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COVID-19 : la ministre Fullerton consciente des dangers qui guettaient les foyers

La ministre ontarienne des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton, lors du point de presse quotidien de la province.

La ministre des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton, préconisait des mesures strictes dès le début de la pandémie.

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

Radio-Canada

La ministre des Soins de longue durée de l'Ontario (MSLD) Merrilee Fullerton était consciente des dangers que la COVID-19 représentait pour les foyers de soins de longue durée, et ce, bien avant qu’une pandémie mondiale ne soit officiellement déclarée.

C’est ce que révèle le témoignage de la ministre devant la Commission d'enquête sur la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée.

La transcription de son témoignage et de celui de son adjoint devant la commission montre que tous deux ont plaidé pour des mesures plus strictes que celles que le gouvernement était prêt à mettre en place, et ce, bien avant qu’il ne soit prêt à agir.

C'est particulièrement le cas pour Mme Fullerton, qui a pratiqué la médecine familiale.

Vous étiez en avance sur le médecin hygiéniste en chef à bien des égards, d'après vos notes, lui a dit John Callaghan, l'avocat de la commission chargée d’interroger Mme Fullerton.

Les notes de la ministre suggèrent qu'elle était préoccupée par la propagation asymptomatique de la COVID-19 dans les maisons de soins de longue durée dès le 5 février 2020.

Cette possibilité n'a été reconnue publiquement par le gouvernement que bien plus tard.

Je reconnais que parfois les gens peuvent aller trop loin, c'est pourquoi j'ai dû écouter les experts et la science, a-t-elle déclaré à la Commission.

J'essayais de ne pas porter mon chapeau de médecin ou de santé publique, parce que ce n'était pas mon rôle

Une citation de :Merrilee Fullerton, ministre des Soins de longue durée de l'Ontario

Mais la ministre Fullerton a fait remarquer que son expérience personnelle lui donnait un aperçu de la situation que d'autres politiciens n'avaient peut-être pas.

J'ai eu des soupçons très tôt, parce que je suis médecin de famille et que j'ai passé de nombreuses années à m'occuper de personnes âgées, a-t-elle déclaré. Elles peuvent ne pas présenter de symptômes typiques, et il faut donc toujours être vigilant.

Dans d'autres cas, comme celui de la directive imposant aux membres du personnel de ne travailler que dans un seul établissement de soins de longue durée pour éviter de propager le virus d'un établissement à l'autre, ce sont des problèmes juridiques et des questions sur le fait de savoir s'il y aurait suffisamment de personnel pour faire fonctionner les établissements qui ont retardé l'action du gouvernement.

Possibilité de sauver des vies

Dans une déclaration publiée lundi, l'opposition à Queen's Park condamne l'inaction de la ministre Fullerton, affirmant que cette dernière aurait dû se prononcer plus tôt sur le risque que la COVID-19 faisait courir aux maisons de retraite de la province.

La chef du NPD, Andrea Horwath, a déclaré que la ministre aurait dû faire part de ses inquiétudes au public dès le début de la pandémie alors que le gouvernement déclarait le contraire que ce qu'elle jugeait préoccupant.

Mme Horwath a déclaré que si la ministre Fullerton avait parlé de la situation, elle aurait pu sauver des vies.

Pressions pour ramener les aidants naturels

La COVID-19 a dévasté le système de soins de longue durée de l'Ontario, causant la mort de 3744 résidents et de 11 membres du personnel jusqu'à présent.

La ministre Fullerton a également refusé de suggérer – dans une vidéo filmée au début de mars 2020 – que le risque de COVID-19 était faible.

J'étais très inquiète à l'idée de faire une vidéo qui dirait aux gens que le risque était faible, même si c'était ce que disaient les experts de la santé et les responsables de la santé au Canada, a-t-elle déclaré.

Ses notes sur la première vague de la pandémie, lues au cours de son passage devant la commission, montrent également qu'elle a préconisé d'interdire l'accès aux foyers de soins de longue durée avant que la province ne le fasse, et qu'elle s'inquiétait du fait que le personnel ne porte pas d'équipement de protection individuelle (EPI) une semaine avant que la province rende le port de l'EPI obligatoire dans les foyers.

Mme Fullerton a également déclaré à la commission qu'elle a plaidé pour que les aidants naturels et les aides-soignants essentiels soient autorisés à retourner dans les foyers de soins de longue durée dès le mois de mai.

Un homme tient la main d'une femme en fauteuil roulant.

La ministre des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton a déclaré à la Commission qu'elle plaidait également pour que les aidants naturels et les aides-soignants essentiels soient autorisés à retourner dans les foyers de soins de longue durée dès le mois de mai.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Ces aides-soignants, généralement des membres de la famille, n'ont pas été autorisés à réintégrer les établissements avant juillet, et même alors, a déclaré le ministère des Soins de longue durée, les règles étaient appliquées de manière incohérente jusqu'à ce que des ajustements soient effectués en septembre.

Elle a ajouté que d'autres experts, en particulier le Dr David Williams, le médecin hygiéniste en chef, ont déclaré que le risque que des aides-soignants essentiels apportent la COVID-19 dans les établissements était trop grand.

J'avais très hâte de faire revenir les aides-soignants dans les foyers, parce que je crois que c'était une question de bien-être et d'équilibre émotionnel, a déclaré Mme Fullerton. Cependant, d'autres voyaient les choses différemment et avaient leurs raisons de percevoir les risques qu'ils prenaient de façon différente, et c'est pourquoi on a laissé tomber.

Jeune ministère

Le témoignage de la ministre brosse également le portrait d'un jeune ministère qui s'est retrouvé plongé dans une pandémie avant d'avoir trouvé sa vitesse de croisière.

Le ministère des Soins de longue durée est devenu distinct du ministère de la Santé (anciennement connu sous le nom de ministère de la Santé et des Soins de longue durée) au cours de l’année 2019 et la commission a appris qu'il avait passé une grande partie de cette année à se mettre en place.

Selon Mme Fullerton, le ministère des Soins de longue durée est devenu indépendant dans un effort de mettre en lumière la négligence de longue date du secteur.

Mais quand la pandémie a frappé, le ministère des Soins de longue durée dépendait encore largement du ministère de la Santé, selon elle, et quand est venu le temps de communiquer avec les foyers de soins de longue durée au sujet de la pandémie, le ministère nouvellement formé a été laissé de côté.

Je me demande simplement pourquoi le ministère de la Santé publie, republie les directives sans [consulter] le ministère des Soins de longue durée, a écrit Mme Fullerton dans un courriel au début de la pandémie.

Je comprends que le ministère de la Santé est le chef de file, mais le ministère des Soins de longue durée doit faire partie de cette communication vers notre propre secteur.

Son chef de cabinet a exprimé la même impression dans un autre courriel daté du 31 mars.

L'ÉPI a été déployé dans les hôpitaux et les établissements correctionnels. Cela a été fait avec les partenaires du ministère des Soins de longue durée, avait-il écrit. Nous sommes trop souvent le partenaire oublié.

La commission doit présenter un rapport le 30 avril qui comprendra des recommandations visant à éviter des résultats similaires à l'avenir, en plus de deux rapports intermédiaires déjà publiés.

Avec les informations de CBC News et de La Presse canadienne

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