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1 an de pandémie : quels sont les bons et les mauvais coups de l’Ontario?

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, marche dans une cour et porte un masque.

L'Ontario a franchi le cap des 7000 décès depuis le début de la pandémie.

Photo : La Presse canadienne / Carlos Osorio

Thalia D’Aragon-Giguère

Confinés, déconfinés, reconfinés, puis déreconfinés, les Ontariens ont eu droit à une année en montagnes russes. Un an après le début de la pandémie, l’heure est au bilan alors que la province a franchi la barre des 300 000 cas de COVID-19.

Le mode d’emploi ontarien est loin de faire l'unanimité. Un bon coup pour la santé publique peut être un mauvais coup pour les commerçants, estime Luc Bonneville, professeur en communication à l’Université d’Ottawa. Il reste néanmoins que c’est intéressant, un an après, de regarder dans le rétroviseur.

Les mauvais coups


Négligence dans les foyers pour aînés

Un homme regarde sa mère par la fenêtre d'un centre de soins de longue durée aux prises avec la COVID-19.

Plus de 3800 résidents de centres de soins de longue durée sont morts après avoir contracté le coronavirus en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms (CBC)

Ce fut un désastre absolu!, s’insurge la Dre Anna Banerji, spécialiste des maladies infectieuses et professeure à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto. Le fait que le gouvernement ne soit pas intervenu plus tôt dans les centres de soins de longue durée est son plus grand échec à ce jour.

Depuis le début de la pandémie, 3882 résidents de foyers pour aînés ont perdu la vie des suites de la COVID-19 en Ontario. En mai 2020, un rapport accablant des Forces armées canadiennes dévoilait au grand jour les conditions déplorables dans ces établissements.

La province a tardé à prendre de bonnes mesures, renchérit le Dr Hugues Loemba, virologue et chercheur à l'Hôpital Montfort. Avec un virus comme celui-ci, il faut être en avance. Il ne faut pas pallier une situation, mais la prévenir.

On a laissé la chance au virus de se propager.

Une citation de :Dr Hugues Loemba, virologue et chercheur à l'Hôpital Montfort

La Dre Banerji remet également en question la stratégie ontarienne de vaccination déployée en décembre. Selon elle, le gouvernement aurait dû immuniser en priorité les résidents des centres de soins de longue durée plutôt que les travailleurs de la santé.

Il n’y aurait probablement pas eu autant d’éclosions et de décès dans les foyers pour aînés si le vaccin avait été administré aux résidents trois semaines plus tôt, affirme la spécialiste des maladies infectieuses.

La deuxième vague a d’ailleurs été plus meurtrière que la première parmi les résidents des centres de soins de longue durée. Selon le Dr Hugues Loemba, ce constat témoigne du relâchement du gouvernement Ford. Il y a eu un décalage entre la gestion de la première et de la deuxième vague, dit-il.

Une commission d’enquête indépendante a été mise en place afin de faire la lumière sur la gestion de la crise sanitaire dans ces établissements. Le rapport final devrait être remis d’ici la fin du mois d’avril.


Imprudence en éducation

De jeunes élèves portant un masque.

En Ontario, 893 écoles sont actuellement aux prises avec un cas déclaré de COVID-19.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Ouvrir ou fermer les écoles? La question ne fait pas consensus en Ontario. Il y a une tension entre l’éducation et l’économie, considère la politologue Geneviève Tellier. Contrairement à d’autres provinces, dont le Québec, qui ont identifié l’éducation comme une priorité, la professeure constate que le gouvernement Ford n’a toujours pas adopté une ligne de conduite claire.

Je pense que la province y va au jour le jour plutôt que d’avoir une stratégie globale en éducation, mentionne-t-elle. Si elle ouvre les écoles, cela permet aux parents d’aller sur le marché du travail, mais si on les ferme, cela les empêche. L'Ontario jongle avec cette tension et ne sait pas trop quoi en faire.

Sommes-nous en train de sacrifier une génération d’étudiants parce que [la province] n’a pas mis l’école au centre de ses préoccupations comme cela a été fait ailleurs?

Une citation de :Geneviève Tellier, professeure de science politique à l'Université d'Ottawa

Avec plus de 10 000 cas confirmés de COVID-19 dans le milieu scolaire depuis la rentrée de septembre 2020, la Dre Banerji juge que l’Ontario n’a pas fait le minimum pour protéger ses élèves et son personnel enseignant. Ils ont ignoré toutes nos recommandations depuis le début, soutient-elle, en précisant que le gouvernement Ford s’est montré inflexible à l’idée de réduire la taille des classes.

La spécialiste des maladies infectieuses croit également que l’Ontario a fait une grave erreur en permettant initialement aux élèves avec des symptômes légers de la COVID-19 de se rendre en classe. Nous savons que le principal virus qui circule actuellement est le coronavirus, dit-elle. Et les enfants présentent généralement des symptômes légers.

Un mois après la réouverture des écoles dans toutes les régions ontariennes, le programme de dépistage est loin de satisfaire les attentes de la communauté scolaire. La cible provinciale de 5 % des écoles par semaine est largement insuffisante, selon le Dr Hugues Loemba.

Le virus n’attend pas qu’on lui donne [l'autorisation pour se répandre], affirme-t-il. Il va se propager là où on ne contrôle pas. Prenant l’exemple du dépistage dans les écoles, le Dr Loemba considère que les gestes ne suivent pas toujours les paroles des dirigeants ontariens. Les décisions sont parfois bonnes, mais imparfaites [dans leur mise en œuvre].


Lenteur dans la prise de décision

Une vingtaine de voitures roulent sur une autoroute. Un panneau au-dessus des capots indique : Restez chez vous COVID-19.

Le 17 mars 2020, l'Ontario a décrété l'état d'urgence sanitaire en raison de la pandémie de COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Alors que la crise sanitaire se profilait déjà à l’international, l’Ontario a énormément tardé avant de passer en deuxième vitesse dans son processus de prise de décision, selon Annie Bourdeau, consultante en santé et directrice générale d'Amplius Business Design. Même après la proclamation de l'état d'urgence, la structure décisionnelle était toujours extrêmement lourde, indique-t-elle.

Selon le professeur Luc Bonneville, la genèse de la pandémie démontre clairement qu’il y a eu une sous-estimation de la gravité de la situation en Ontario, particulièrement à l’approche de la semaine de relâche 2020 alors que la province recensait déjà une centaine de cas de COVID-19.

Le premier ministre Doug Ford recommandait aux familles de ne pas s’empêcher de voyager et de s'amuser, bien que le médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr David Williams, demandait aux Ontariens d’évaluer sérieusement les risques d’un déplacement à l’étranger.

Le gouvernement de l’Ontario est très très lent à agir et à réagir, affirme-t-il. Il y a eu beaucoup de confusion [...] et une communication erratique par moments.

Le gouvernement est surtout en mode réaction. [...] Chaque fois, il semble sous-estimer la gravité de la situation.

Une citation de :Luc Bonneville, professeur en communication à l’Université d’Ottawa

Selon Mme Bourdeau, l’inefficacité opérationnelle de l’Ontario passe également par un manque de cohérence dans le fonctionnement des bureaux de santé publique locaux. Ces unités de santé publique fonctionnent toujours de manière indépendante, remarque-t-elle. Les expertises et les meilleures pratiques ne sont pas nécessairement partagées.

Pour M. Bonneville, la campagne de vaccination en cours dans la province est un autre exemple qui témoigne de la lenteur du processus décisionnel. L'Ontario traîne de la patte, dit-il. C’est à se demander si le gouvernement a réellement un plan.

En date du 16 mars, 288 918 personnes ont été entièrement vaccinées, ce qui représente un peu moins de 2 % de la population de l’Ontario.

Les bons coups


Approche transparente et justesse du ton

Doug Ford en train d'enlever son masque à un point de presse.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a participé à plus de 200 conférences de presse depuis le début de la pandémie.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Nous avons vu le premier ministre en colère, nous l’avons vu rigoler, puis au bord des larmes, évoque la politologue Geneviève Tellier. Plus de 200 conférences de presse plus tard, Doug Ford s’est révélé sous un nouveau jour avec un ton posé et rassembleur.

C’était la chose à faire de la part d’un premier ministre dans une crise aussi grave, fait-elle valoir. Les gens ont compris que M. Ford était du même bord qu’eux [...] et cela a certainement aidé à sa popularité.

Si la cote du premier ministre ontarien a chuté de quelques points lors de la deuxième vague de COVID-19, il reste néanmoins qu’il demeure plus populaire qu’avant le début de la pandémie et le plus aimé de la population parmi les chefs de partis provinciaux.

Par ailleurs, le gouvernement de l’Ontario a également insisté sur la transparence en publiant quotidiennement un rapport épidémiologique sur l’état des cas de COVID-19 dans la province, selon le professeur Bonneville. Les données ont toujours été assez explicites, ajoute-t-il. Le gouvernement a été clair [sur ses intentions] en diffusant ses modélisations et en faisant quelques projections pessimistes et optimistes.

Les plus récentes modélisations de Santé publique Ontario dressent un portrait sombre des prochains mois quant à l’évolution de la pandémie dans la province. Selon les nouvelles projections, les progrès réalisés pourraient être vains en raison des nouveaux variants.


Collaboration entre la province et le fédéral

La tour de la Paix avec en arrière-plan les points Alexandra et MacDonald-Cartier enjambant la rivière des Outaouais gelée en hiver.

La pandémie de COVID-19 a donné droit à de nouvelles relations entre les provinces et le fédéral.

Photo : CBC/Radio-Canada

La pandémie de COVID-19 semble avoir marqué le début d’une nouvelle ère dans les relations entre l’Ontario et le fédéral. Avant la crise, à chaque occasion, le premier ministre Doug Ford enfonçait le clou sur la tête de Justin Trudeau, mentionne la politologue Geneviève Tellier. Maintenant, ils sont devenus les deux meilleurs amis du monde.

Selon elle, le changement de ton à Queen's Park a commencé peu avant la crise sanitaire, soit au moment de la réélection du premier ministre canadien en 2019. Doug Ford a réalisé que l’Ontario a besoin d’un Canada fort [...] et que si la fédération ne fonctionne pas, cela allait causer plus de problèmes à sa province, avance la professeure de l’Université d’Ottawa.

Cet élan de rapprochement du premier ministre ontarien a également donné droit à de nombreux échanges chaleureux avec son homologue québécois, François Legault. Il [a compris l’importance] de ne pas faire les choses par lui-même et de plus collaborer avec les autres provinces pour être certains que tout le monde soit sur la même page, explique Mme Tellier.

Plusieurs se demandent s’il y aura de nouvelles relations provinciales et fédérales après la crise. Si c’est le cas, Doug Ford va y avoir contribué pour beaucoup.

Une citation de :Geneviève Tellier, professeure de science politique à l'Université d'Ottawa

Selon le professeur Luc Bonneville, le premier ministre ontarien a bien su jouer ses cartes politiques tout au long de la crise sanitaire. Le gouvernement provincial a mis beaucoup de pression sur le fédéral, notamment avec la question des vaccins, évoque-t-il. Il a été assez proactif [...] en le pressant de rendre plus explicite sa stratégie d’approvisionnement.

Au-delà de la joute politique, M. Bonneville juge que Doug Ford a été en mesure de mettre son poing sur la table à plusieurs reprises, en exigeant des comptes du fédéral. Il suffit de penser à la saga des tests de dépistage obligatoires à l’aéroport Pearson de Toronto. L’Ontario n’a pas attendu le feu vert d’Ottawa avant de mettre en place son propre programme.


Portefeuille renouvelé en santé

Des éprouvettes de dépistage de la COVID-19 dans un laboratoire.

L'Ontario a investi 20 millions de dollars dans la recherche d'un vaccin contre la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Après des années marquées par l'austérité dans le milieu de la recherche, la pandémie de COVID-19 a forcé les dirigeants à réorienter leurs priorités vers la santé, considère Annie Bourdeau d'Amplius Business Design.

L’Ontario a plus que jamais alloué des fonds à l’avancement de la recherche médicale, s’enthousiasme-t-elle. Chaque fois que l’on augmente cette enveloppe, c’est une façon de relancer l’économie. La consultante en santé a bon espoir que la pandémie ait permis de placer les assises d’une relation renouvelée entre son secteur et le gouvernement.

Le financement de la recherche médicale, c’est un pas vers l’autosuffisance. Sans la pandémie, il n’y aurait probablement pas eu les mêmes résultats.

Une citation de :Annie Bourdeau, consultante en santé et directrice générale d'Amplius Business Design

En avril 2020, le gouvernement ontarien a en effet accordé 20 millions de dollars à la recherche contre la COVID-19. C’est assez phénoménal!, insiste Mme Bourdeau. Ce ne sont pas toutes les provinces qui y ont consacré autant d’argent. Elle précise d’ailleurs que l'Ontario a également investi dans un éventail de nouveaux programmes, permettant de mieux encadrer la télémédecine et d’augmenter les ressources en santé mentale.

Pour sa part, le Dr Hugues Loemba considère cet investissement comme un pas dans la bonne direction. Il y a eu un accompagnement qui nous a permis de garder le lien avec nos patients, dit-il au sujet des progrès réalisés dans le domaine de la télémédecine. Mais je pense qu’on peut en faire encore plus.

La politologue Geneviève Tellier abonde dans le même sens. Selon elle, le gouvernement de l’Ontario a été très précautionneux avec les fonds publics. Nous sentons que M. Ford est encore préoccupé par l’équilibre budgétaire et la taille du déficit, remarque-t-elle. À mon avis, c’est la chose qui a retenu Doug Ford de faire de bons coups.

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