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Mois de l'histoire des Noirs : le manque de diversité au football vu par de jeunes joueurs

Ballon de football posé sur le sol, joueur flous à l'arrière-plan.

Des joueurs de football noirs croient qu'il serait avantageux de pouvoir compter sur plus d'entraîneurs qui leur ressemblent (archives).

Photo : Radio-Canada

Ils ont entre 19 et 25 ans. Ils sont Noirs et ils dédient leur vie au football, un sport qui les passionne, mais qui ne leur ressemble pas toujours lorsqu’ils regardent les entraîneurs et les dirigeants sur les lignes de côté. Discussion avec quatre athlètes-étudiants d’Ottawa pour marquer la fin du Mois de l’histoire des Noirs.

Qu’est-ce que ce mois représente pour vous, à cette étape-ci de votre vie?

Willy-Pierre Dimbongui (WPD), receveur des Gee-Gees de l’Université d’Ottawa : Quand j’étais jeune, je ne voyais pas vraiment l’importance d’être Noir, je ne savais pas ce que ça voulait dire d'être Noir, mais avec l’âge et la maturité, j’ai pu vraiment comprendre comment me comporter. Ce sont des entraîneurs qui me ressemblent qui ont pris le temps de m’expliquer l’importance.

Katley Joseph (KJ), demi défensif des Black Bears de l’Université du Maine : Quand tu es jeune, tu sautes un peu par-dessus, mais quand tu deviens ta propre personne et que tu remarques où tu es dans la société, tu commences à comprendre la force du Mois de l’histoire des Noirs.

Un joueur de football tient le ballon et trois autre sont à sa poursuite.

Katley Joseph joue avec les Black Bears de l'Université du Maine.

Photo : Courtoisie : Katley Joseph

Alain Cimankinda (AC), joueur de ligne défensive des Ravens de l’Université Carleton : Tu es censé être fier d’être Noir chaque jour, mais en février, c’est le temps pour les gens qui n’en connaissent peut-être pas autant d’en apprendre davantage.

Shakespeare Louis (SL), demi défensif des Colonials de l’Université Robert Morris : Sur les réseaux sociaux, les gens publient des choses à propos des pionniers et ce qu’ils ont fait. Comme on est sur nos téléphones 24 heures sur 24, ça nous permet d’en apprendre plus sur notre histoire, sur ceux qui nous ont conduits où on est en ce moment et le travail qu’on a à faire.

Parlant de travail à faire, on en a beaucoup parlé, notamment en raison de la mort de George Floyd et du mouvement qui a suivi. Comment avez-vous vécu la dernière année?

KJ : D’une façon, ça m’a forcé à être plus impliqué dans la communauté pour répandre l’information, ce qu’on peut faire pour aider à vivre dans une société où on est tous égaux, avec moins de stéréotypes, moins de problèmes et plus de compréhension. Je suis allé à une manifestation avec Willy-Pierre. C’était bon de voir tout le monde là et d’arrêter d’être silencieux.

Un joueur de football sur le terrain le soir.

Shakespeare Louis portait l'uniforme de l'Académie Clearwater la saison dernière.

Photo : Courtoisie : Shakespeare Louis

SL : En grandissant, mes parents me disaient toujours de faire attention à cause de la couleur de ma peau, mais en même temps ils me disaient d’être moi-même. Ça crée de la confusion. La dernière année m’a montré qu’il y a beaucoup de travail qui doit être fait. En tant que jeune adulte, on doit vraiment commencer à montrer l’exemple aux plus jeunes et leur montrer qu’être Noir n’est pas un crime.

Une des façons de montrer l’exemple est la représentation. Les statistiques montrent qu’environ 70 % des joueurs de football sont Noirs, mais qu’ils sont très peu représentés chez les entraîneurs et les dirigeants des équipes, à tous les niveaux. Quel impact est-ce que ça a sur vous?

AC : Je me rappelle à Guelph, quand on a eu notre premier entraîneur noir, on était excités parce qu’on avait quelqu’un qui pouvait nous comprendre, qui savait ce qu’on vivait soit à la maison ou à l’extérieur. Il savait comment nous conseiller à parcourir ce chemin-là.

Ce n’est pas quelque chose que tous les joueurs noirs ont. Pour la plupart d'entre eux, ceux qui prennent les décisions chaque jour ne pensent pas à leur culture ou à leur façon de voir les choses. Ça peut rendre leur expérience très dure, quand ils sont loin de leur famille. Tu réalises les problèmes qui sont présents quand il n’y a pas des entraîneurs qui peuvent représenter 70 % de leurs joueurs.

Un joueur de football pose avec son uniforme devant le Parlement à Ottawa.

Willy-Pierre Dimbongui jouera avec les Gee-Gees de l'Université d'Ottawa la saison prochaine.

Photo : Courtoisie : Willy-Pierre Dimbongui

WPD : Je n’avais pas réalisé l’importance d’un entraîneur noir avant ma 12e année, quand j’ai rencontré coach Jean [Jean-Sorphia Guillaume]. Il n’était pas le premier entraîneur noir que j’ai eu, mais c’est vraiment lui qui a pris le temps de m’apprendre à être un membre de la société et à l’influencer de façon positive.

Mais être un entraîneur noir, ce n’est pas assez, surtout quand les jeunes partent de chez eux pour jouer dans une autre ville et qu’ils sont là tous seuls, tu deviens leur parent. Il faut que tu prennes le temps de parler aux jeunes et les aider, les faire grandir.

KJ : Tu dois être capable de te mettre dans les souliers du jeune et l’aider comme si c’était ton propre fils. Il te voit comme un deuxième papa pour qu’il t’aide, mais qu’il te dise aussi la vérité. Il peut avoir des vraies conversations avec toi et te dire quand tu n’as pas raison.

Un joueur défensif de football en action pendant un match.

Alain Cimankinda jouera avec les Ravens de l'Université Carleton, après avoir porté l'uniforme des Gryphons de l'Université Guelph.

Photo : Courtoisie : Alain Cimankinda

AC : Les entraîneurs sont des parents. Notre entraîneur-chef décide de notre horaire, quand on se lève, quand on va dormir, notre nourriture après les entraînements ou avant les matchs... Ne pas avoir quelqu’un qui porte attention à ta culture rend cette expérience-là un peu plus difficile.

SL : Il y a un manque de mentorat. Tu as besoin de quelqu’un qui peut te pousser à l’extérieur du terrain de football et qui peut te donner des leçons à propos de la vie.

Si tu peux compter sur un entraîneur, tu vas toujours donner ton 100 %, mais si l’entraîneur ne prend pas soin de toi, mentalement, il va y avoir un blocage qui va te ralentir, c’est sûr.

AC : C’est ce qu’on voit avec coach Jean, il est plus qu’un entraîneur, il est un mentor. C’est quelqu’un qui est là quand tout va bien et quand tout va mal. Il est là quand tu as de la peine ou que tu as mal joué, ou que tu as eu une mauvaise note à l’école.

WPD : Il y a beaucoup de jeunes avec qui on a grandi, ils nous ressemblent, mais parce que nous, on a été bénis avec un bon entraîneur, on est dans une bonne situation maintenant. Coach Jean m’a fait comprendre l’importance de mes études, avec qui je devrais m’associer.

Certains avec qui j’ai grandi sont en prison, d’autres sont dans des gangs de rue. Ils n’étaient pas des mauvais jeunes, ils n’avaient juste pas un bon mentor. Ils ont tous été athlètes, donc je ne les blâme pas, je blâme leurs entraîneurs parce que quand tu es jeune, tu penses que tu sais tout, mais tu ne sais rien.

AC : Les équipes auraient avantage à avoir des entraîneurs qui leur ressemblent, qui peuvent les aider à naviguer la vie parce que ce ne sont pas tous les entraîneurs qui ont les connaissances pour aider un enfant qui n’a pas grandi comme eux. Il faut plus de volonté.

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