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La Protection de la faune du Québec peine à retenir ses jeunes agents

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs observe une hausse des départs volontaires ces dernières années.

Agent de la protection de la faune

Les agents de protection de la faune sont de plus en plus nombreux à quitter la force avant l'âge de la retraite.

Photo : Radio-Canada / Boualem Hadjouti

Alors que leur nombre chute depuis dix ans et que le recrutement est au ralenti depuis 2019, les agents de protection de la faune sont de plus en plus enclins à quitter la force avant l'âge de la retraite. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs suspecte un phénomène générationnel.

En entrevue à Radio-Canada, Philippe Laliberté, directeur général de la Protection de la faune du Québec (PFQ), parle de reconstruire et de rebâtir son contingent d'agents de la paix chargé d'appliquer la loi sur le territoire. Mais les défis sont nombreux, convient celui qui a été nommé à la tête de la force en 2018.

L'un d'eux est de retenir et de stabiliser le noyau d'agents déjà formés. Des plus de 420 qu'ils étaient en 2011 pour répondre aux quelque 12 000 signalements par année, le groupe oscille entre 340 et 380 personnes ces dernières années, atteignant l'un de ses seuils les plus faibles l'an dernier. Plusieurs officiers ont aussi quitté la force, laissant actuellement 19 postes vacants.

Pendant ce temps, plus de 500 000 permis de chasse ont été vendus au Québec en 2020.

Qui plus est, aucun agent n'a été embauché par l'État québécois depuis juin 2019. Si bien que, depuis 2016, le PFQ n'a réussi qu'à se maintenir à flot, remplaçant 111 des 114 départs. Et c'est sans oublier les suppressions de postes survenues sous l'ère libérale de Philippe Couillard.

Philippe Laliberté dirige la Protection de la faune du Québec depuis 2018

Philippe Laliberté dirige la Protection de la faune du Québec depuis 2018.

Photo : Courtoisie/Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Il y a 5 ans, 75 % des agents avaient plus de 35 ans. La situation s'est quelque peu améliorée depuis, mais 66 % avaient toujours plus de 35 ans l'an dernier, selon des documents du MFFP.

En plus des départs à la retraite passés et à venir, M. Laliberté témoigne d'un phénomène en émergence : les départs volontaires. C'est quelque chose qu'on ne voyait pas, dit-il. On est en analyse, en réflexion sur les facteurs en cause.

Auparavant, de un à deux agents par année délaissaient la PFQ en cours de carrière. Ce nombre a triplé pour atteindre entre six et sept annuellement, parfois plus. Le chiffre peut sembler petit, mais la question s'est tout de même imposée au sein de la direction : Pourquoi les jeunes partent?

Nouvelle génération

Une partie de la réponse pourrait être générationnelle.

Selon des données obtenues au Syndicat des agents de la faune, les départs volontaires se concentrent chez les agents ayant entre 3 et 10 ans d'expérience.

Devant la vague de départs en cours, Philippe Laliberté a demandé un portrait de ses effectifs lors de son arrivée en poste. Il y a des gens chez nous, qui sont plus en fin de carrière, mais qui ont été saisonniers pendant 18 ans, 20 ans, rapporte le gestionnaire. Or, chez les jeunes, être saisonnier pendant d'aussi longues périodes, c'est plutôt difficile.

Le plus haut gradé de la PFQ remarque une transformation des priorités et de l'équilibre travail-famille chez la plus jeune génération.

La génération d'aujourd'hui, ils ont des besoins, ils regardent la vie et le monde du travail différemment.

Une citation de :Philippe Laliberté, directeur général, Protection de la faune du Québec

Du point de vue M. Laliberté, la PFQ vit exactement les mêmes problèmes que dans le reste de la fonction publique. Les jeunes diplômés des différents domaines ont davantage le choix, souligne-t-il. Ainsi, s'il n'y a pas de poste disponible dans la région souhaitée, certains vont tout simplement aller voir ailleurs chez d'autres employeurs.

Et pour ceux qui accepteraient un poste en région éloignée, ils ont tendance à rester moins longtemps en affectation s'il n'y a pas d'ouverture dans leur région d'origine. Les gens sont moins enclins de quitter un grand centre et de s'y installer [en région] sur le long terme.

Pourtant, c'est justement là où les besoins se font sentir.

Des objets saisis, dont des éperlans, sont disposés dans des sacs sur une table.

Les agents de la faune ont notamment le mandat de lutter contre le braconnage. Ici, un exemple de perquisition dans la MRC des Basques.

Photo : Radio-Canada / Denis Leduc

Recrutement

S'il n'a pas d'objectif précis à atteindre, Philippe Laliberté rappelle qu'un processus de recrutement est en marche à la PFQ. Le 8 février, Québec a ouvert un concours gouvernemental afin de faire le plein de candidatures. On souhaite ainsi créer une première cohorte en plus de deux ans, en septembre prochain.

Entre-temps, la direction va afficher 30 nouveaux postes permanents, lesquels doivent être pourvus à l'interne parmi les agents déjà formés. Autant les saisonniers que les permanents pourront ainsi être en progression de carrière, selon Philippe Laliberté. L'objectif est de stabiliser les effectifs, dit-il, et d'offrir la chance à des temporaires d'avoir un poste à temps complet.

La Protection de la faune du Québec

  • Budget : 39 millions $
  • Salaires : 34 millions $
  • 80 bureaux à travers la province
  • 12 000 signalements par année
  • 9000 chefs d'accusation par année

Source : ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Les 19 postes de sergent seront aussi à combler parmi les employés déjà à l'emploi de la PFQ. Ça libère de l'espace pour les cohortes à venir qu'on vise à renflouer.

Ces affichages de poste coïncident avec un redéploiement des effectifs présentement en cours, un exercice réalisé tous les trois ou quatre ans. Le Syndicat des agents de protection de la faune affirmait la semaine dernière que cette opération était un enfer cette année. Le syndicat dit craindre une accélération des départs volontaires si l'employeur ne répond pas aux demandes de réaffectation de ses agents.

Je ne peux pas baser tout le monde à Québec, Montréal ou Sherbrooke, rétorque Philippe Laliberté. Et dans le cas d'un agent qui souhaiterait retourner près de chez lui sur la Côte-Nord, par exemple, encore faut-il qu'un poste y soit disponible, souligne-t-il.

Le pavillon en bois du Centre de formation des agents de la faune.

Le Centre de formation et de perfectionnement des agents de la faune est situé à Duchesnay. Aucune cohorte n'en est sortie depuis juin 2019.

Photo : Radio-Canada

Choisir ses combats

Quant aux différents mandats des agents, Philippe Laliberté ne cache pas qu'il existe un ordre de priorité au sein de la force afin de maximiser les effectifs.

Bien qu'ils aient la mission d'éduquer et d'intervenir auprès de la population en général, les agents ne se ruent pas vers le pêcheur qui aurait une truite de trop dans son panier. Ce n'est pas notre clientèle majeure, affirme le directeur général, soulignant du même souffle que les agents font malgré tout leur contrôle régulier sur le territoire.

La PFQ fonctionne davantage par enquête et vise à lutter contre le braconnage lourd. À cet égard, M. Laliberté se dit pleinement satisfait des résultats obtenus ces dernières années. On a de très bons résultats au Québec, dit-il. Le MFFP rapporte la perception de 3 millions de dollars en amendes chaque année.

Malgré cet optimisme, plusieurs voix dénoncent un manque d'agents sur le terrain. Le député péquiste Sylvain Roy, notamment, n'hésite pas à parler de démantèlement de la force.

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