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L'Ontario a-t-il pris la bonne décision en retardant la semaine de relâche?

Doug Ford et Stephen Lecce marchent dans le corridor d'une école, passant devant des casiers.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, et son ministre de l'Éducation, Stephen Lecce

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le gouvernement Ford a reporté le congé scolaire de mars à avril pour limiter la propagation de la COVID-19, particulièrement des variants. Est-ce la bonne décision? Experts et éducateurs sont partagés.

Alors que le Québec a maintenu son congé de mars, qui a lieu cette semaine, l'Ontario l'a reporté de sa période habituelle à la mi-mars à la mi-avril cette année.

Lorsque le ministre ontarien de l'Éducation, Stephen Lecce, en a fait l'annonce, il y a un peu plus de deux semaines, il a évoqué la nécessité de limiter les déplacements en cette période potentiellement cruciale dans la propagation des variants plus contagieux.

Il ne faut pas prendre de risque, a-t-il dit.

Le virologue Hugues Loemba, de l'Hôpital Montfort, à Ottawa, est d'accord.

« À en croire les projections épidémiologiques récemment publiées sur la propagation des variants en Ontario, les prochaines semaines en mars vont être critiques. Un tel scénario de semaine de relâche [en mars], couplée à une détente généralisée et des déplacements locaux, [aurait pu] servir de rampe de lancement à la troisième vague de cette pandémie à COVID-19. »

— Une citation de  Hugues Loemba, chercheur clinicien à l'Hôpital Montfort

Selon les dernières projections provinciales de modélisation, les variants pourraient former 40 % des nouveaux cas de coronavirus en Ontario d'ici la mi-mars.

En date du 1er mars, 565 cas de variants ont été confirmés dans la province. C'est cinq fois qu'au début février.

La moyenne des nouvelles infections quotidiennes en Ontario est en hausse de près de 10 % au cours des 10 derniers jours.

Le Dr Loemba affirme d'ailleurs que ce n'est pas le temps de rouvrir davantage l'économie. Si la semaine de relâche demeure pour la mi-avril, pour l'heure, il n'y a rien qui prouve que la situation en mi-avril sera plus catastrophique qu'en mi-mars, à moins qu'il y ait encore une fois un relâchement des restrictions sanitaires au cours des semaines qui précèdent cette semaine de relâche scolaire prévue du 12 au 16 avril, dit-il.

Le Dr Hugues Loemba dans son bureau.

Le virologue Hugues Loemba, de l'Hôpital Montfort, à Ottawa

Photo : Photo fournie par le Dr Hugues Loemba

La Dre Anna Banerji, pédiatre et professeure à l'École de santé publique Dalla Lana, à l'Université de Toronto, croit qu'il aurait été préférable que le gouvernement Ford consulte les conseils scolaires et les enseignants avant de reporter le congé de mars. Pour elle, revenir en arrière maintenant sèmerait toutefois la « confusion ».

Une chose est sûre, dit-elle, les enfants ont besoin d'une pause, parce l'année a été très stressante.

« Espérons que d'ici avril, plus de personnes, particulièrement les gens vulnérables, auront été vaccinées. »

— Une citation de  Anna Banerji, professeure à l'Université de Toronto

Trop tard pour éviter un autre confinement?

Le professeur Dominik Mertz, directeur du Département des maladies infectieuses à l'Université McMaster, à Hamilton, pense que le report de la semaine de relâche en avril importe peu, parce qu'il s'attend à un autre confinement d'ici là.

Selon lui, ce congé devra d'ailleurs peut-être être déplacé à nouveau.

« Le mieux serait que la semaine de relâche coïncide avec la première semaine d'un possible autre confinement provincial [...] pour ne pas que les élèves perdent encore du temps de classe.  »

— Une citation de  Dominik Mertz, professeur à l'Université McMaster

Sa collègue Martha Fulford pense que reporter la semaine de relâche en avril a été une bonne décision pour permettre au moins plusieurs semaines d'enseignement ininterrompu en classe.

La spécialiste des maladies infectieuses affirme que les écoles devraient demeurer ouvertes, même s'il y a un autre confinement.

Rappelons-nous que les complications liées à la COVID sont très peu fréquentes chez les enfants et les jeunes, alors que la fermeture des écoles peut causer des torts importants, dit-elle.

Pour leur part, les syndicats d'enseignants continuent d'accuser le gouvernement Ford de ne pas les avoir consultés.

« Nous avons de la difficulté à saisir comment il est plus sécuritaire de demeurer à l’école avec le danger de la présence des variants qui plane sur les élèves et les travailleuses et travailleurs de l’éducation, surtout avec des salles de classe surpeuplées, mal ventilées et où il est rarement possible d'assurer une distanciation de deux mètres, obligatoire — de façon générale — partout ailleurs dans la société. »

— Une citation de  Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignants franco-ontariens

Le bureau du ministre de l'Éducation, Stephen Lecce, rétorque que la décision de reporter le congé de mars a été prise en suivant les recommandations entre autres du médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr David Williams, compte tenu de l'augmentation projetée des cas de variant au cours de la période à laquelle devait se tenir la semaine de relâche.

Caitlin Clark, l'attachée de presse du ministre, n'a pas répondu à nos questions quant à la possibilité de reporter à nouveau la semaine de relâche ou de l'annuler carrément, si les infections et les cas de variant augmentent. Il est très important que nous continuions à adhérer aux consignes de la santé publique et à ne pas voyager, pour arrêter la propagation de la COVID-19, dit-elle.

(Ce texte a été mis à jour pour ajouter la réaction du ministère de l'Éducation. Une version précédente de cet article indiquait que le bureau du ministre Lecce n'avait pas répondu à notre demande de commentaire. Radio-Canada avait, en fait, écrit par erreur à une porte-parole qui ne travaille plus au Ministère.)

Le gouvernement Ford doit annoncer cette semaine si les commerces non essentiels pourront rouvrir le 9 mars à Toronto et dans les régions de Peel et de North Bay.

L'ordre provincial de rester à la maison a été annulé dans toutes les autres régions de la province. Toutefois, les régions de Thunder Bay et de Simcoe Muskoka repassent, lundi, en zone grise, à cause de l'augmentation locale des infections.

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