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Les Albertains autant préoccupés par l'économie que par la pandémie

Une installation pétrolière.

L'Alberta est plongée dans un marasme économique depuis l'effondrement du prix du pétrole de 2015.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Tous les Canadiens ne sont pas inquiétés également par la pandémie. Pour les Albertains, la crise économique est perçue comme une aussi grande menace que la COVID-19, selon un sondage Ipsos commandé par Radio-Canada.

En Alberta, 51 % des répondants ont cité la pandémie comme leur plus grande source d’inquiétude, tandis que 49 % ont jugé la crise économique plus préoccupante. Il s'agit d'une différence notable par rapport à la moyenne canadienne : 64 % de tous les répondants au pays ont plutôt dit craindre davantage la pandémie, contre 36 % pour la crise économique.

On voyait que les Albertains étaient plus divisés que les gens des autres régions, parce que l’économie a été plus durement affectée avant la pandémie, et ça s’est poursuivi avec la pandémie, souligne le directeur général d’Ipsos Québec, Sébastien Dallaire.

Ces données distinctes sont loin de surprendre Frédéric Boily, professeur de science politique au campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, qui souligne que la province est plongée dans un marasme économique depuis l’effondrement du prix du pétrole de 2015.

Selon lui, les annulations de grands projets énergétiques n’ont rien fait pour améliorer l’humeur générale en Alberta.

Keystone XL est le dernier en date, mais il y a eu l’abandon de Teck Frontier tout juste avant la pandémie, les difficultés de Trans Mountain, quand on met tout ça ensemble, ça produit une morosité très profonde chez beaucoup d’Albertains.

Une citation de :Frédéric Boily, professeur de science politique

Le dépôt d’un budget provincial lourdement déficitaire, et sans perspective de retour à l'équilibre à plus long terme, est venu confirmer le climat économique sombre dans la province, ajoute Frédéric Boily.

On est revenus en arrière en fait, aux années 2010 à 2015, ou les gouvernements conservateurs ne maîtrisaient pas non plus les finances publiques. On a l’impression que toute l’économie albertaine fait du surplace, que les gouvernements font du surplace et que ça va prendre un brassage d’idées très profond pour redonner de l’optimisme à l'ensemble de la population albertaine, analyse le professeur.

Cette morosité se traduit aussi par une plus grande proportion d’Albertains (46 %) qui estiment que leurs finances personnelles se sont détériorées, comparativement à l'ensemble des Canadiens (35 %). Dans un même ordre d’idées, davantage de résidents de l’Alberta (45 %) estiment aussi que l’aspect du travail s’est détérioré dans leur vie, plus que les autres Canadiens (32 %).

Si les autres provinces canadiennes peuvent espérer une relance après la pandémie, la fragilité du secteur énergétique albertain restera la même, rappelle l’économiste en chef de l’établissement financier Alberta Central, Charles St-Arnaud.

On se rend compte avec le changement d’attitude au niveau mondial face aux changements climatiques, à l'arrivée de l’investissement plus durable, que c’est une industrie qui va garder un vent de face important au courant des prochaines années, dit-il en entrevue.

Malgré tout, Charles St-Arnaud est plus optimiste quant aux perspectives économiques de la province depuis six mois.

L’économie de l’Alberta ne fait pas nécessairement pire que le reste du Canada du point de vue de l’emploi, [...] notre performance est presque égale à celle du pays. [...] La valeur de la production pétrolière est maintenant de retour où on était avant la pandémie. L’été dernier, on craignait une crise majeure de l’industrie pétrolière, ce scénario très négatif peut être écarté d’une certaine façon, indique l'économiste.

Des risques politiques pour Jason Kenney

L’économie chancelante et les préoccupations qu’elle génère pourraient bien aussi avoir des conséquences politiques pour le premier ministre Jason Kenney. Qu’autant d’Albertains soient préoccupés par l'état de l’économie est de mauvais augure pour le premier ministre, lui qui a été porté au pouvoir en 2019 en promettant de remettre la province au travail.

Jason Kenney.

Jason Kenney a été porté au pouvoir notamment par des promesses économiques.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Le gouvernement n’arrive pas à livrer les fruits qu’il promettait pour relancer l’économie. Pour les conservateurs, ça veut dire que l’approche qui était préconisée n'était peut-être pas la bonne. [...] Pour peu qu’il arrive encore quelques pépins sur les chemins du retour à une meilleure économie en Alberta, le gouvernement et les conservateurs vont être dans une position très difficile pour les prochaines élections.

Jason Kenney est déjà l'un des rares premiers ministres au pays dont la cote de popularité a baissé depuis le début de la pandémie, rappelle Frédéric Boily.

Méthodologie du sondage

Le sondage Ipsos commandé par Radio-Canada a été mené en ligne du 12 au 17 février auprès de 3000 Canadiens. Les résultats sont précis à plus ou moins 2 %, 19 fois sur 20.

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