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Le krach boursier de mars 2020 résonne encore un an après

Un homme passe devant un tableau où sont affichés des indices boursiers.

L'Asie, et particulièrement la Chine, ressort gagnante de la réorientation des marchés à la suite du krach de mars 2020.

Photo : afp via getty images / BEHROUZ MEHRI

Reuters

L'effondrement des marchés mondiaux en mars 2020 paraît lointain tant la remontée des indices a été rapide et spectaculaire, mais les traces qu'il a laissées sur le paysage économique et financier sont toujours visibles, et certaines semblent indélébiles.

Le plongeon des bourses face à la crainte d'une récession entraînée par la pandémie de coronavirus n'aura duré que quelques semaines, en raison principalement de la réaction quasi immédiate et massive des banques centrales et des gouvernements, instruits des enseignements de la crise financière de 2007-2008.

Un an après, les politiques publiques sont toujours à la manœuvre dans un monde moins libéral, davantage tourné vers l'Asie et plus conscient de la nécessité de préserver l'environnement.

La crise de la COVID-19 a accéléré des tendances qui étaient déjà à l'œuvre avant elle, confirmé une demande d'intervention de l'État à peu près partout et écorné un peu plus ce qu'on a appelé dans les années 1990 le consensus de Washington, qui associe réformes structurelles, rectitude budgétaire, libre-échange et contrôle de l'inflation, dit à Reuters Gilles Moëc, chef économiste d'AXA Investment Managers.

Entraînée par des rumeurs de confinement en Europe occidentale puis aggravée par l'effondrement des cours du pétrole en raison de désaccords entre l'OPEP et la Russie, la crise boursière s'est profilée fin février, alors que les marchés des actions évoluaient à des niveaux records, avant de se terminer début avril.

Elle a connu son apogée lors des premières semaines de mars avec trois journées noires pour Wall Street, le 9, le 12 et surtout le 16.

Ce jour-là, le Dow Jones a perdu 12,93 % et près de 3000 points (précisément 2997,10), soit la plus forte baisse en points jamais enregistrée sur une séance. Quant à l'indice mesurant la volatilité implicite du S&P 500, connu sous le nom d'indice de la peur, il a clôturé à un record de 82,69 points, après avoir bondi de 43 %.

Machine à bulles

En France, le pire a eu lieu le 12 mars, quand le CAC 40 a perdu 12,28 %, soit la plus forte chute sur une séance depuis sa création en 1988, plombée par la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de ne pas baisser ses taux et par la rumeur d'un confinement en France. Ce dernier a été annoncé quatre jours plus tard.

L'institution de Francfort a vite corrigé le tir, toutes les grandes banques centrales offrant leur secours aux marchés sans lésiner sur les moyens, bientôt rejointes par les gouvernements sous la forme de plans de relance budgétaire et d'aides d'urgence.

Cet interventionnisme forcené à la fois sur les valorisations et sur le cycle économique via les relances budgétaires nous a fait sortir du libéralisme tel qu'il nous avait été présenté durant les 40 dernières années, explique à Reuters Florent Delorme, macro-stratégiste chez M&G.

L'abondance de liquidités gonfle artificiellement les valorisations des actifs, mais cet effet est parfaitement assumé et même souhaité par les banques centrales, ajoute Gilles Moëc.

Sur les marchés, il y a en même temps la protection offerte par les banques centrales [...] et le fait que les programmes d'achats d'actifs par les banques centrales sont, par définition, des machines à produire des bulles, souligne-t-il. Le mécanisme a pour objectif de déconnecter les prix des actifs des fondamentaux pour éviter un choc négatif.

Quant aux investisseurs, ils paraissent s'habituer à des valorisations élevées, qu'ils relativisent dans un environnement de taux directeurs appelés à demeurer durablement bas.

L'Asie en tête

Si ces taux ne devaient pas remonter avant un moment pour rendre soutenable une dette publique qui a explosé, il ne faut pas pour autant s'imaginer que les banques centrales resteront éternellement accommodantes, prévient toutefois Shamik Dhar, chef économiste de BNY Mellon IM.

Pendant un an ou deux, l'héritage de la pandémie fera que les banques centrales et les gouvernements resteront plus actifs qu'ils le sont en moyenne, mais au-delà, nous reviendrons aux discussions politiques habituelles, dit-il à Reuters.

On a redécouvert Keynes et le fait que la politique budgétaire est extrêmement importante en période de crise. Cette leçon sera retenue, mais cela ne signifie pas que la taille de l'État doive être augmentée de manière permanente.

D'autres tendances accélérées par la crise sont certainement plus durables, notamment le déplacement du centre de gravité du monde géopolitique et économique vers l'Asie en général, et en particulier vers la Chine, qui vient de démontrer sa capacité à gérer la pandémie tout en relançant son économie.

La Chine sort de cette crise avec une croissance positive sans avoir eu besoin d'aller très loin dans sa politique économique et sans avoir accentué ses déséquilibres financiers internes, ce qui ajoute à l'attractivité de la Chine et du marché asiatique en général, souligne Gilles Moëc.

Autre phénomène appelé à se prolonger : l'accélération, sous l'impulsion à la fois des pouvoirs publics et de la demande de la clientèle, des investissements liés au développement durable, et en particulier à la transition énergétique.

Mais des menaces planent déjà sur ce paysage remodelé; notamment la crainte – illustrée ces derniers jours par la hausse des rendements obligataires – d'un emballement de l'inflation, qui contraindrait les banques centrales à resserrer leur politique.

Il peut y avoir des pressions inflationnistes à court terme du fait du redémarrage économique et des effets de base, mais de notre point de vue, la mondialisation, qui exerce une pression sur les salaires comme sur les prix du fait de la concurrence qu'elle entraîne, est loin d'être remise en cause, relativise Florent Delorme.

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