans beaucoup de régions.

Photo : Radio-Canada / Martine Laberge

Malgré les efforts de plusieurs bureaux de santé publique pour améliorer leurs services en français, un accès égal à des services bilingues de qualité n’est pas encore possible partout en Ontario.

Une réforme s’impose selon plusieurs, surtout en raison de l'importance de la compréhension des consignes sanitaires pendant la pandémie.

Lors de son dernier rapport, la commissaire aux services en français Kelly Burke a été catégorique : la Loi sur les services en français est désuète et doit être mise à jour, notamment pour les communications en lien avec la santé publique.

Une réforme que souhaite entreprendre Guy Bourgouin, le député néo-démocrate de Mushkegowuk—Baie James.

Il compte déposer un projet de loi pour assujettir les bureaux de santé publique à la Loi sur les services en français.

Guy Bourgouin en conférence de presse à Queen's Park.

Guy Bourgouin veut déposer un projet de loi pour assujettir les bureaux de santé publique à la Loi sur les services en français.

Photo : CHAÎNE DE QUEEN'S PARK

En les mettant assujettis à la loi, ils seront obligés de donner des services bilingues équivalents selon la loi, comme c'est là ils ne le sont pas, explique le député.

C’est pour ça qu’il y a beaucoup d’endroits en province où il n’y a pas d’informations sur la santé en français, parce que ce n’est pas obligatoire, déplore-t-il.

Avec cette réforme, M. Bourgouin voit aussi plus loin dans l’organigramme de Santé publique Ontario.

Même le médecin hygiéniste de la province devrait pouvoir parler les deux langues, parce que lorsqu’on l’a entendu faire ses annonces pendant la pandémie, c’était en anglais seulement, explique-t-il.

Selon lui, les bureaux régionaux offrent des services en français quand ils le peuvent, comme dans mon comté qui compte 30 % de francophones, ils peuvent le faire, mais ils ne sont pas obligés.

Au Bureau de santé Porcupine, qui couvre des villes comme Hearst et Timmins qui comptent une forte proportion de francophones, il est facile de recevoir un service en français quand on a des questions.

Selon Sylvin Lacroix, le président de l’Alliance de la francophonie de Timmins, le personnel bilingue des bureaux de santé publique à Timmins fait en sorte que je sais que je peux toujours avoir accès aux services dans les deux langues.

Portrait de Sylvin Lacroix

Sylvin Lacroix est citoyen de Timmins.

Photo : Darla Fiset

Mais selon lui, cela ne diminue pas l’importance de devoir soumettre les bureaux à la Loi sur les services en français.

Les agences de services directs qui reçoivent de l’argent du provincial devraient absolument être touchées par la Loi sur les services en français, il ne devrait même pas y avoir de discussion, dit-il.

Le jeu de la vigilance face à la qualité du français

Même dans des régions qui ont accès à des services en français dans les bureaux de santé publique, la qualité de l’information et du français peut varier grandement.

Marie Lebel, professeure à l’Université de Hearst et historienne, s’est rendu compte la semaine dernière que la qualité du français n’était pas toujours à la hauteur malgré les efforts du Bureau de santé Porcupine.

Une femme avec un chandail noir dans une pièce au plafond penché.

Marie Lebel a pris conscience des défis de l'accès aux informations en français après avoir vu une mauvaise traduction sur le site du bureau de santé du Porcupine.

Photo : Radio-Canada

Lors d’une de ses premières visites sur le site internet en français du bureau de santé, elle est tombée sur un document, au sujet de la COVID-19, mal traduit.

Aggravation des problèmes chroniques actuels : avec la présence de la COVID-19, tous les membres de la communauté sont demandés à rester à la maison autant que possible, limiter les contacts étroits avec ceux avec qui vous vivez; continuer à porter un masque, garder votre distance d’au moins 2 m de ceux avec lesquels vous ne vivez pas avec, et se laver les mains.

Une citation de :Extrait du site internet du Bureau de santé Porcupine

La traduction que j’ai vue, je la trouvais épouvantable, je n’étais pas sûre que je comprenais et je me suis dit, c’est grave, si j’ai besoin de soins et que je ne comprends pas ce qui est écrit, c’est encore pire que si je n’avais pas reçu de services, déplore-t-elle.

En retournant sur le site, elle a pu constater que le reste du site Internet n’était pas aussi mal traduit.

Elle soutient tout de même qu’elle ne pensait pas avoir à devenir aussi vigilante vis à vis de la qualité du français en Ontario.

Je ne voulais pas avoir à guetter tout le temps, je ne voulais pas avoir à tomber dans le jeu de la vigilance, précise-t-elle.

Je me disais : arrêtons de jouer aux martyrs, je pensais que ce n’était pas vrai que les francophones auraient tout le temps à se battre, mais j'ai réalisé qu'il va falloir se battre et sur plusieurs fronts.

Une citation de :Marie Lebel, professeure à l’Université de Hearst et historienne

Selon ses expériences à étudier l’accès aux services de santé dans le cadre de ses recherches, elle affirme que lorsqu’elles sont en détresse ou qu’on a besoin de soins ou dans une situation de crise, on va considérer l’enjeu des langues comme secondaire.

Mais Mme Lebel affirme qu’il ne faut pas qu’on puisse penser que c’est correct d’utiliser un tel niveau de français.

Du côté du Bureau de santé Porcupine, on dénote de nombreuses initiatives avec comme objectif de favoriser les services en français.

On note également que le bureau évalue continuellement la prestation de nos programmes et services afin de nous assurer qu’ils répondent aux besoins de nos communautés, y compris notre population de langue française.

Un débat qui continue depuis plusieurs années

Pour en arriver au changement, des réformes seront nécessaires selon André Rhéaume, ancien conseiller municipal à Hearst qui a siégé au Bureau de santé Porcupine.

Il se rappelle qu’en 2016, il avait tenté de faire adopter des postes bilingues dans la direction du bureau de santé, avant que sa proposition ne soit battue lors d’un vote au conseil.

Affiche du Bureau de santé Porcupine sur un mur de briques.

Le Bureau de santé Porcupine, dessert un territoire avec une importante proportion de francophones.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Je me souviens que j’avais mangé une volée, avec 9 voix contre 3, explique-t-il.

Selon lui, au Bureau de santé Porcupine, si les employés parlent français, il était à ce moment hors de question de s’assurer que des postes de cadres soient réservés à des bilingues.

Il se rappelle que pour Porcupine, le français a pendant longtemps été pris moins au sérieux que dans d’autres régions avec une grande population francophone.

Si on compare avec la région de Sudbury, qui compte moins de francophones, ils ont toujours pris les informations en français plus au sérieux, alors comme francophone c’est insultant, déplore-t-il.

Il croit qu’assujettir les bureaux de santé publique à la Loi sur les services en français pourrait aider à corriger cette situation puisque les bureaux seraient forcés d’offrir des services égaux

Les changements se manifesteront-ils cette année?

Alors que Guy Bourgouin veut déposer son projet de loi cette année, le gouvernement Ford souhaite aussi moderniser la Loi sur les services en français.

La ministre Mulroney a par ailleurs déjà mentionné vouloir s’attaquer à ce dossier d’ici la fin de 2021.

Une femme devant un drapeau.

Caroline Mulroney veut se pencher sur une modernisation de la Loi sur les services en français d'ici la fin de 2021.

Photo : Capture d'écran / Chaîne Youtube du gouvernement de l'Ontario

Du côté des bureaux de santé publique d’autres régions de la province, on ne semble pas avoir une très grande volonté d’améliorer les services en français malgré les recommandations de la commissaire.

Du côté de Santé publique Toronto, on affirme que même si on peut déjà compter sur des principes de régulation interne, l'organisme se plierait aux directives d'un gouvernement qui souhaiterait l'assujettir à la Loi sur les services en français.

L'organisme de santé publique affirme comprendre sa réalité multiculturelle et affirme vouloir être plus accessible pour tous.

Du côté du bureau de santé publique de Windsor, on affirme en avoir trop sur les bras avec la pandémie pour mettre de l’énergie dans l’amélioration des services en français.

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