•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Néandertal entendait aussi bien qu’Homo sapiens

Reconstitution du visage d'un Néandertalien.

Reconstitution du visage d'un Néandertalien

Photo : Reuters / Nikola Solic

Agence France-Presse

Néandertal avait un système auditif aussi fin que le nôtre, selon une étude scientifique qui y voit une preuve supplémentaire que le cousin d'Homo sapiens avait une capacité de communication aussi efficace que ce dernier.

Les capacités cognitives de Néandertal ont longtemps divisé les paléoanthropologues, certains défendant l'idée que seul Homo sapiens, notre espèce, a développé la capacité à concevoir des symboles et à les communiquer en fusionnant l'équivalent de mots.

L'équipe d'anthropologues menée par la professeure Mercedes Conde-Valverde, spécialiste en bioacoustique à l'université espagnole d'Alcalà, rappelle que l'archéologie documente toujours plus de comportements complexes chez Néandertal.

On sait aujourd'hui que, comme Homo sapiens, cette lignée humaine – dont les derniers représentants sont disparus il y a environ 40 000 ans – savait inhumer ses morts, mais aussi ornementer les corps ou fabriquer des outils sophistiqués.

Comme le fait remarquer à l'Agence France-Presse (AFP) le paléoanthropologue français Bruno Maureille, nos ancêtres partageaient avec d'autres lignées humaines, différentes de nous par leur morphologie, les mêmes capacités à produire et à partager des activités symboliques.

Le simple fait de produire des outils implique des capacités cognitives, qui traduisent un langage articulé au moins similaire, très proche du nôtre, selon lui.

Pour déterminer si Néandertal pouvait user d'un langage, il faut établir s'il pouvait symboliser des concepts, et s'il avait la capacité anatomique de produire et de percevoir une langue pour les véhiculer, selon les auteurs de l'étude, parue dans Nature Ecology & Evolution.

Pour ce faire, ils ont reconstruit virtuellement les canaux auditifs externes et médians de cinq spécimens de Néandertaliens ayant vécu sur une période allant d'il y a 130 000 à environ 45 000 ans. Ils en ont tiré des valeurs mesurant leur capacité à saisir les sons et surtout leur gamme de fréquences, c'est-à-dire leur étendue. Or, plus elle est large, plus elle permet d'utiliser des sons variés, et plus la communication est efficace, explique la professeure Conde-Valverde à l'AFP.

Ils ont alors comparé ces valeurs à celles de deux groupes d'individus : des humains modernes et de premiers ancêtres de Néandertal, dont de nombreux spécimens ont été trouvés dans la Sima de los Huesos, le gouffre aux ossements, situé dans le nord de l'Espagne et datant de 430 000 ans.

Leur conclusion est que Néandertal partageait les mêmes capacités auditives qu'Homo sapiens, et notamment celle de percevoir des sons de fréquence plus élevés que ceux de ses ancêtres.

Ces hautes fréquences sont associées à la production de consonnes, une caractéristique importante du langage humain, ce qui le distingue du mode de communication des chimpanzés, et de quasiment tous les mammifères, basé largement sur des voyelles. L'étude souligne que les consonnes sont particulièrement importantes pour déterminer le sens des mots.

Elle en déduit que si l'oreille de Néandertal s'était développée pour les saisir, c'est parce qu'il savait les produire, et en conclut l'existence d'un système de communication vocale aussi complexe et efficace que le langage humain.

Selon la professeure Conde-Valverde, il était capable de transmettre une information orale rapidement, et avec un très faible taux d'erreur. Elle pense même que si on écoutait deux hommes de Néandertal parlant derrière un rideau, sans pouvoir les voir, on penserait avoir affaire à des personnes d'un autre pays parlant une langue étrangère.

Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Muséum national d'histoire naturelle, qualifie l'article scientifique d'intéressant, avec une approche prudente des auteurs. Il reprend notamment leur suggestion de comparer ces résultats avec ceux d'Homo sapiens anciens.

Cet expert suggère que, en fin de compte, plus encore que la biologie ou la génétique, la clé de compréhension de l'univers de Néandertal est dans ses aspects culturels, qui sont vraiment importants, dit-il à l'AFP. Tout simplement parce qu'on s'y trouve à des niveaux de concepts impliquant leur transmission, et donc qu'on est capables d'émettre quelques sons pour faire des groupes de mots.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !