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Moins de dons d’organes et de greffes avec la pandémie

Jean-Michel Savard est étendu dans un lit d'hôpital.

Jean-Michel Savard est en convalescence dans sa chambre du CHUM à Montréal depuis sa première opération le 9 février, sans pouvoir recevoir de visite.

Photo : Jean-Michel Savard

Gilles Munger

La pandémie de COVID-19 a un impact direct sur le nombre de dons d'organes et de transplantations au Saguenay-Lac-Saint-Jean et ailleurs en province. Le médecin responsable de la coordination des dons d'organes au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Jean-Sébastien Bilodeau, craint une augmentation du nombre de décès de patients en attente d’une greffe. La pandémie a aussi un impact direct sur la qualité de vie des personnes greffées.

Pour Jean-Michel Savard, un résident de Jonquière âgé de 30 ans, la pandémie a d'abord été une source d’angoisses après deux ans et demi d'attente pour une greffe de foie rendue nécessaire en raison d'une cholangite sclérosante primitive, une maladie qui détruit lentement les capacités de l'organe.  

J'étais pas mal sûr qu'il allait y avoir un ralentissement, puis ça m'a causé beaucoup d'inquiétudes aussi parce qu'on entendait dire que les hôpitaux allaient se remplir, puis qu'il allait y avoir beaucoup de choses qui allaient ralentir.

Jean-Michel Savard a finalement subi une première greffe le 9 février.  Comme le nouveau foie n'a pas fonctionné adéquatement, il a été opéré une seconde fois,  huit jours plus tard, avec succès. J'étais rendu jaune, j'ai repris beaucoup de couleurs dans les deux premiers jours après l'opération, raconte-t-il.  J'avais des problèmes de démangeaisons partout sur le corps. C’est parti tout de suite. Mes bilans sanguins sont devenus super beaux.

Jean-Michel Savard est étendu dans un lit d'hôpital.

Jean-Michel Savard a été opéré le 9 février au CHUM de Montréal.

Photo : Jean-Michel Savard

Dans sa chambre d'hôpital au Centre hospitalier de l'Université de Montréal, le CHUM, où il est confiné, le travailleur de Produits forestiers Résolu a demandé des petits haltères pour refaire graduellement sa masse musculaire. Il ne peut se promener sur l'étage seul pour reprendre des forces comme ça se faisait avant la pandémie.  Il doit être accompagné d'une préposée pour circuler dans le corridor.  

Je n'ai droit à aucune visite à l'hôpital, aucune. Que ce soit mes enfants, ma conjointe, après l'opération, c'est barré partout , précise le père de deux filles de cinq et dix ans.  

Nombre de greffes et de dons d'organes en baisse

Transplant Québec signale une baisse de 20 % du nombre de greffes dans son bilan de 2020, essentiellement attribuable au ralentissement et à la suspension de ce type de chirurgie au printemps, en début de pandémie. 

Il fallait vraiment évaluer si on génère des risques pour les patients en attente avec cette maladie-là, le fait que les personnes transplantées vont être immunosupprimées? C'est quoi les dépistages qu'il faut faire pour être prioritaires? , indique le directeur des services cliniques et des soins infirmiers chez Transplant Québec, Sylvain Lavigne.

Le nombre de dons d'organes a lui aussi baissé de 20 % au Québec au cours de la dernière année.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il y a eu 7 donneurs en 2020 pour 26 organes transplantés.  Le médecin coordonnateur en don et transplantation de la région, Jean-Sébastien Bilodeau, confirme que la suspension des greffes à Montréal, à Québec et à Toronto a nui à des patients en attente. 

Il y avait une forte première vague dans ces régions-là, c'est là où malheureusement, malgré les références qu'on envoyait à Québec Transplant, c'était un peu plus difficile de pouvoir accepter.  Et effectivement, on a perdu quelques donneurs à ce moment-là , déplore le Dr Bilodeau.

Hausse des délais d'attente pour les malades

Dans l’ensemble de la province, Transplant Québec indique que le rythme de dons d'organes et de greffe s'est rétabli en fin de 2020. Quarante-trois personnes sont mortes alors qu'elles étaient en attente d'une greffe, encore moins que l'année précédente.

Un policier transporte des organes .

Le nombre de dons d'organes a chuté de 20 % au Québec en 2020.

Photo : Radio-Canada

Le médecin coordonnateur en don et transplantation au Saguenay-Lac-Saint-Jean se méfie de cette statistique. Il croit qu'il y aurait eu encore moins de décès l'an dernier si la tendance s'était maintenue.

Il craint surtout que la hausse des délais d'attente pour les greffes du poumon, du rein et du foie fasse grimper le taux de mortalité des personnes en attente cette année et l'an prochain.

Plus de patients en attente, moins d'organes disponibles. Ce sont effectivement des patients qui vont attendre plus longtemps et malheureusement pour certains, plus de patients qui peuvent décéder sur la liste d'attente.

Une citation de :Jean-Sébastien Bilodeau, médecin coordonnateur en dons et transplantations au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Risque de mortalité

Le médecin ajoute que les effets de la pandémie risquent aussi de se faire sentir pendant quelques années. Malgré les consignes de Québec de reprendre les activités normales, le système de santé est tellement engorgé par la COVID-19 qu’il y a eu un impact sur le nombre de dons.

Bien malheureusement, les gens ont la tête ailleurs et on voit que soit les médecins ou le personnel ne pensent pas à identifier ou à référer les donneurs.  Ou que les familles refusent carrément d'aller vers le don , ajoute-t-il.

Déjà, 20 % des organes rendus disponibles par un donneur ne peuvent être prélevés parce que les familles expriment des réticences lorsqu'arrive le temps de passer à l'acte.

Un système prometteur

Tant le Dr Bilodeau que Transplant Québec déplorent que la pandémie ait eu pour effet de freiner la progression du système de dons d'organes, qui dure depuis quelques années.

Le système de médecins coordonnateurs, comme celui du Saguenay-Lac-Saint-Jean, a eu un impact direct sur le prélèvement d'organes.  Le gouvernement du Québec a d'ailleurs prévu ajouter une vingtaine de médecins coordonnateurs dans les régions ou les hôpitaux des grands centres où il n’y en a pas encore.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean figurait d'ailleurs en seconde place en 2020 et en première place en 2019 pour le nombre de dons en proportion de sa population, précisément parce que ce système est déjà en place depuis cinq ans, selon Jean-Sébastien Bilodeau.

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