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Quand la haine déferle sur les réseaux sociaux

Des icônes représentant différentes applications de réseaux sociaux sont affichées sur l'écran d'un téléphone intelligent.

Facebook dit avoir modéré près de 27 millions de contenus haineux entre octobre et décembre 2020, une augmentation d’environ 5 millions par rapport au trimestre précédent.

Photo : AFP/Getty Images / Chandan Khanna

Le nombre de commentaires haineux sur les réseaux sociaux explose, au point où certains pensent se taire, d’autres à les déserter. Pendant ce temps, les pouvoirs publics tardent à prendre des actions.

Il y a vraiment eu un point tournant où je me suis demandé : est-ce que le coût de cette parole en vaut la peine? relate Manal Drissi, chroniqueuse et scénariste qui écrit sur certains sujets comme le féminisme. Certaines de ses prises de position ont provoqué un déferlement de propos violents sur les médias sociaux contre elle.

« C’est vraiment un spectre de messages qui passent de la petite méchanceté aux menaces. Des gens traversent une ligne ou dépassent les limites, sans s’en rendre compte, parce qu’ils n’ont pas les outils pour s’en rendre compte. »

— Une citation de  Manal Drissi, chroniqueuse et scénariste

Les personnalités publiques ne sont pas les seules à être exposées aux propos haineux. Un simple coup de sonde dans un cours (sur Zoom, confinement oblige) auprès d’étudiants universitaires donne une idée de l’ampleur du phénomène.

Je suis rendu au point où j'ai supprimé tous les réseaux sociaux de mon téléphone, parce que c’est pratiquement juste ça que je vois, explique Pierre-Luc Mongeon, qui suit un cours d’information internationale avec le professeur Patrick White à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). J'ai l'impression que beaucoup de personnes, surtout en temps de pandémie, peuvent se rabattre là-dessus, plutôt que d'exprimer leurs opinions à la machine à café, renchérit un autre étudiant, Emmanuel Prince.

Les commentaires haineux en forte hausse

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) note une recrudescence importante mais progressive du nombre de dossiers traités en lien avec des commentaires haineux, sans pouvoir nous donner de chiffres précis. Le SPVM ajoute que cette hausse ne peut être associée à un seul facteur ou un contexte bien défini, comme celui de la pandémie.

À l’échelle mondiale, Facebook a révélé avoir modéré près de 27 millions de contenus haineux entre octobre et décembre 2020 dans son dernier rapport trimestriel de transparence sur la modération publié en février dernier. Il s'agit d'une augmentation d’environ 5 millions de contenus par rapport au trimestre précédent.

L’entreprise californienne soutient qu'environ 0,10 % du contenu publié est à caractère haineux. Elle se félicite d’intercepter de plus en plus de contenus automatiquement (97 %), avant qu’un utilisateur les signale.

Ces données n’incluent pas d’autres catégories comme le harcèlement ou l’intimidation (6,3 millions de contenus, près du double) ou encore des contenus liés au terrorisme, à l’exploitation sexuelle des enfants ou encore du contenu violent.

Sur Instagram, propriété de Facebook, le nombre de contenus haineux modérés entre octobre et décembre 2020 s’élève à 6,6 millions; 5 millions pour le harcèlement et l’intimidation.

Ces chiffres doivent être considérés avec prudence, estime Alexandre Coutant, professeur au Département de communication sociale et publique de l’UQAM. Les plateformes livrent leurs chiffres et elles livrent ce qu’elles veulent, précise-t-il.

« C’est vraiment à prendre avec des pincettes, parce que ça ne montre pas toute l'étendue des formes que peut prendre la violence. »

— Une citation de  Alexandre Coutant, professeur au Département de communication sociale et publique de l’UQAM

L’action des gouvernements se fait attendre

Au regard de cette situation, Manal Drissi plaide pour une action des pouvoirs publics. Dans une société où Internet prend autant de place, est-ce tellement absurde de faire une campagne à large échelle qui vise tout le monde, pour dire : il faut être civilisé sur Internet?

Une telle campagne ne devrait pas viser que les jeunes, croit Myriam Bercier, une étudiante qui suit elle aussi le cours d’information internationale à l’UQAM. Quand je suis arrivée au secondaire, on dirait que l’école a commencé à s’adapter. On a eu de plus en plus de formations sur la cyberintimidation. Les gens qui sont plus vieux n’ont peut-être pas vu ça à l’école.

Québec planche sur une telle campagne de sensibilisation pour la population générale, et non seulement les jeunes, à l’impact de l'intimidation et de la cyberintimidation. On ignore toutefois quand elle sera lancée.

De son côté, la porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Audrey Roy-Cloutier, explique avoir répété l'automne dernier sur les réseaux sociaux que ce n’est pas parce qu'on est derrière un écran qu’on ne peut pas faire face à la justice pour des propos menaçants et harcelants, une action due au contexte des derniers mois.

Du côté fédéral, le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, promet de déposer d’ici quelques semaines un projet de loi visant à lutter contre les discours haineux en ligne qui tiendrait responsables les géants du web des contenus diffusés sur leurs plateformes.

L’importance de gérer les communautés

D’autres gestes peuvent être faits pour améliorer l’ambiance sur les réseaux sociaux, selon le spécialiste Alexandre Coutant. Des études de cas démontrent que des personnes qui ont fait l'effort de mettre en avant quelques règles générales de savoir-vivre quand on est en train d'échanger, ça marche; ça marche très, très bien.

Il déplore que la gestion de communautés ne soit pas perçue comme une priorité. Le problème, c’est qu’on a souvent tendance à faire au plus vite. Or, une conversation de qualité, ça prend du temps. Ça prend quelqu’un qui est capable de l’organiser, de la cadrer et de la modérer.

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