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Des masques de Chine choisis au détriment de ceux d'une entreprise de Louiseville

Une femme avec un masque transparent dans une usine.

L'entreprise Prémont, à Louiseville, fabrique ces masques à fenêtre transparente.

Photo : Groupe CNW/Entreprise Prémont

Amélie Desmarais

Le contrat pour la production de masques avec fenêtre destinés au personnel des garderies du Québec a filé entre les doigts d’Entreprise Prémont. C’est une entreprise de Magog, MepSup Canada, qui a remporté l’appel d’offres.

C’est sûr que c’est une immense déception, a déclaré le vice-président de l’entreprise basée à Louiseville, Luc Girard, en entrevue à l’émission Toujours le matin.

MepSup Canada va utiliser des masques chinois qu’il a déjà en réserve pour honorer le contrat de 4 millions de dollars qu'il vient de remporter. Il va fournir environ 2,7 millions de masques à des garderies.

Le cabinet de la ministre Sonia LeBel, qui est présidente du Conseil du Trésor, affirme que le gouvernement savait que MepSup utiliserait des masques de la Chine pour répondre à la commande, mais qu'il a respecté la loi qui impose de choisir le plus bas soumissionnaire conforme.

Le cabinet de la ministre précise qu'il s'agit d'un contrat à courte échéance dont le critère principal était d'avoir une livraison de masques rapidement.

Le vice-président d’Entreprise Prémont est déçu que le gouvernement n’ait pas privilégié une entreprise qui fabrique ses masques au Québec.

Selon Luc Girard, son entreprise était en mesure de respecter les délais de livraison demandés par le gouvernement. Il pense que c’est seulement le prix qui a fait pencher la balance en faveur de l’entreprise de Magog.

Il affirme qu’il offrait un contrat 3 % plus cher que son compétiteur. Entreprise Prémont offrait de les vendre à 1,45 $ l'unité, alors que Mepsup les aurait vendus à 1,40 $. Si on considère juste les employés qui paient leurs impôts, au final ça revient moins cher d’acheter chez Prémont que d’acheter en Chine, ajoute-t-il.

Des employés préparent des masques chirurgicaux.

Entreprise Prémont fabrique aussi des masques chirurgicaux dans son usine à Louiseville, en Mauricie.

Photo : Radio-Canada

Trois appels d'offres ont été publiés ou sont en cours pour l'approvisionnement en masques à fenêtre transparente pour les garderies.

Entreprise Prémont a décroché le premier contrat, qui était de 500 000 $. MepSup a remporté le deuxième, d'environ 4 millions de dollars.

Un appel d'offres est en cours pour le plus important des trois contrats pour ce secteur, soit 15 millions de masques et une option pour 9 millions de plus. Cet appel d'offres se termine le 19 mars.

Pour une clause québécoise dans l'achat d'équipements de protection

Le vice-président d'Entreprise Prémont, Luc Girard, souhaiterait que la production de masques se fasse entièrement au Québec, afin que la province soit autosuffisante dans ce domaine.

En attendant que ce soit le cas, il pense au minimum qu'il faut prévoir une clause favorisant les entreprises d'ici.

Ce que je pense, c’est que dans les prochains appels d’offres, il va commencer à être important que le gouvernement du Québec considère un pourcentage d’achat pour les firmes québécoises, au moins un 25 à 30 % à mon avis.

Une citation de :Luc Girard, vice-président, Entreprise Prémont

Considérant surtout que le gouvernement nous invite et invite la population à acheter québécois et souhaite développer sa propre autonomie en matière d’approvisionnement en matière d’équipement de protection individuelle, il serait intéressant au moins pour le futur que le gouvernement introduise une partie ou des clauses exigeant un contenu québécois, dit-il.

La députée de Champlain et présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, travaille d'ailleurs sur une stratégie nationale des marchés publics en vue de favoriser l'achat local. Le Centre des acquisitions gouvernementales se pencherait aussi sur l'élaboration d'une telle politique, selon le cabinet de la ministre.

La décision de Québec critiquée par des élus

Le porte-parole du Parti québécois pour le Conseil du Trésor et pour l'environnement, Sylvain Gaudreault, s’explique mal la décision du gouvernement caquiste, alors qu'il a fait la promotion, depuis près d'un an, de l'achat local et de l'importance de se réinventer.

Il estime que la présidente du Conseil du Trésor Sonia LeBel devrait agir rapidement pour changer les critères d'appels d'offres afin de s'assurer d'un approvisionnement national.

C'est elle qui doit revoir les règles d’approvisionnement du gouvernement du Québec et il y a une voie de passage entre le respect des accords internationaux de libre-échange et de libre commerce et le respect de l’environnement, affirme-t-il.

Le député du Bloc québécois dans Berthier-Maskinongé, Yves Perron, est lui aussi déçu de la décision du gouvernement du Québec.

Cette entreprise-là est une fierté locale, c’est un des plus beaux exemples qu’on ne peut pas trouver d’un entrepreneur débrouillard qui se vire de bord dans le temps de dire et qui innove en plus [...] et j'espère qu’ils seront pris en compte dans de futurs appels d’offres, a-t-il déclaré.

Il constate qu’on vit un changement de culture. La pandémie nous a amené une crise de conscience énorme sur l’importance de l’achat local et sur l’importance d’encourager nos entreprises, surtout que dans ce cas-ci, il ne semble pas y avoir une grosse différence de prix, dit-il.

Une éducatrice masquée fait un casse-tête avec un enfant.

Les masques transparents permettent aux enfants de voir les mouvements de la bouche de leurs éducatrices, ce qui est recommandé pour leur apprentissage et leur développement.

Photo : Radio-Canada / Pascal Poinlane

Entreprise Prémont travaille depuis le mois de mai à mettre au point les masques à fenêtre transparente. Elle a investi 2,8 millions de dollars dans l’aventure.

Il y a moins de trois semaines, Luc Girard était optimiste quant à la possibilité d’obtenir le contrat.

Sa fille souffre de surdité, ce qui l'a sensibilisé à l'importance de ces masques.

Entreprise Prémont optimiste pour l'avenir

On ne laisse pas tomber la serviette pour autant, on sait que présentement on a le produit le plus performant au monde, affirme Luc Girard, qui a su vendredi qu'il n'avait pas remporté l'appel d'offres.

Selon lui, ses masques offrent une meilleure filtration, sont plus légers, donc moins dommageables pour l’environnement, plus confortables et plus résistants à la buée, que ceux de son compétiteur.

Les masques de MepSup répondent aux normes de la classe 1 de Santé Canada, alors que les masques d'Entreprise Prémont sont de classe 2, mais dans l'appel d'offres de 4 millions de dollars, seul le niveau 1 était exigé.

On a déjà de belles ventes au Canada, explique-t-il. Des demandes ont même commencé à arriver d’outre-mer.

Entreprise Prémont emploie près de 150 personnes à son usine de Louiseville.

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