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Pénurie d’enseignants francophones : Joly vante l’action d’Ottawa

La ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, répond à une question lors de la période des questions à la Chambre des communes le lundi 23 novembre 2020 à Ottawa.

La ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly (archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Benjamin Vachet

Sur près de 62,6 millions de dollars sur 4 ans débloqués en 2019, quelque 46,5 millions de dollars ont déjà été dépensés pour des projets visant le recrutement et la rétention des enseignants francophones dans les écoles de langue française et dans les programmes d’immersion et de français langue seconde.

Dressant le bilan des investissements déjà accordés, la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, vante les projets retenus.

Mentorat et accompagnement professionnel pour les nouveaux enseignants immigrants francophones de la Coopérative enseignante pas‑à‑pas (CEPAP) en Ontario, financement additionnel à l’Université Saint-Boniface, au Manitoba, pour augmenter le nombre de diplômés en éducation, subvention à l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) pour développer des initiatives pancanadiennes visant la réalisation d’analyses, d’états des lieux, d’échanges de meilleures pratiques et de projets pilotes… Plus de 26 millions ont déjà été versés pour soutenir les écoles de langue française, selon le gouvernement fédéral.

Pas encore d’effet sur le terrain

Pourtant, sur le terrain, le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACEPO), Denis M. Chartrand, n’en voit pas encore les effets.

Les effets des montants annoncés en 2019 n’ont pas résolu quoi que ce soit, même si c’est un pas dans la bonne direction. [...] Il nous faut du financement pour aider nos universités à augmenter le nombre de diplômés, pour aider au recrutement, à la formation et à la rétention des professeurs, notamment dans les conseils éloignés.

Un homme en veston à Queen's Park.

Le président de l'Association des conseils scolaires des écoles publiques de l'Ontario, Denis Chartrand (archives)

Photo : Radio-Canada

Les écoles de langue française ontariennes évaluent à 950, le manque d’enseignants actuel.

La COVID-19 risque d’aggraver la situation, estime le directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), Yves Lévesque.

On a des enseignants chevronnés qui prennent leur retraite. Ils en ont assez. Ça va avoir un impact sur la pénurie actuelle.

D'autant plus qu'en Ontario, comme partout au Canada, beaucoup d'enseignants francophones jettent l'éponge au début de leur carrière. Leur taux de décrochage se situerait entre 25 % et 26 % dans les 5 premières années, selon la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF).

Pour M. Lévesque, afin de changer la donne, l’argent du fédéral doit être récurrent.

On a besoin d’une continuité et que cet effort soit concerté avec les provinces et les conseils scolaires.

La ministre Joly assure qu’il est dans son intention de maintenir l’enveloppe budgétaire en place.

Dans la réforme linguistique qu’on va faire, on va faire en sorte que ce soit inscrit. [...] On veut une pérennité au niveau des investissements, peu importe le gouvernement.

Favoriser le bilinguisme

La ministre rappelle également que plusieurs des propositions récemment présentées par son gouvernement pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles s'inscrivent dans cette lutte contre la pénurie, comme la création d’un corridor pour les enseignants francophones candidats à l'immigration ou encore, la mise en place, avec les provinces, d’un cadre de reconnaissance des qualifications des enseignants francophones diplômés au pays.

Les 20,5 millions de dollars de l’enveloppe déjà distribués pour renforcer l’apprentissage du français pour les anglophones, notamment au Québec, témoignent également de cette volonté du gouvernement de faire progresser le bilinguisme au pays, insiste-t-elle.

Chaque fois qu’on empêche un enfant d’aller à l’école en français, on se prive d’une personne bilingue et donc de la possibilité d’avoir un pays bilingue.

Une citation de :Mélanie Joly, ministre du Développement économique et des Langues officielles

Les projets développés l'an passé vont faire en sorte qu'au cours des prochains mois et des prochaines années, on va voir une augmentation des places en immersion. [...] Notre objectif est de faire en sorte qu’il n’y ait plus de listes d’attente.[...] Il y a eu une augmentation phénoménale du nombre d’enfants en immersion ces 10 dernières années, [...] on veut aller plus loin!

Mme Morand accorde une entrevue dans les locaux de Radio-Canada.

Valérie Morand, directrice générale de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (archives)

Photo : Radio-Canada

Favorable à l’aide fédérale aux programmes d’immersion et saluant l'intervention d'Ottawa, la directrice générale de la FNCSF, Valérie Morand, rappelle toutefois que le besoin est encore plus pressant pour les conseils scolaires francophones.

On a actuellement une pénurie de 1500 à 2000 enseignants dans nos 28 conseils scolaires francophones. Au prorata, la situation est encore plus dramatique, d’autant que nous sommes en croissance.

Aller plus loin

Avoir une enveloppe spécialement dédiée à la pénurie d'enseignants francophones est une première dans l'histoire des plans d'action sur les langues officielles.

Professeure et chercheuse à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa, Phyllis Dalley connaît bien ce dossier complexe. Elle souligne les bonnes intentions du gouvernement Trudeau.

Si le fédéral n'intervenait pas dans les écoles de langue française en milieu minoritaire, on n'en aurait sans doute pas, dit-elle.

Mais pour que ce financement soit réellement efficace, elle estime qu'il devrait servir pour de plus gros projets.

Là, on finance de petits projets ponctuels et on agit dans l'urgence. Je ne suis pas certaine que ce soit porteur d'avenir. Pour régler les choses, il faudrait aller en profondeur et évaluer ces projets. La bonne réponse à l'appel d'offres du fédéral signifie qu'il y a un appétit pour de l'action. Ça prendrait des États généraux de l'éducation de langue française.

Trop tard, dit l'opposition

Le porte-parole aux langues officielles pour le Nouveau Parti démocratique, Alexandre Boulerice, juge que l'intervention du fédéral arrive trop tard.

Ça fait dix ans que ce problème existe. En immersion, mon collègue Peter Julian nous raconte depuis des années l’histoire de ces parents, en Colombie-Britannique, qui font la file d’attente à 4 h du matin pour pouvoir inscrire leurs enfants. Si les conservateurs ont une part de responsabilité, les libéraux sont en pouvoir depuis 2015. Ils ont attendu 2019 pour agir, alors que la situation se dégradait. [...] Les effets de ces investissements vont prendre du temps, estime-t-il, plaidant pour un financement durable, stable et prévisible pour lutter contre la pénurie.

Le député néodémocrate Alexandre Boulerice.

Le député néodémocrate, porte-parole aux langues officielles, Alexandre Boulerice

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Du côté du Bloc Québécois, Mario Beaulieu, dans une déclaration écrite, demande à Ottawa de plutôt transférer l'argent aux provinces.

En matière de protection du français, le gouvernement fédéral doit passer de la parole aux actes et investir les sommes nécessaires pour permettre le développement du français dans les communautés francophones minoritaires. Cela implique de transférer l’argent aux provinces pour favoriser l’accès à un enseignement en français de qualité.

Joint par Radio-Canada, le Parti conservateur du Canada n'avait pas répondu à nos demandes d'entrevue.

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