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Un projet minier divise la communauté de Saint-Michel-des-Saints

Le projet minier de Nouveau Monde Graphite suscite des craintes environnementales.

Une pelle mécanique sur un terrain vague

Des groupes craignent que le projet minier de Nouveau Monde Graphite ait des conséquences négatives sur l'environnement.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Belhumeur

Une mine de graphite à ciel ouvert verra le jour à Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière. Le projet, qui a obtenu le feu vert de Québec, doit générer d'importantes retombées économiques, mais il divise la communauté.

Alors que les autorités municipales sont pour la mine, des citoyens craignent d'éventuelles répercussions sur l'environnement, notamment sur le lac Taureau.

De son côté, le Conseil des Atikamekw de Manawan souhaite obtenir des dizaines de millions de dollars en redevances et des emplois garantis pour les membres de sa communauté.

La minière Nouveau Monde Graphite rétorque qu'elle agira de façon exemplaire sur le plan environnemental et qu'elle souhaite s'entendre avec les autochtones de la région.

Son projet de mine, situé à cinq kilomètres au sud-ouest de Saint-Michel-des-Saints a été autorisé par un décret du gouvernement du Québec le mois dernier.

« C'est une excellente nouvelle », se réjouit le président et fondateur de Nouveau Monde Graphite, Éric Desaulniers. Pour lui, c'est l'aboutissement de plusieurs années de travail.

Son entreprise a découvert le gisement qu'elle compte exploiter en 2015, à la suite de travaux d'exploration effectués par hélicoptère.

Il est devant un écran.

Éric Desaulniers, PDG de l'entreprise Nouveau Monde Graphite

Photo : Radio-Canada / Francis Labbé

Du graphite pour fabriquer des batteries

L'autorisation de Québec permettra de lancer les travaux de construction de la mine, dont l'exploitation commerciale est prévue pour 2023.

Le site minier, qui sera exploité pendant 26 ans, comprendra une fosse à ciel ouvert d'une longueur de 2,6 kilomètres, d'une largeur pouvant atteindre 380 mètres et d'une profondeur maximale de 235 mètres.

Le graphite entre dans la composition des anodes qui sont utilisées dans la fabrication de certaines batteries lithium-ion pour les véhicules électriques.

C'est surtout ce marché que la minière veut percer, mais aucun contrat n'a encore été formellement signé. On discute en ce moment avec tous les grands manufacturiers, mais ce sont des conversations confidentielles, indique Éric Desaulniers.

Le projet de 350 millions de dollars devrait créer 160 emplois directs. Selon moi, ça va faire rayonner la municipalité. On devrait revenir avec de jeunes familles, des enfants pour les écoles. C'est un plus pour notre communauté, se réjouit le maire de Saint-Michel-des-Saints, Réjean Gouin.

Un homme est assis derrière un bureau, sur lequel se trouve un ordinateur portable.

Réjean Gouin, le maire de Saint-Michel-des-Saints, est favorable au projet de Nouveau Monde Graphite.

Photo : Radio-Canada / MATHIEU BELHUMEUR

La gestion des déchets miniers inquiète

Si les autorités municipales voient d'un bon œil la construction de la mine, des groupes s'y opposent. Ils craignent notamment l'impact sur l'industrie touristique et l'environnement.

C'est le cas de l'Association pour la protection du lac Taureau, qui est notamment formée de propriétaires de chalets de la région.

Elle redoute que les déchets qui seront entreposés sur le site de la mine ne contaminent le plan d'eau, qui compte 240 km de berges et de nombreuses plages de sable fin.

« C'est extrêmement dangereux et c'est la première préoccupation que tout le monde doit avoir concernant la possibilité de l'écoulement de liquides acides dans la nappe phréatique, dans la rivière Matawin qui est un affluent important du lac Taureau », dit le président de l'association, Gilles Cartier.

La Coalition des opposants à un projet minier en Haute-Matawinie (COPH) partage essentiellement les mêmes préoccupations.

« C'est un projet qui va s'installer dans une zone habitée, fragile, sensible et réputée pour sa villégiature et son récréotourisme. Ce sont des valeurs sûres qui pourraient être menacées par ce projet », estime May Dagher, membre du comité administratif de la coalition.

Pour produire 100 000 tonnes de concentré de graphite par an, la minière devra extraire environ 20 fois plus de matière, puisque son gisement a une teneur en graphite d'un peu plus de 4 %.

Nouveau Monde Graphite traitera ses déchets miniers sur place pour séparer la pyrite et la pyrrhotite, qui peuvent produire de l'acide, des autres résidus qui n'en génèrent pas. Ils seront ensuite enfouis dans le sol à perpétuité selon une méthode appelée la co-disposition.

« On emprisonne les résidus générateurs acides, puis on les encapsule dans le matériel qui est non générateur d'acide pour empêcher qu'il soit en contact avec l'oxygène, puis de démarrer la réaction d'acidité », explique Éric Desaulniers.

Un graphique sur l'enfouissement des résidus miniers.

Le projet minier de Nouveau Monde Graphite, qui a obtenu le feu vert de Québec, suscite des craintes environnementales à Saint-Michel-des-Saints.

Photo :  courtoisie

Faut-il faire confiance à la co-disposition?

Nouveau Monde Graphite teste présentement sa méthode d'enfouissement dans des cellules de co-disposition expérimentales sur son site minier.

Elle n'a pu être évaluée par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), qui a déposé son rapport sur le projet en juin dernier.

L'absence des résultats des essais visant à valider le comportement des rejets miniers n'a pas permis de se forger une opinion éclairée sur la performance du concept de disposition retenu.

Une citation de :Extrait du rapport du BAPE sur le projet

Le BAPE avait alors recommandé au ministère de l'Environnement d'attendre les résultats d'une étude hydrogéologique, visant à valider l'efficacité de la méthode employée par l'entreprise, avant d'autoriser le projet de mine pour s'assurer que la co-disposition n'a pas d'effets nocifs sur les eaux souterraines.

Une vue aérienne du site.

Un paysage transformé

Photo : Nouveau Monde Graphite

Or le Conseil des ministres a donné son aval au projet avant d'avoir cette étude en main. Le décret publié dans la Gazette officielle du Québec le 10 février dernier impose toutefois à la minière de fournir un rapport faisant état de la performance de sa méthode de co-disposition.

« Qu'on soit pour ou contre le projet, je ne pense pas qu'on puisse continuer de faire les choses de cette façon-là en 2021. Il faut aller au fond des choses et ce n'est pas ce qui s'est fait. On met toute une communauté all in au niveau de l'environnement », déplore Gilles Cartier.

Ils ont imaginé une façon de contenir les déchets qui n'a été éprouvée nulle part.

Une citation de :Gilles Cartier, président de l'Association pour la protection du lac Taureau

« Le promoteur dit que sa méthode a déjà été essayée ailleurs dans le Nord-du-Québec, dans des contrées très lointaines, mais le contexte n'est pas le même à Saint-Michel-des-Saints », renchérit May Dagher de la COPH.

De son côté, Éric Desaulniers assure que la méthode de gestion des déchets développée par son entreprise est sans danger. « C'est une technologie qui est utilisée dans plusieurs mines dans le monde, mais il n'y a aucune mine qui l'utilise exactement comme nous », affirme-t-il.

« Il n'y a pas un projet qui gère ses résidus de la même façon, précise-t-il. Chaque projet est un peu différent dans sa composition minéralogique, dans sa structure, dans les quantités en cause. »

Les Atikamekw veulent leur part du gâteau

Le projet de Nouveau Monde Graphite se trouve en territoire autochtone non cédé, mais la minière n'a pas encore conclu d'entente avec la communauté atikamekw de Manawan, située à 90 km au nord de Saint-Michel-des-Saints.

Le chef Ottawa se tient derrière la tribune où se trouvent des micros de différents médias.

Le chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« On n'est pas nécessairement opposés au projet, dit d'entrée de jeu le chef Paul-Émile Ottawa. Ça fait tellement longtemps que les Atikamekw ne retirent pratiquement rien en retombées économiques. »

Le Conseil de bande souhaite obtenir des redevances de 250 millions de dollars de la part de l'entreprise. « On veut pouvoir compter sur des montants d'argent qui vont permettre l'émergence d'une économie atikamekw », dit le chef Ottawa.

Il exige également que des emplois soient garantis à la mine pour les membres de sa communauté. « L'entreprise ne veut pas s'engager face aux Atikamekw », déplore-t-il, ajoutant que les négociations sont au point mort.

La minière affirme de son côté que les discussions se poursuivent dans le but de parvenir à une entente. « Ça m'attriste que nos négociations ne soient pas perçues de la même façon des deux côtés », dit Éric Desaulniers.

« On veut continuer d'intégrer les Atikamekw dans notre projet. Il y a des offres substantielles qui sont sur la table », affirme-t-il.

Le Conseil de bande n'exclut pas de recourir aux tribunaux s'il n'obtient pas satisfaction.

Avec la collaboration de Alizee Dagort

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