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Deux cas de scorbut traités en un mois à Montréal

L'urgence de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont

Des mesures comme le couvre-feu ou simplement l'isolement ont ajouté un défi pour des gens qui étaient déjà fragiles avant la pandémie, estime l'intensiviste François Marquis.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

C'est une maladie d'une autre époque : celle des explorateurs et des marins. Le scorbut est rarissime au Québec de nos jours, et pourtant, deux cas ont été traités à Montréal en un mois seulement. Un type de carence potentiellement exacerbé par la pandémie.

Pour vous donner une idée à quel point c'est rare de voir deux scorbuts en quelques semaines : en 20 ans de carrière, j'en ai vu quatre, avoue François Marquis, intensiviste et chef des soins intensifs à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Le scorbut, c'est très graphique, ça fait des saignements. Ça fait des plaies qui ne guérissent pas. On a d'abord les gencives qui saignent et on va finir par perdre nos dents. De façon générale, on se sent très mal et on n'a pas d'énergie.

Une citation de :François Marquis, intensiviste

Une étude menée par des chercheurs de l’Université McMaster, en Ontario, a d’ailleurs démontré que non seulement le scorbut était toujours présent au Canada, mais qu'il menaçait surtout les membres les plus vulnérables de la société. Ils ont recensé 52 cas de déficit en vitamine C en neuf ans dans les deux systèmes hospitaliers de la ville de Hamilton.

Une conclusion qui résonne avec les deux cas recensés à Montréal. C'était un monsieur qui avait déjà un isolement social, qui avait déjà une aide à domicile assez précaire, explique le Dr Marquis. Mais il ne mangeait à peu près plus, parce qu'il n'était plus assez mobile pour aller chercher sa nourriture dans le congélateur... et donc il s'est affamé comme ça.

L'autre patiente qui a développé cette carence était aux prises avec des problèmes de santé mentale, terrorisée par la COVID-19. Elle ne sortait donc plus de chez elle et ne mangeait que des pâtes.

Un problème potentiellement causé par la pandémie

Des mesures comme le couvre-feu ou simplement l'isolement social causé par la COVID-19 ont ajouté un défi pour des gens qui étaient déjà fragiles, explique le Dr Marquis. Mais il y a aussi la peur de la COVID-19, qui est quelque chose de très réel. Et cette peur-là a été absolument envahissante [pour la patiente], au point d’arrêter complètement de sortir.

La cafétéria communautaire Multicaf, dans le quartier Côte-des-Neiges, à Montréal, offre des services alimentaires aux plus démunis. La précarité financière, la malnutrition, les problèmes de santé mentale sont plus nombreux depuis la pandémie, selon son directeur général, Jean-Sébastien Patrice, mais il est beaucoup plus difficile de joindre ces personnes vulnérables qu’avant.

Ces deux cas sont la pointe de l'iceberg... Moi, j’ai peur pour tous ceux qui sont encore chez eux en ce moment.

Une citation de :Jean-Sébastien Patrice, DG de la cafétéria communautaire Multicaf

On a perdu le contact d’environ 10 % des gens qu’on aidait avant la pandémie. Est-ce qu'ils ont changé de numéro? Est-ce qu'ils ont changé d'adresse? Les ressources communautaires, c'est un point d'ancrage pour les gens qui vivent dans une situation de précarité ou de pauvreté. Du jour au lendemain, ces ressources-là ont dû fermer. L'ancrage n'est plus.

Nous, sur les gens qui étaient membres, qui venaient ici tous les jours parce que c'était un milieu de vie, ils sortaient de leur isolement, ils venaient donner un coup de main à la cuisine. Mais tout ça, c'est fini.

Une citation de :Jean-Sébastien Patrice, DG de la cafétéria communautaire Multicaf

Pour pallier l’isolement, il est d’avis que tout le monde devrait mettre la main à la pâte.

Bien sûr, on peut demander au gouvernement de mettre sur pied des programmes, mais moi, je me demande ce que je peux faire individuellement pour mon voisin, aller cogner chez lui... La distanciation physique, ce n'est pas une distanciation sociale. Je peux, à deux mètres de distance, comprendre si ça va bien ou non.

Avec les informations de Jacaudrey Charbonneau

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