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Contaminants dans le lac Memphrémagog : un moratoire serait « prématuré », selon Québec

Il serait prématuré de statuer sur le caractère permanent du moratoire, selon le cabinet du ministre de l'Environnement.

Le lac Memphrémagog vu des États-Unis est aussi la source d'eau potable des villes de Magog et Sherbrooke

Le lac Memphrémagog vu des États-Unis

Photo : Radio-Canada

Thomas Deshaies

Alors que le ministère de l’Environnement a détecté pour la première fois des traces de composés perfluorés (SPFA), des contaminants émergents, à l’usine de filtration d’eau potable de Sherbrooke, le ministre de l’environnement n’adopte pas la ligne dure contre l’entreprise qui pourrait être en partie responsable des rejets des SPFA dans l’eau du lac Memphrémagog.

Il est prouvé que les composés perfluorés se retrouvent notamment dans l’environnement à cause de leurprésence dans le lixiviat, communément appelé jus de poubelle. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un moratoire de 4 ans est en vigueur pour que le lixiviat du dépotoir de Coventry au Vermont ne soit plus déversé dans le lac Memphrémagog.

Le lixiviat du dépotoir de Coventry était antérieurement envoyé à l’usine d’épuration des eaux usées de Newport puis rejeté dans le lac Memphrémagog qui alimente en eau potable des milliers d’Estriens.

Le président du Memphrémagog Conservation Inc. (MCI), Robert Benoit, estime que la découverte récente de composés perfluorés (SPFA) dans l’eau du lac devrait être considérée comme un argument supplémentaire pour réclamer un moratoire permanent.

Trop tôt, selon le ministre de l’Environnement du Québec

Invité à réagir, le cabinet du ministre de l’Environnement du Québec Benoit Charette a indiqué qu’il était trop tôt pour faire pression pour un moratoire permanent. À ce stade-ci et compte-tenu du moratoire en place jusqu’à la fin de 2023, il serait prématuré de statuer sur le caractère permanent du moratoire, a mentionné le cabinet du ministre par courriel.

Le ministre suit toutefois le dossier de près, nous dit-on. Il s’implique activement sur les divers comités existants, afin de partager les différentes préoccupations environnementales du Québec, précise-t-on.

Le ministère de l’Environnement nous a précisé par courriel avoir mis en place à l’été 2020 au lac Memphrémagog un suivi sur les composés perfluorés. Une trentaine de puits qui fournissent de l’eau potable ailleurs dans la province font aussi l’objet d’une campagne d’échantillonnage depuis 2018.

Le ministre traite le lac comme un simple trou d’eau, selon le MCI

La façon que le ministre parle de cela, tu as l’impression que c’est un trou d’eau, peste le président du MCI, Robert Benoit. C’est un réservoir d’eau (potable) que consomme tout près de 60 % de la population de l’Estrie.

On n’a rien à perdre nous, au Québec, à demander aux États-Unis un moratoire en permanence sur l’émission de produits chimiques dans le lac Memphrémagog maintenant et pour le futur.

Une citation de :Robert Benoit, président du MCI Conservation.

Selon M. Benoit, le Québec est tout sauf proactif ans ce dossier. Le ministre ne réalise pas qu’il y a un problème futur possible, déplore-t-il, tout en émettant l’hypothèse que si le ministre ne s’implique pas davantage c’est peut-être parce notre gestion des sites de déchets est aussi inadéquate. La province a aussi peur de se faire mettre sous le nez la mauvaise gestion d’un grand nombre de sites d’enfouissement au Québec, explique-t-il.

Des rapports confirment la présence importante de SPFA dans la portion américaine du lac

Radio-Canada a fait parvenir une copie d’un rapport commandé par le Vermont Department Environnemental Conservation sur les SPFA au Vermont, publié en 2020, au professeur de chimie environnementale à l’Université de Montréal Sébastien Sauvé.

Ce rapport confirme, selon le professeur Sauvé, que les niveaux de SPFA à l’usine d’épuration des eaux uséesde Newport sont élevés. Le rapport évalue la quantité de contaminants qui entrent dans l’usine et qui sortent après le traitement.

Ce sont des molécules (SPFA) qui sont excessivement stables, très difficiles à détruire, à enlever et même à dégrader. Ce qui a été émis dans l’environnement il y a 10 ans est encore là quelque part.

Une citation de :Sébastien Sauvé, professeur en chimie de l’environnement

M. Sauvé note également une présence plus importante de nouvelles molécules de composés perfluorés à Newport. Depuis l’interdiction de la production de certains composées perfluorés au Canada et aux États-Unis (PFOS et PFOA), des entreprises se sont tournées vers des dérivés. L’industrie s’est tournée vers des composés alternatifs avec des chimies un peu différentes qui malheureusement, parfois, peuvent se dégrader et regénérer les produits qui sont bannis, explique-t-il.

Selon le professeur, même s’il y a de plus en plus de recherches sur l’impact de ces contaminants, il reste encore de nombreuses incertitudes. Ce sont des molécules qui ont toutes sortes d’impact sur la santé et qui ne sont pas bien maîtrisées, explique-t-il. Il y a énormément d’interrogations et d’inquiétudes autour de cette famille de molécules.

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