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Refus de servir des Autochtones : « On n'est pas en 1930 »

Affiche signalant l'entrée de Kenora en hiver.

Des entreprises de Kenora ont refusé l'accès à des membres de la Première Nation de Wabaseemoong, aux prises avec une éclosion de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Jeff Walters/CBC

Radio-Canada

La Commission ontarienne des droits de la personne (CODP) dénonce le refus de gens d'affaires de Kenora, en Ontario, de laisser entrer des Autochtones dans leur commerce ou de leur louer une chambre d’hôtel.

La nation indépendante Wabaseemoong, une Première Nation située au nord-ouest de Kenora, en Ontario, a été mise en confinement le 10 février après que plusieurs membres de la communauté eurent été déclarés positifs à la COVID-19.

Depuis, Wabaseemoong lutte non seulement contre une éclosion croissante de la maladie, mais aussi contre la désinformation visant les membres de sa communauté vivant ou s’isolant à Kenora, tout près de la frontière manitobaine.

Paysage de la réserve White Dog.

Les nations indépendantes Wabaseemoong représentent 2000 personnes, dont la majorité vit sur le territoire des réserves White Dog, Swan Lake et One Man Lake, près de Kenora.

Photo : nations indépendantes Wabaseemoong

Lorayne Hunter et sa soeur se sont précipitées de leur maison à Wabaseemoong et ont conduit 95 km jusqu’à Kenora la semaine dernière, après avoir appris que leur mère avait été admise aux soins intensifs pour une urgence médicale.

Après leur arrivée, les soeurs ont essayé d’obtenir une chambre au motel Super 8 de Kenora.

La réceptionniste leur a indiqué le prix pour la nuit, puis leur a demandé d’où elles venaient.

En apprenant leur provenance, l’employée a dit : Nous n’acceptons pas les gens de Wabaseemoong, raconte Mme Hunter.

Ma soeur et moi avons été surprises et choquées, dit-elle.

Lawrence Maksymetz, qui gère le Super 8 en question, défend ses employés.

Mon personnel a refusé le service non pas à cause du racisme, mais à cause de la COVID. Ils ont peur et ils ont dit qu’ils n’offriraient pas de service à quelqu’un qui est en confinement.

Ils pensent que tout le monde [de Wabaseemoong] a [la COVID]. Mais j’ai fait un test et il était négatif. Même chose pour ma soeur et ma mère.

Une citation de :Lorayne Hunter, membre de la Première Nation de Wabaseemoong

L'excuse du motel ne plaît pas à la commissaire en chef de la COPD, Ena Chadha.

Elle affirme qu’un tel refus d’offrir des services constitue une violation des droits de la personne.

Nous ne pouvons pas refuser l’entrée à des personnes seulement parce qu’elles nous mettent mal à l’aise ou parce que nous n’aimons pas qu’elles viennent d’un endroit particulier. On n’est pas en 1930.

Une citation de :Ena Chadha, commissaire en chef de la Commission ontarienne des droits de la personne

Mme Chadha ajoute que les propriétaires de magasins et les fournisseurs de services doivent se rappeler qu’ils ont l’obligation légale de traiter les gens avec respect et qu’ils ne peuvent pas refuser des services.

Une femme portant des lunettes devant un mur mauve, en vidéoconférence.

Ena Chadha, commissaire en chef de la Commission ontarienne des droits de la personne, appelle les entreprises à suivre les exigences et les conseils des autorités sanitaires et à les appliquer de la même manière à tous les clients.

Photo : Zoom

C’est particulièrement préoccupant pour nous, en tant que Commission ontarienne des droits de la personne, lorsque ça touche les régions éloignées où il y a un nombre limité de services et de magasins, ajoute la commissaire en chef.

Le Bureau de santé du Nord-Ouest rappelle aussi que les commerces doivent appliquer les mesures sanitaires de façon uniforme.

Mme Chadha a ajouté que la commission surveillait de près Kenora depuis l’été dernier, lorsque le conseil municipal a envisagé se doter d’un règlement sur le vagabondage qui, selon elle, aurait affecté les populations autochtones de manière disproportionnée.

Le règlement a finalement été rejeté.

Un groupe de bénévoles se forme pour soutenir les habitants de Wabaseemoong

En date du 26 février, Tania Cameron, une résidente de Kenora, a entendu neuf histoires différentes de personnes qui ont été refoulées ou harcelées dans des magasins locaux.

Cela fait mal de voir qu’ils sont traités de cette façon parce qu’il y a une éclosion à Wabaseemoong. Ces personnes sont exemptes de COVID.

Une citation de :Tania Cameron, résidente de Kenora

Mme Cameron craint que les réactions des commerçants aient été causées par des publications Facebook qui affirment que les membres de Wabaseemoong enfreignaient les règles d’isolement, allaient dans les magasins et infectaient des personnes innocentes.

La Police provinciale de l’Ontario a démenti ces allégations.

Désireux d’aider, Tania Cameron et une équipe de bénévoles se sont rencontrés sur Zoom jeudi et ont conçu un plan pour soutenir toute personne à qui on a refusé le service.

Autoportrait de Tania Cameron devant un lac.

Tania Cameron dénonce le racisme et la discrimination dont ont été victimes récemment les habitants de Wabaseemoong.

Photo : Tania Cameron

Ils ont prévu une série d’ateliers pour les personnes intéressées pendant la fin de semaine afin d'apporter un soutien aux personnes souhaitant déposer une plainte pour violation des droits de la personne, écrire une lettre au propriétaire de l’entreprise ou obtenir des soins.

Ces personnes ont exprimé que leur santé mentale a été affectée négativement par le traitement et nous voulons donc simplement présenter toutes les options.

Une citation de :Tania Cameron

Quelle que soit l’option qu’ils choisissent de poursuivre, il y a un groupe de bénévoles prêts à les soutenir et à les aider, conclut Mme Cameron.

Une entrepreneure sensibilise ses employés

Katy Limerick, propriétaire d’une entreprise locale, a été surprise d’entendre des histoires de personnes de Wabaseemoong à qui on a refusé l'accès à des commerces.

Elle a voulu s’assurer que cela n’arriverait pas dans son magasin et a donc convoqué ses employés à une réunion d’équipe.

Depuis le premier jour, nous fonctionnons comme si tout le monde avait la COVID. J’ai donc dit : "Nous ne changerons rien ici. Tout ce que nous avons à faire, c’est d’être compatissants et gentils et de rendre aux gens le service que nous avons toujours rendu".

Avec les informations de Logan Turner de CBC

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