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Procès Minassian : un verdict qui inquiète les parents d’enfants vivant avec l’autisme

L’avocat d’Alek Minassian soutient qu’il ne peut être reconnu criminellement responsable de ses actes puisqu’il est atteint d’une forme d’autisme

Dessin de cour d'un homme portant une tenue de prisonnier orange.

L'accusé Alek Minassian lors de sa comparution par vidéoconférence le 10 avril.

Photo : CBC/Pam Davies

Le verdict attendu au procès d’Alek Minassian, le présumé auteur de l’attentat au camion-bélier à Toronto en 2018, soulève de nombreuses inquiétudes dans la communauté autiste.

Vraiment, c’est insultant pour les milliers de personnes autistes dans notre société que de prendre une telle défense pour justifier un crime aussi terrible, indique Sophie Barrette.

La mère d’un petit garçon de trois ans vivant avec le spectre de l’autisme n’arrive pas à comprendre la thèse avancée par la défense dans le procès ultra-médiatisé d’Alek Minassian.

Je crois que l’autisme seul ne peut jamais être considéré comme un facteur menant à la criminalité, estime Mme Barrette, qui travaille d'ailleurs avec l'équipe de crise à l'hôpital d'Ottawa.

Un homme entouré de caméras et de micros de journalistes.

L'avocat d'Alek Minassian, Boris Bytensky, en mêlée de presse

Photo : Radio-Canada

En décembre, durant le procès du jeune homme de 28 ans, un psychiatre introduit par la défense a affirmé que l'état d'autiste de l'accusé ne lui permettait pas de comprendre la réalité qui l'entoure.

Les avocats d'Alek Minassian soutiennent même que l'état de leur client l’empêche de distinguer le bien du mal de façon rationnelle.

Selon plusieurs juristes, dont la défense, il s’agirait de la première fois au Canada que l’autisme est invoqué pour obtenir la non-responsabilité criminelle.

Une illustration judiciaire qui montre 4 personnes, la juge, la défense, le psychiatre et l'accusé.

Dans le sens d'une aiguille d'une montre, la juge Molloy, le Dr Westphal, l'avocat Boris Bytensky et Alek Minassian.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Branle-bas de combat dans la communauté autiste

De tels propos ont rapidement créé une levée de boucliers dans la communauté autiste. L’organisme Autisme Canada, notamment, avait fait une sortie publique pour dénoncer la thèse des avocats lors du procès. 

La Coalition ontarienne de l’autisme prépare plusieurs versions du communiqué de presse qui sera envoyé aux médias mercredi, lorsque la juge rendra sa décision. Mais peu importe le résultat, le mal est déjà fait selon plusieurs.

À ce que je comprends, il peut soit être reconnu coupable, soit criminellement non responsable de ses actes. Les deux verdicts ne sont pas de bon augure pour la communauté autiste, soutient la présidente de la coalition, Angela Brandt.

Une femme dépose une fleur sur un petit monument.

Une femme se recueille à l'endroit où certaines victimes de l'attentat ont perdu la vie.

Photo : Getty Images / Cole Burston

La mère d’un jeune homme autiste de 15 ans souligne que plusieurs membres de la coalition racontent avoir entendu des commentaires faisant référence à Alek Minassian lorsqu’ils parlaient de leur état.

Il y a un danger que les gens à l’extérieur de la communauté autiste simplifient tout ça. Ils vont lier l’autisme à la violence, résume Mme Brandt.

La présidente souligne l’ironie de la situation, puisque selon elle, les gens autistes sont bien plus souvent des victimes dans notre société.

J’ai peur pour mon fils, qui est déjà socialement isolé, qui ne se fait pas inviter à beaucoup d’anniversaires. La décision pourrait faire en sorte que les gens atteints d’autisme soient encore plus isolés, croit Mme Brandt.

Des gens rassemblés devant des fleurs se recueillent.

Veillée pour les victimes de l'attentat au camion-bélier en avril 2018.

Photo : Getty Images / Cole Burston

Pas un procès sur l’autisme

L’avocate criminaliste torontoise Ingrid Grant rappelle néanmoins que le procès ne porte pas sur l'autisme, mais bien sur l'état d'esprit d'Alek Minassian au moment de l'attaque. 

Il est important de garder en tête que la décision ne représentera pas une déclaration sur les qualités morales des gens atteints d’autisme. Ça ne veut pas dire que toute personne avec un problème mental particulier est un criminel ou commettra un crime, souligne l’avocate.

Elle donne l’exemple des gens atteints de schizophrénie qui, dans la grande majorité des cas, n’auront jamais affaire avec le système de justice dans leur vie.

Un dessin de cour montrant Alek Minassian (au centre) lors d'une audience du tribunal où l'on voit une avocate (à gauche) et le juge (à droite).

L'accusé Alek Minassian (au centre) lors d'une comparution le 24 avril.

Photo : The Canadian Press / Alexandra Newbould

Alek Minassian fait face à dix accusations de meurtre prémédité et à 16 de tentative de meurtre. Il a avoué son crime aux autorités dans les heures qui ont suivi l’attaque au camion-bélier. La majorité de ses victimes étaient des femmes.

Si le jeune homme est reconnu non criminellement responsable, il évitera la prison, mais son cas sera transféré à la Commission ontarienne d'examen, qui déterminera le traitement psychiatrique à lui administrer.

Le verdict sera rendu le mercredi 3 mars.

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