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Un nouvel hôpital « ne suffira pas » : des états généraux réclamés en Outaouais

Montage d'un document devant un établissement d'urgence.

Action santé Outaouais a produit un bilan des enjeux en matière de soins de santé dans la région, qui met en lumière de nombreuses lacunes.

Photo : Radio-Canada

Action santé Outaouais (ASO) demande des « états généraux » cet automne pour faire face aux nombreux enjeux du milieu de la santé dans la région. Une nouvelle étude du groupe de défense des droits des patients démontre qu’un nouvel hôpital ne réglera pas tout.

Le groupe a passé les derniers mois à compiler les données sur la question. Le document, intitulé L’Outaouais à la croisée des chemins : portrait de la situation du système de soins de santé, a été rédigé à la suite de l’annonce, en octobre dernier, de la construction d’un nouvel hôpital de 240 lits pour l’Outaouais. Il vise notamment à préparer l’après-pandémie dans la région.

Les problèmes sont vastes, ils couvrent toute la région. Un nouvel hôpital ne va pas régler tous les enjeux. Un seul outil ne suffira pas.

Une citation de :Denis Marcheterre, président d’Action santé Outaouais

Le document d’une soixantaine de pages, dont Radio-Canada a obtenu copie, fait état de problèmes d'accès aux professionnels, de performance des urgences et de sécurité des soins. Le document a été acheminé aux autorités de santé régionales et au ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, à la mi-février.

Pour le groupe, il s’agit d’une première étape dans l’élaboration d’un plan d’action pour corriger la situation. ASO souhaite s'asseoir à une même table que les autorités de santé régionales, des organismes communautaires, les comités d’usagers, des représentants des professionnels de la santé et les députés provinciaux, pour discuter et susciter le débat.

Des pistes de solution sont aussi proposées dans le document et pourraient faire l’objet d’une analyse plus poussée dans les prochains mois.

Denis Marcheterre regarde l'objectif.

Denis Marcheterre, président du conseil d'administration d’Action santé Outaouais (archives)

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Peu importe le titre qu’on donne à l’événement, c’est de se donner les outils nécessaires pour discuter des enjeux, se mettre d’accord sur les solutions et le plan d’action, explique le président d’ASO.

L’événement devra bien entendu être adapté à la situation sanitaire. Les solutions mises de l’avant devront quant à elles tenir compte de l’état des finances publiques après la pandémie et de la centralisation du réseau de la santé à l’échelle provinciale, qui limite le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais dans sa capacité d’action, ajoute Denis Marcheterre.

On peut se prendre en main et faire des choses fantastiques. C’est ce qu’on cherche à obtenir, indique-t-il.

Enjeu no 1 : l’accès aux professionnels

Les données colligées par ASO proviennent notamment du ministère de la Santé du Québec, des instituts de la statistique et de données rapportées par différents médias de la province.

Les chiffres sont sans équivoque quant au manque de ressources médicales et infirmières en Outaouais.

En 2019, l’Outaouais se situait en dessous de la moyenne québécoise pour le nombre d’omnipraticiens par millier d’habitants (1,22 comparativement à 1,26) et il manquait au moins 32 médecins spécialistes.

La pénurie d’infirmières et les conditions de travail du personnel soignant demeurent des obstacles importants pour l’accès aux services et l’amélioration de la qualité des soins, alors qu’il manque environ 300 infirmières pour l’Outaouais.

La recension des écrits fait aussi état d’un manque d’accessibilité aux services de santé et de services sociaux pour les peuples autochtones et d’un accès restreint aux services de proximité pour les MRC plus éloignées.

Ce qu’il faut retenir de ce document-là, ce n’est pas tellement les statistiques, c’est le fait qu’il y a des enjeux sérieux. Quand on se compare au reste du Québec, l’Outaouais est à la traîne.

Une citation de :Denis Marcheterre, président, Action santé Outaouais

Enjeu no 2 : la situation dans les urgences

ASO estime que les urgences des hôpitaux de Hull et de Gatineau, à mission régionale, font piètre figure à l’échelle provinciale. Le document indique de longs délais d’attente pour l’évaluation initiale d’un médecin avec une durée moyenne de séjour sur civière de 18 heures, 4 heures de plus que la moyenne provinciale.

Un patient sur quatre quitterait l’urgence sans avoir vu un médecin. Quant à l’engorgement des urgences, le document d’ASO fait état d’une situation chronique en Outaouais. Le système hospitalier ne suffit pas à répondre à la demande, peut-on y lire.

Une civière à l'urgence de l'Hôpital de Hull.

La durée moyenne de séjour sur civière à l'urgence en Outaouais est de 18 heures, soit 4 heures de plus que la durée moyenne de la province.

Photo : Radio-Canada / Audrey Roy

Enjeu no 3 : la sécurité des soins aux patients

En 2018-2019, le ministère de la Santé du Québec indiquait que l’Outaouais se classait au 12e rang pour le nombre d’incidents et d’accidents survenus lors de la prestation de soins et de services, sur un total de 16 régions sociosanitaires.

Le nombre de signalements d’incidents et d’accidents en Outaouais, entre 2014 et 2019, a augmenté de façon considérable et le nombre de décès à l’hôpital pour 2018-2019 était nettement supérieur à celui des autres régions du Québec, avec 111 décès par millier d’habitants, comparativement à une moyenne de 85 pour l’ensemble du Québec.

Les résidents de l’Outaouais courent un risque deux fois plus élevé de mourir d’un accident médical que le reste des Québécois, toujours selon cette compilation de données.

L’Hôpital de Gatineau se classe au premier rang québécois pour le nombre d’erreurs médicales menant à la mort, alors que l’Hôpital de Hull se classe au 8e rang, selon les données recueillies par l’ASO.

Mathieu Lacombe ferme la porte aux états généraux

Le ministre responsable de l’Outaouais salue l’engagement d’ASO, mais il ne croit pas que la tenue d’états généraux soit nécessaire cet automne.

Ce que ça nous prend, c’est de l’action, plutôt que des discussions. C’est ce qu’on fait depuis le début et c’est ce qu’on va continuer de faire.

Une citation de :Mathieu Lacombe, ministre responsable de l’Outaouais

Mathieu Lacombe reconnaît qu’un nouvel hôpital n’est pas une solution magique à tous les problèmes du milieu de la santé en Outaouais. Il croit toutefois que ce nouvel établissement de santé va permettre d’améliorer la situation. Moi, je pense que ça va être le jour et la nuit, illustre M. Lacombe.

Mathieu Lacombe s'adresse aux journalistes.

Le ministre de la Famille et ministre responsable de l'Outaouais, Mathieu Lacombe

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Selon lui, la région fait face à deux enjeux de taille en santé : le manque de lits et le manque de main-d'œuvre. Il affirme que le nouvel hôpital devrait venir régler le problème de manque de places et que son gouvernement négocie avec la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) pour régler une partie du problème du manque d’infirmières pour en attirer davantage, avoir des incitatifs. Je pense qu’on est vraiment sur le bon chemin pour améliorer les choses, estime-t-il.

Mathieu Lacombe croit également que la construction d’un nouvel hôpital permettra ultimement d’augmenter le financement provincial en matière de santé pour l’Outaouais.

Trop tôt pour se prononcer, estime le CISSS de l’Outaouais

Par courriel, le CISSS de l’Outaouais confirme avoir reçu le document d’ASO, le 14 février dernier. Toutefois, le CISSS estime qu’il serait hâtif de déterminer la suite qu’il y donnera.

La présidente-directrice générale du CISSS, Josée Fillion, a décliné notre demande d’entrevue. Elle se dit consciente des efforts et du temps que l’organisme ASO a mis dans cette étude et indique avoir le souci d’y consacrer toute l’attention nécessaire.

L'amélioration des soins est au cœur de nos préoccupations, peut-on lire dans le courriel envoyé par son équipe.

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