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Douleur et soulagement après la condamnation de l’auteur de l’attaque au camion-bélier

Une femme écrit un mot sur un muret de béton près du mémorial pour les victimes de l'attaque.

Des fleurs ont été déposées en hommage aux victimes de l'attaque au camion-bélier à Toronto en avril 2018 (archives).

Photo : La Presse canadienne / Aaron Vincent Elkaim

Radio-Canada

Près de trois ans après la tragédie qui a fait 10 morts et 16 blessés à Toronto, Alek Minassian est reconnu coupable de l'attaque au camion-bélier. Le jugement rendu public mercredi a suscité une vague de réactions alors que l'homme de 28 ans est automatiquement condamné à la prison à vie, sans droit de libération conditionnelle avant au moins 25 ans.

Soulagée, absolument soulagée. Je suis reconnaissante envers la juge, a soupiré Cathy Riddell, l’une des victimes de l’attaque, à la sortie du palais de justice de Toronto. Je vais probablement dormir cette nuit pour la première fois depuis longtemps.

Cathy Riddell porte un masque et parle dans des micros placés devant elle.

Cathy Riddell s'entretient avec les médias devant la Cour supérieure de l'Ontario.

Photo : Evan Mitsui/CBC

La sexagénaire a été grièvement blessée après avoir été percutée par la fourgonnette conduite par le meurtrier dans la rue Yonge le 23 avril 2018. Je considère que la décision est juste, a-t-elle ajouté. Il peut passer le reste de sa vie en prison, parce qu’il le mérite.

Ce n’est pas la fin. Je ne suis pas heureuse. Je n’ai pas envie de danser. Mais j’ai l’impression que justice a été rendue et c’est un soulagement pour moi que ce procès ait enfin eu lieu et que nous soyons passés à travers.

Une citation de :Cathy Riddell, victime de l'attaque au camion-bélier

Pour sa part, Nick D’Amico a perdu sa sœur Anne Marie lors de la tragédie. C'est comme retenir son souffle pendant trois ans et pouvoir enfin respirer, a-t-il mentionné après que la juge Anne Molloy a donné raison à la Couronne en rejetant la thèse de la non-responsabilité criminelle de la défense.

Des gens sont rassemblés au mémorial pour les victimes de l'attaque au camion-bélier sur la rue Yonge à Toronto.

Veillée pour les victimes de l'attentat au camion-bélier en avril 2018.

Photo : Getty Images / Cole Burston

La juge a été diligente et méthodique, a précisé le frère de la victime. Je pense que [ma sœur] peut être fière que quelqu’un se soit tenu à ses côtés et ait défendu ses intérêts et ceux de la justice.

Malgré la décision qui apaise quelque peu la douleur de la famille, le deuil demeure vif pour le père d'Anne Marie D'Amico. Chaque matin est une épreuve, a évoqué Rocco D'Amico. Elle nous manquera toujours. Je ne sais pas comment on s’habitue à cela.

Un devoir de ne pas glorifier le coupable

Au moment de rendre sa décision, la juge Anne Molloy a réitéré la volonté du meurtrier d’atteindre la notoriété et regretté que les médias aient dévoilé le nom de l’accusé dès son arrestation. C’est pourquoi la magistrate a décidé de nommer l’assassin John Doe.

Je pense que nous devons respecter la volonté du juge et ne pas diffuser son nom, insiste Elwood Delaney qui a perdu sa grand-mère, Dorothy Sewell, dans l’attaque au camion-bélier. Je vais pour ma part retourner dans mes publications Facebook et retirer son nom par respect pour [ma grand-mère] et pour ce qu’elle a subi.

Journalistes et caméraman entourent une dizaine de personnes à l'extérieur de la Cour supérieure de l'Ontario.

Proches et familles de victimes de l'attaque au camion-bélier s'adressent aux médias devant la Cour supérieure de l'Ontario.

Photo : Evan Mitsui/CBC

En demandant aux médias ainsi qu’à la population de ne pas prononcer le nom du meurtrier, l’avocate en droit criminel, Me Alina Sklar, considère que la juge a bien agi en misant davantage sur les victimes de l’attaque.

C’est une excellente décision, fait-elle valoir. La juge a déterminé que la raison principale [...] de l’acte commis était le désir de notoriété et de célébrité pour donner raison d’être à sa vie et d’avoir une valeur à son existence.

C’est une question qui est beaucoup plus que juridique. C’est une question philosophique. C’est une question importante que la société doit se poser surtout actuellement.

Une citation de :Me Alina Sklar, avocate en droit criminel à Toronto

Selon Me Sklar, le jugement rendu mercredi requiert une réflexion collective. On doit se regarder dans le miroir et se poser la question : "Est-ce qu’on trouve que c’est acceptable et raisonnable de donner plus de valeur à un individu parce qu’il est célèbre?", indique l’avocate. Si la réponse est oui, cela explique la situation d’aujourd’hui parce que c’est exactement ce que l’individu a fait.

Une marque indélébile pour la Ville Reine

Le maire de Toronto, John Tory, a partagé ses pensées avec les familles des victimes dans une déclaration écrite peu après la parution du jugement.

Il n’y aura jamais de guérison complète pour les familles des victimes qui sont mortes ou ont été blessées, ni même pour la ville en soi, a-t-il indiqué. Mais j’espère sincèrement que cette décision aidera les victimes, leurs familles et leurs amis.

La maire John Tory en conférence de presse.

La maire de Toronto John Tory (archives).

Photo : CBC/Evan Mitsui

M. Tory a tenu à commémorer chacune des personnes qui a perdu la vie dans la tragédie. Leurs noms méritent d’être répétés pour que nous ne les oubliions jamais : Renuka Amarasingha, Andrea Bradden, Geraldine Brady, Anne Marie D'Amico, Sohe Chung, Betty Forsyth, Chul Min "Eddie" Kang, Ji Hun Kim, Munir Najjar et Dorothy Sewell, a-t-il énuméré.

À la suite de cette attaque, nous avons juré que nous serions unis en tant que ville pour nous soutenir les uns les autres – forts et unis contre le mal que nous avons connu ce jour-là [...]. Renouvelons aujourd’hui ce vœu.

Une citation de :John Tory, maire de Toronto

Le chef intérimaire de la police de Toronto, James Ramer, espère que ce jugement de culpabilité permettra à la communauté torontoise de tourner la page afin de pouvoir se concentrer sur une guérison collective.

Le jugement rendu aujourd'hui est un pas en avant dans ce qui a été une longue et douloureuse affaire qui a touché toute notre ville, a-t-il mentionné par communiqué.

M. Ramer en a d’ailleurs profité pour remercier les membres du service de police de Toronto ainsi que le public, qui a largement contribué à faire avancer l’enquête.

Le chef par intérim de la police de Toronto, James Ramer, en conférence de presse.

Le chef par intérim de la police de Toronto, James Ramer (archives).

Photo : Police de Toronto

Des inquiétudes qui persistent dans la communauté autiste

Le procès de l’auteur de l’attaque au camion-bélier a également suscité une levée de boucliers chez les parents d'enfants vivant avec l'autisme, l’avocat du prévenu ayant soutenu que ce dernier ne pouvait pas être reconnu criminellement responsable de ses actes puisqu’il est atteint d’une forme d’autisme.

Cette thèse, qui a finalement été balayée du revers de la main par la juge Anne Molloy, a toutefois eu un effet dévastateur dans la communauté, selon Autisme Ontario.

Bien que nous soyons soulagés par la décision de la juge Anne Molloy selon laquelle l’auteur de l’attaque au camion-bélier est criminellement responsable et que son autisme n'a pas été accepté comme moyen de défense, le tort causé à la communauté autiste est déjà fait, peut-on lire dans un communiqué de l’organisme.

La communauté des personnes autistes en Ontario s'est retrouvée à combattre la stigmatisation que nous pensions avoir réussi à éliminer au cours des dernières décennies.

Une citation de :Autisme Ontario

Autisme Ontario se dit particulièrement préoccupé par les ramifications potentielles de l’utilisation de cette défense dans de futures affaires, réaffirmant que l’autisme n’est pas la cause derrière les événements tragiques du 23 avril 2018.

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