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Mort de Lexi Daken : « Ça aurait pu être ma fille »

Les objets sont dans la neige devant de grandes photographies de l'adolescente.

Des gens ont déposé des fleurs, des chandelles et des cartes devant l'édifice de l'Assemblée législative, dimanche soir, en mémoire de Lexi Daken.

Photo : CBC/Gary Moore

Pascal Raiche-Nogue

Un père de la Péninsule acadienne dont la fille est aux prises avec des problèmes de santé mentale lance un cri du cœur. Sa fille a récemment vécu une expérience semblable à celle de Lexi Daken, dont le décès tragique ébranle le Nouveau-Brunswick. Il ajoute sa voix à celles de la famille Daken pour réclamer des changements.

Carenne Landry est atteinte du trouble bipolaire depuis deux décennies. Elle est suivie par un psychiatre et prend des médicaments sur ordonnance.

Jeudi dernier, cette résidente de Moncton de 43 ans a pris trop de comprimés. Elle était désorientée et a appelé son père, Patrick Landry, qui habite à Lamèque.

Elle parlait lentement. Déjà, le médicament avait affecté sa parole. Elle avait de la misère à m’expliquer. Je lui ai fait appeler sa travailleuse sociale, qui est venue tout de suite l’apporter à l’hôpital, raconte-t-il.

Égoportrait de Carenne Landry

Carenne Landry, une résidente de Moncton qui souffre de bipolarité, a récemment attendu plusieurs heures au CHU Dumont de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté / Patrick Landry

Carenne s’est donc rendue au CHU Dumont de Moncton en compagnie de la travailleuse sociale. Selon son père, elles ont seulement pu consulter un médecin sept heures plus tard.

Ils ont été traités comme des citoyens de deuxième ordre dans la cafétéria, à attendre que tous les autres cas physiques soient traités […] Les faire attendre à l’urgence sans traitement, sans regard pour l’humanité, des gens, ça m’indigne vraiment, explique-t-il.

Environ 10 heures après son arrivée, Carenne – qui n’a pas souhaité nous accorder d’entrevue et qui a préféré laisser son père raconter son histoire – a été hospitalisée. Elle a subi des traitements et a passé la nuit au CHU Dumont de Moncton.

Mais moins de 12 heures après, elle a reçu son congé, elle est retournée à son appartement toute seule. Je peux vous dire que comme parent, on traite les animaux mieux que ça, dit Patrick Landry.

Patrick Landry montre une peinture de rose, accrochée sur le mur derrière lui.

Patrick Landry montre une œuvre d'art de sa fille, Carenne, lors d'une entrevue avec Radio-Canada. Ce père de Lamèque demande aux décideurs d'agir pour améliorer les soins en santé mentale au Nouveau-Brunswick (capture d'écran).

Photo : Radio-Canada

Ç’a passé proche plusieurs fois

Peu après que sa fille eut subi cette mésaventure, il a eu vent de l’histoire de Lexi Daken. Cette adolescente de Fredericton s’est enlevé la vie la semaine dernière dans la région de Fredericton.

Quelques jours avant sa mort, une conseillère en orientation de son école secondaire l'a amenée à l’Hôpital régional Dr Everett Chalmers. Elle a attendu pendant plus de huit heures sans pouvoir consulter un psychiatre.

Patrick Landry a été profondément dérangé par les parallèles entre l’histoire de Lexi Daken et celle de sa fille. Il a vu les parents de l’adolescente briser le silence dans les médias et a décidé de raconter son histoire publiquement.

Ce qui le motive à témoigner publiquement, c’est aussi parce que sa fille a vécu des expériences semblables à plusieurs reprises depuis que sa fille a reçu son diagnostic de bipolarité en 1997.

Je peux compter au moins une vingtaine de fois où on a eu des mésaventures avec les services qui manquent dans les urgences de la province. À Bathurst, mais surtout à Moncton […] Ç’a passé proche plusieurs fois. Et chaque fois, je retiens mon souffle. Et j'attends que les autorités responsables prennent leurs responsabilités.

Une bataille de plus de 25 ans

Au fil des ans, il a fait toutes sortes de démarches. Il a contacté des responsables, il a déposé des plaintes et il a proposé des solutions. Il dit que ses efforts n’ont pas porté leurs fruits.

Ça fait un quart de siècle que je me débats pour qu’il y ait quelque chose qui change concrètement. Tout ce que j’ai, c’est quelque chose qui est balayé sous le tapis. Une autre promesse, une autre défense, une autre excuse, c’est tout le temps des beaux mots, des belles paroles qui sont vides.

Il est donc très sceptique quand il voit les élus réagir à la mort de Lexi Daken et dire qu’ils prennent le dossier au sérieux. A-t-il espoir que les politiciens agissent? 

J’ai toujours espoir. Autrement je ne serais pas là à parler. Mais je n’ai pas du tout confiance, parce que les belles paroles, je les ai déjà entendues.

Il demande aux décideurs, entre autres à la ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, d’agir. Selon lui, Dorothy Shephard doit aller au-delà des belles paroles et démontrer qu’elle veut vraiment changer les choses. 

C’est ça qu’on attend, nous autres. Il ne faut pas perdre une autre vie. Lexi n’avait pas besoin de mourir. Ça aurait pu être ma fille.

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