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Dessin de cour de l'accusé au regard impassible.

L'homme a fauché 26 personnes, surtout des femmes, au volant d'une camionnette de location à Toronto en 2018.

Photo : CBC/Pam Davies

Jean-Philippe Nadeau

Portrait de l'homme qui a tué 10 personnes et en a blessé 16 autres, surtout des femmes, le 23 avril 2018 sur la rue Yonge à Toronto.

L'auteur de l'attaque au camion-bélier est né à North York le 3 novembre 1992. Sa famille déménage peu de temps après à Richmond Hill, au nord de Toronto. Il a un frère, dont il se dit très proche.

Le jeune homme provient d'une famille non religieuse. Il se considère comme un athée et il a précisé dans ses entrevues en détention que ses parents n'étaient pas pratiquants.

Il reçoit à 5 ans un diagnostic du trouble envahissant du développement (une forme d'autisme, NDLR) à l'Hôpital de Markham-Stouffville. Puis celui du syndrome de la Tourette, pour lequel il sera médicamenté pendant quelques années.

L'état de sa santé mentale demeurera inconnu jusqu'à son arrestation, parce que l'accusé a refusé de révéler à la police s'il prenait des médicaments ou s'il consultait un psychologue ou un psychiatre.

À l'époque, son avocat, Boris Bytensky, était très laconique à son sujet dans ses commentaires à la presse lorsque son client devait comparaître au tribunal.

Boris Bytensky entouré des caméras et des micros de journalistes

L'avocat d'Alek Minassian, Boris Bytensky, en mêlée de presse en septembre 2018

Photo : Radio-Canada

L'individu ne commence à parler avec des phrases complètes qu'à partir de 3 ans. Son père, Vahe, dira au procès que son fils ne regarde jamais les gens dans les yeux et qu'il ne l'a jamais vu pleurer, même lorsque son frère a été hospitalisé.

M. Minassian ajoutera que son fils n'était pas organisé à l'école et qu'il avait des difficultés avec la rédaction ou la compréhension de textes, si bien qu'il fallait toujours l'aider dans ses devoirs.

À l'élémentaire, le jeune est en avance en mathématiques par rapport aux autres élèves, mais il affiche de nombreux retards dans d'autres sujets. À en croire son père, il savait dès la maternelle soustraire dans sa tête des nombres de deux chiffres.

Un vieil homme entouré par des policiers pour le protéger des médias.

Vahe Minassian quitte le tribunal de North York bien encadré par la police après la seconde comparution de son fils Alek, en septembre 2018.

Photo : Radio-Canada / CBC

Ses parents n'envisagent toutefois aucune thérapie cognitivo-comportementale (qui permet d'aider les individus à modifier leurs pensées et leurs comportements).

Alek Minassian fréquente une école ordinaire, mais il est inscrit dans un programme d'éducation spécialisée adapté à son développement cognitif jusqu'à son entrée au collège.

Son adolescence à l'école secondaire Thornlea, à Thornhill, est marquée par l'intimidation qu'il subit de certains camarades. En réaction, il adopte un langage absurde, inaudible, voire grossier, pour répondre à ses détracteurs.

Il se sent déjà rejeté par les filles. Il soutient qu'il adore jouer à des jeux vidéo, auxquels il s'adonne en moyenne 5 heures par jour.

À 15 ans, il s'intéresse aux tueries de masse dans les écoles et les collèges aux États-Unis, celles de Virginia Tech et de Columbine notamment. Il accumule des lectures à ce sujet sur Internet.

Il entre ensuite au Collège Seneca, à Toronto, où il étudie l'informatique. C'est un nouveau départ, comme il l'explique aux psychiatres qui le rencontreront en détention en prévision de son procès. Il y échoue trois cours.

Des agents menottent un suspect contre une voiture.

Le meurtrier a été arrêté une dizaine de minutes après sa confrontation avec l'agent Ken Lam, de la police de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Clark Hua Zhang / Twitter

Son cercle d'amis est toujours aussi restreint, il vit toujours chez ses parents et il n'a toujours pas de petite amie. Ses camarades de classe se souviennent de lui comme d'un homme effacé, solitaire, mais jamais violent.

Une fête d'Halloween en 2013 sera un événement déterminant dans ses relations avec les femmes. Il a 20 ans. Il dit s'y être senti humilié par des filles et des garçons, qui se seraient moqués de lui.

Ses fantasmes sur les tueries de masse refont surface au Collège Seneca, selon les psychiatres au procès.

Le mouvement Incel

À 22 ans, le jeune homme prend connaissance de la mouvance des incels, les abstinents involontaires, ces hommes misogynes et frustrés sexuellement et dont l'Américain Elliot Rodger est le fondateur présumé.

Le prévenu avoue à la police qu'il est d'ailleurs en contact sur Internet avec Elliott Rodger jusqu'à sa mort, en 2014. Il rencontre, toujours sur des sites de clavardage, un autre membre des Incel, Chris Harper-Mercer, avant sa mort en 2015.

Un homme menotté et escorté par deux policiers.

Alek Minassian à son arrivée au poste de police dans l'après-midi du 23 avril 2018

Photo : Bureau du Procureur général de l'Ontario

L'homme est renvoyé de son premier emploi à temps plein à l'été 2016 après avoir été surpris en train de jouer à des jeux vidéo sur son ordinateur. Il avait déjà occupé des emplois à temps partiel sous forme de stages en entreprise durant sa scolarité.

Il entre alors dans les Forces armées canadiennes, en décembre 2016, mais il n'y terminera jamais sa formation parce qu'il ne sait pas nager (c'était l'un des prérequis) et parce qu'il n'arrive pas à respecter l'horaire strict de son entraînement.

Dans sa lettre de démission, il explique d'ailleurs qu'il avait sous-estimé la rigueur de la discipline dans l'armée. Il niera toutefois au procès qu'il avait intégré l'Armée pour apprendre le maniement des armes.

Capture d’écran montrant deux hommes assis l’un en face de l’autre dans une salle.

Lors de l'interrogatoire par le détective Robert Thomas, pendant plus de quatre heures le soir de l'attaque du 23 avril 2018.

Photo : capture d'écran

À sa sortie des Forces, il termine ses études au Collège Seneca, où il décrochera finalement son diplôme avec une moyenne de 76 % au printemps 2018.

Il commence sérieusement à songer à l'attaque de la rue Yonge trois mois avant de passer à l'acte. Il choisit la date du 23 avril 2018, parce qu'il a terminé ses examens à Seneca.

Il s'intéresse aux poids lourds qui ont été utilisés en Europe dans des attaques en France et en Allemagne et il lit beaucoup à ce sujet sur Internet.

Des policiers en flou et la mise au point sur la fourgonnette blanche.

Des policiers sur la scène du drame, peu après l'attaque au camion-bélier

Photo : CBC

Il réserve la fourgonnette, qu'il a louée pour 400 $, en prévision de l'attentat de Toronto le matin du 4 avril 2018 et dont il paye la location par carte de crédit.

Alek Minassian est arrêté une douzaine de minutes après le début de l'attaque au camion-bélier, après avoir mis en joue le policier qui venait l'intercepter en utilisant son cellulaire en guise d'arme à feu.

Il confessera son crime le soir même de son arrestation lors de son interrogatoire de police. Son procès s'ouvre le 10 novembre 2020 à Toronto de façon virtuelle à cause de la pandémie.

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