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L'ancien lanceur des Expos Rhéal Cormier s'éteint à l'âge de 53 ans

Le lanceur acadien a porté les couleurs des Cardinals, des Expos, des Phillies et des Red Sox, jouant dans les ligues majeures pendant 16 saisons.

Rhéal Cormier regardant l'objectif.

Rhéal Cormier a marqué l'histoire du sport en Acadie et au Canada. Ici, il s'apprêtait à jouer à la Classique mondiale de baseball en 2006.

Photo : Getty Images / Matthew Stockman

François Le Blanc

L'Acadie perd un de ses plus grands ambassadeurs. L'ex-lanceur des ligues majeures Rhéal Cormier est mort lundi après-midi des suites d'un cancer. Originaire de Saint-André-LeBlanc, près de Cap-Pelé, au Nouveau-Brunswick, il était âgé de 53 ans.

Un homme en veston, souriant.

Rhéal Cormier a été intronisé en 2012 au Temple de la renommée du baseball canadien. Il a lancé pendant 16 saisons au baseball majeur, notamment avec les Expos de Montréal.

Photo : The Canadian Press / Dave Chidley

Rhéal Cormier s'était fait discret sur son état de santé. Lorsque Radio-Canada Acadie l'avait contacté en septembre dernier, l'Acadien avait préféré ne pas dévoiler publiquement sa maladie. Je veux garder cela privé, en famille, avait-il répondu, ce qui a été respecté.

Il a reçu son diagnostic d'une tumeur sur les poumons en janvier 2020. J'essaye de ne pas y penser et de ne pas m'en faire, avait-il expliqué à ce moment.

Homme au regard sombre, avec une casquette des Expos.

Un homme bien concentré à ses débuts avec les Expos de Montréal.

Photo : La Presse canadienne / ANDREW VAUGHAN

Sa mort vient clore un chapitre marquant de l'histoire du baseball en Acadie, bien sûr, mais aussi au Canada.

Rhéal Cormier a passé 16 saisons dans les majeures en plus de s'illustrer sur la scène internationale avec, entre autres, deux participations aux Jeux olympiques.

Il a fait partie de l'âge d'or du baseball néo-brunswickois, dans les années 90. Avec Jason Dickson et Matt Stairs, il faisait partie du trio de joueurs originaires de la province qui jouait dans la MLB au même moment.

L'Acadien a aussi eu l'honneur d'être le premier francophone à lancer lors d'un match d'ouverture pour les Expos de Montréal.

S'entraîner en lançant des cailloux

Les chances de réussite d'un p'tit gars d'un petit village du sud-est du Nouveau-Brunswick étaient minces. Saint-André-LeBlanc, c'est loin de la MLB.

Le chemin de Rhéal Cormier vers les ligues majeures est marqué par la persévérance. Moins de 1 % des quelque 1500 joueurs repêchés par une équipe de la MLB y font carrière.

Tout a commencé pour lui en lançant des cailloux sur la boîte aux lettres, en face de la maison familiale à Saint-André-LeBlanc. Il s'amusait aussi à frapper des petites roches le plus loin possible avec un bout de bois dans un champ, avec son frère Donald.

Deux jeunes hommes avec des trophées.

Rhéal Cormier avec son frère Donald.

Photo : Radio-Canada / Famille Cormier

Issu d'une famille aux moyens modestes, Cormier opte pour le baseball au lieu du hockey. Mais, il n'y a pas d'organisation de baseball mineur à Cap-Pelé. Son premier entraîneur, Freddy Cormier, lance un appel à tous, à l'école, pour lancer une équipe. Rhéal et Donald répondent présents.

Les frères Cormier, passionnés de baseball, jouent constamment, même en dehors des heures d'entraînement, seulement pour le plaisir.

Homme avec des lunettes et une casquette de baseball.

Rhéal Cormier était trop fort pour le baseball mineur à Cap-Pelé. Il s'est rapidement retrouvé à Moncton. D'âge junior, le lanceur gaucher a été surclassé pour jouer au niveau sénior avec les Mets.

Photo : Radio-Canada

Le talent de Rhéal lui permet de se tailler une place, en 1985, avec les Mets de Moncton, l'équipe de baseball sénior, même s'il est encore d'âge junior, à 18 ans. Il a l'air dépareillé, au monticule du parc Kiwanis, avec ses lunettes trop grandes. Mais, il ne faut jamais douter de lui.

L'adolescent est aussi une denrée rare : il est gaucher et peut lancer une balle avec précision.

Une rencontre déterminante

Son passage avec les Mets est un moment charnière de sa carrière. Cormier fait la rencontre de Bill Lee. Surnommé Spaceman en raison de son excentricité, le lanceur a été embauché par l'équipe senior de Moncton après son congédiement par les Expos de Montréal. Il prend alors le jeune lanceur gaucher sous son aile.

Un homme barbu s'apprête à lancer.

Le joueur Bill "Spaceman" Lee, des Expos de Montréal, en avril 1979

Photo : La Presse canadienne / Chuck Stoody

Dans le documentaire Rhéal Cormier : Toujours plus haut, du réalisateur Alain Arseneau et du journaliste Éric Perron, Lee dit qu'il peut dépister un talent à partir d'un train qui passe à toute vitesse. Il voit dans Rhéal un athlète qui a les atouts pour réussir.

Il a du cœur et des couilles, dit l'ancien professionnel. Il avait de bonnes bases : l'équilibre, une bonne balle courbe et de la détermination.

Rhéal Cormier mentionne avoir beaucoup appris de l'ancien des Expos et des Red Sox. Bill Lee a vraiment eu un gros impact. Juste dans la manière de s'entraîner avant les matchs, déclare Cormier dans le documentaire. Moi, je le surveillais quand il lançait.

D'ailleurs, lorsqu'il en avait l'occasion, Cormier portait le numéro 37, en hommage au Spaceman.

Une offre des Expos

En 1987, Jim Fanning, des Expos de Montréal, tente de le recruter en lui offrant 5000 $. Offre qu'il décline, car il choisit d'aller étudier aux États-Unis.

Un épicier de Cap-Pelé, Hervé Richard, croit tellement dans les frères Cormier qu'il leur donne un coup de main pour payer ses études là-bas. Faites les choses comme il faut, leur avait-il dit.

Semble-t-il que M. Richard donnait un salaire un peu plus élevé à Rhéal et Donald lorsqu'il les embauchait dans son épicerie.

Avec le Collège communautaire du Rhode Island, lui et son frère Donald aident les Knights à participer à leur première série mondiale junior des collèges. En 1987 et 1988, il est le meilleur joueur de la ligue collégiale. Déjà, la marque Cormier fait son effet.

Homme avec un chandail du Canada, regard menaçant, s'apprête à lancer une balle.

Rhéal Cormier lors des Jeux olympiques de Pékin, en 2008

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

C'est durant cette période que Rhéal s'illustre sur la scène internationale. Pour aider le Canada à se qualifier aux Jeux olympiques de Séoul, en 1988, l'artilleur gaucher livre une performance sans faille contre l'Italie. Avec Rhéal au monticule, on se sentait en confiance, mentionne son coéquipier Marc Griffin en 2013.

Deux hommes assis devant des appareils électroniques.

Marc Griffin, à gauche, est maintenant descripteur des matchs de baseball à RDS. Cet ancien joueur, originaire du Québec, a été coéquipier de Cormier.

Photo : Photo offerte par Alain Usereau

Un an auparavant, lors de la Coupe intercontinentale, l'Acadien obtient trois victoires et une moyenne de points mérités de 0,57... Il s'agit de la troisième fiche du tournoi.

Un début historique à Saint Louis

Repêché par les Cardinals en 1988, il effectue son premier lancer dans les majeures le 15 août 1991, le jour de la fête nationale de l'Acadie, au Busch Stadium de Saint Louis, contre les Mets de New York.

L'artilleur n'avait accordé qu'un point en 6 manches et avait obtenu la victoire.

Tout le monde me disait tout le temps que c'est rien qu'à toi que ça aurait pu arriver "cecitte", de "pitcher" le 15 août dans les "Major Leagues".

Une citation de :Rhéal Cormier, dans le documentaire Toujours plus haut

Après quatre ans à Saint Louis, Rhéal Cormier est cédé aux Red Sox de Boston en 1995, puis aux Expos de Montréal, en janvier 1996.

Un lanceur fait sa motion pour lancer une balle.

Rhéal Cormier a joué avec les Expos en 1996 et 1997. Des partisans étaient sceptiques, au départ, car son arrivée marquait le départ d'un joueur populaire, Will Cordero. L'Acadien s'est rapidement fait aimer des Montréalais.

Photo : Getty Images / Jed Jacobsohn

Sa première saison à Montréal lui permet de gagner en notoriété et de faire sa place au baseball professionnel.

Mais son élan est coupé court en raison d'une blessure au coude gauche, au début de la saison 1997, qui vient miner et mettre en péril sa carrière. Il se retrouve dans les ligues mineures de l'organisation des Indians de Cleveland, à Akron notamment.

Ce passage à vide est loin d'être plaisant. Mais, comme seul Rhéal Cormier pouvait le faire, il rebondit. Ce pas en arrière donne un nouvel élan à sa carrière.

Un lanceur gaucher, c'est toujours payant. Il devient donc un spécialiste de la longue relève. Il s'agit d'un lanceur qui fait le lien entre le partant et le releveur de fin de match.

L'instructeur des lanceurs des Red Sox de Boston, Joe Kerrigan, l'aide à développer un autre lancer. Avec cette équipe, il participera aux séries éliminatoires à deux reprises, en 1995 et en 1999.

C'est à Philadelphie qu'il connaît ses meilleurs moments. Sa meilleure saison? En 2003, alors qu'il présente une fiche de huit victoires et une moyenne de points mérités de 1,70.

Plusieurs joueurs discutent. Un homme a la main réconfortante sur l'épaule de Cormier.

Joe Kerrigan, numéro 16, à droite, a aidé Rhéal Cormier à quelques reprises dans les Majeures, dont à Montréal, à Boston et finalement à Philadelphie.

Photo : Getty Images / Chris Trotman

Après six ans dans l'organisation des Phillies, dans la ville de l'amour fraternel, il est cédé aux Reds de Cincinnati, en 2006.

Des douleurs au bras gauche, son outil de travail, surviennent au moment où il tentait de décrocher un contrat dans l'organisation des Braves d'Atlanta.

Homme avec casquette et tenant une balle, sans sourire.

Cormier a terminé sa carrière à Cincinnati en 2007, avec les Reds.

Photo : Getty Images / Al Bello

Après 16 saisons, sa fiche est de 74 victoires et 64 défaites en 1221,2 manches lancées, avec 760 retraits au bâton. Lançant à l'époque où le dopage était pratique courante, Cormier s'est bien défendu, lui qui a toujours refusé d'utiliser ce genre de produits.

Je peux me taper sur l'épaule et dire que je l'ai fait naturel.

Une citation de :Rhéal Cormier

Retour aux sources

Il prend sa retraite en 2007, mais il y a un post-scriptum à cette carrière respectable. Un post-scriptum qui lui permet de boucler la proverbiale boucle de la vie.

L'équipe canadienne de baseball lui fait signe en 2008. Le gérant, Greg Hamilton, a besoin d'un bon vétéran pour les Jeux olympiques de Pékin et Cormier, âgé de 41 ans, a le profil idéal.

Homme avec uniforme de baseball du Canada, vient de lancer une balle en grimaçant.

Rhéal Cormier, en mars 2006, à la Classique mondiale de baseball, lors d'une partie contre l'Afrique du Sud.

Photo : Getty Images / Christian Petersen

Pour garder la forme, l'Acadien reprend donc du service avec les Mets de Moncton, dans la ligue de baseball sénior du Nouveau-Brunswick.

L'année 2008 est un retour aux sources pour lui, qui a débuté avec les Mets en 1985, et aux Jeux olympiques de Séoul, en 1988.

Rhéal Cormier a été élu au Temple de la renommée du baseball canadien en 2012 et au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick en 2014. La Ville de Moncton lui a rendu hommage en 2019 en l'intronisant au mur de la renommée.

Homme recevant un veston d'un autre homme.

Le nouvel intronisé au Temple du baseball canadien, le 23 juin 2012. Il reçoit son veston honorifique de Ferguson Jenkins, un autre Canadien qui s'est illustré au baseball majeur. Cormier vient au 3e rang pour le plus grand nombre de saisons jouées.

Photo : The Canadian Press / Dave Chidley

Rhéal Cormier avait deux expressions fétiches : toujours plus haut et la vie est belle. La première est devenue le titre d'un documentaire. L'autre, il l'avait inscrite sur une plaque, à côté de son nom.

Planque avec inscription « Cormier 37 » et une phrase écrite à la main : « La vie est belle ».

Dans le vestiaire des Expos, Rhéal Cormier avait inscrit une de ses phrases fétiches : « La vie est belle ».

Photo : Radio-Canada

Il n'était pas le plus spectaculaire des lanceurs. Mais sa fiabilité et sa passion lui ont permis d'avoir une longue carrière.

Car, les experts vous le diront : c'est bien d'être repêché, mais l'important, c'est de durer.

Marc Griffin garde que de bons souvenirs de Rhéal Cormier

L'ancien joueur de champ extérieur Marc Griffin faisait aussi partie de l'équipe canadienne lors de la Coupe intercontinentale, qui servait de qualification pour les Jeux olympiques de Séoul.

On devait absolument gagner le match contre l'Italie pour être la dernière équipe qualifiée, se remémore Griffin. Et Rhéal a fait quoi? Il a lancé un match extraordinaire!

Il se souvient aussi de Cormier comme un homme attentionné, qui était à l'écoute de ses coéquipiers.

On blaguait souvent ensemble, mais il savait aussi être là dans les moments difficiles. Mon expérience à ces Jeux olympiques n'a pas été la meilleure. Il est venu me voir après pour me rassurer, me rappeler que j'avais une longue carrière devant moi. Je ne garde que de bons souvenirs de lui.

On avait le mot Expos tatoué sur le cœur - Jacques Doucet

Rhéal Cormier a côtoyé le commentateur Jacques Doucet lors de son bref séjour avec les Expos. Doucet, qui décrivait les matchs à la radio, se souviendra de lui comme un athlète à la fois sérieux et souriant.

Lorsqu'on voyageait, j'allais souvent m'asseoir à ses côtés. On avait beaucoup de plaisir à se taquiner, lui et moi. C'était un homme très agréable à côtoyer, sympathique, mais aussi très soucieux de sa préparation physique. Pour lui, le baseball c'était sérieux.

Rhéal Cormier est le 2e lanceur francophone du Canada qui s'éteint récemment. En décembre dernier, le Québécois Derek Aucoin est mort, à 50 ans. Les deux avaient joué ensemble pendant quelques matchs avec les Expos en 1996.

Les coïncidences de la vie font en sorte que, à son dernier match avec les Expos, Derek Aucoin était venu en relève de Rhéal Cormier, le 25 mai 1996.

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