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Un meilleur soutien informatique réclamé pour les élèves à la maison

Les centres de services scolaires souhaitent que le prochain budget provincial contienne des sommes supplémentaires pour améliorer le soutien informatique des élèves à la maison. Les comités de parents auraient souhaité une ligne téléphonique nationale.

Une mère aide ses enfants à faire des devoirs.

Une mère aide ses enfants à faire des devoirs.

Photo : Getty Images / Imgorthand

Nikita Dobrov ne risque pas d’oublier la question posée début février par l’une de ses filles, âgée de huit ans.

Elle a demandé à ma femme si elle avait eu, elle aussi, une piqûre dans son dos pour accoucher, se rappelle-t-il.

Ahuri par cette demande, ce père de famille qui habite à Longueuil consulte l’historique des recherches de sa fille avec l’ordinateur prêté par l’école primaire Gentilly.

Sur Youtube, ce consultant en informatique se rend compte qu’elle a vu un accouchement. Avec tous les détails, déplore-t-il.

Ce n’est pas le genre de vidéo qu’un enfant doit regarder à cet âge et on ne peut pas toujours rester à côté pour les surveiller, juge-t-il, en mentionnant que sa fille était perturbée et choquée.

Au cours des derniers mois, Nikita Dobrov, à l’instar de milliers d’autres familles québécoises, a dû composer avec l’école à la maison durant plusieurs semaines.

À trois reprises, la classe de ses enfants a été fermée et, en novembre, des ordinateurs ont été fournis par l’établissement scolaire pour suivre un programme à distance.

Il n’y a pas de contrôle parental sur l’ordinateur prêté par l’école. Les filles ont accès à tout ce qu’il y a sur Internet.

Une citation de :Nikita Dobrov, un père de famille
Nikita Dobrov, consultant en informatique

Nikita Dobrov, consultant en informatique

Photo : Radio-Canada / Nikita Dobrov

Mais impossible de mettre en place, directement soit même, ce contrôle parental. Seul un administrateur peut le faire.

J’ai demandé à l’école, puis à la commission scolaire. Je me suis perdu dans les dédales administratifs, soupire-t-il, en regrettant le peu de soutien informatique fourni aux enfants et aux parents.

En guise de réaction, le Centre de services scolaires Marie-Victorin (CSSMV) évoque la responsabilité parentale.

Si une famille décide de permettre à l’enfant l’utilisation du matériel informatique pour d’autres fins que la poursuite d’activités éducatives, c’est à la famille de déterminer la manière la plus juste d’en encadrer l’usage.

Une citation de :Alexandre Kozminski Martin, porte-parole du CSSMV

Les mécanismes de contrôle en place dans nos établissements cessent de fonctionner aussitôt que l' appareil quitte nos murs (et) lorsqu’un appareil prêté par l’école est utilisé à la maison, il se connecte sur le réseau du domicile, sous la responsabilité des parents, ajoute-t-il.

Nous inviterons donc sous peu les parents concernés à communiquer avec leur fournisseur d’accès Internet afin d’activer le contrôle parental s’ils souhaitent que l’outil informatique fourni par l’école soit utilisé au-delà des activités éducatives prévues, ajoute M. Kozminski Martin.

Un appel d’offres annulé

Près d’un an après le début de la pandémie, aucun soutien informatique national n’a vu le jour au Québec. Chaque centre de services scolaires ou établissement doit se charger d’aider les parents.

Au mois de décembre dernier, le ministère de l’Éducation avait pourtant sollicité des fournisseurs de services informatiques afin de mettre en place un Centre national d’appels pour des services de soutien informatique.

Ce centre devait offrir aux milliers d’élèves et de parents confinés à la maison le soutien informatique nécessaire pour faire l’école à distance.

Que ce soit pour du soutien à la connexion Wifi, au téléchargement d'applications de visioconférence, aux problèmes d’équipements (caméra, micro, imprimante, etc.), le fournisseur devait offrir un service en quelques minutes de 7 h 30 à 20 h, y compris le samedi jusqu’à 15 h. Ces indications figuraient dans l’appel d’offre initial.

Or Radio-Canada a appris que le ministère a annulé l’appel d’offre et a renoncé à mettre sur pied un tel centre d’appels. Pour justifier ce retrait, Québec met de l’avant une affluence des appels, provenant des parents, inférieure aux prévisions gouvernementales.

En janvier 2021, en collaboration avec les [centres de services scolaires] et vu le volume d'appels reçu par ces derniers entre septembre et décembre 2020, le Ministère a décidé de mettre fin au processus d’appels d’offres.

Une citation de :Bryan St-Louis, porte-parole du ministère de l’Éducation
La jeune fille est devant un ordinateur sur un bureau avec un cahier d'apprentissage et du matériel scolaire.

Une jeune fille suit un cours à la maison

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

L’entreprise Solotech était officiellement seule soumissionnaire.

De notre côté, la seule information que nous ayons reçue [...] est qu’il mettait fin au processus, souligne avec prudence Caroline Martel, directrice des opérations.

L’entreprise proposait ses services pour près de 900 000 $ pour l’année. Une option pour une année supplémentaire était envisagée.

Kevin Roy, président de la Fédération des comités de parents du Québec, regrette qu’un tel centre d’appels national n’ait pas été mis en place.

Il aurait été très intéressant d’avoir une ressource nationale, un numéro de téléphone où appeler, déclare-t-il.

Depuis le printemps, on est en demande afin d’avoir plus de soutien informatique pour les parents qui doivent organiser l’école à distance, en particulier pour les parents du primaire, dit Kevin Roy. Il est clair que ça demeure un besoin!

Des budgets supplémentaires réclamés

À la Fédération des centres de services scolaires du Québec (FCSSQ), on indique que le réseau préfère obtenir des budgets supplémentaires localement pour améliorer le soutien technique.

Les échos qu’on a, c'est que les centres de services scolaires voient d’un bon œil de gérer localement le soutien technique aux parents, notamment parce qu’ils n’ont pas tous les mêmes plateformes, que ce soit Google ou Outlook, explique la présidente Caroline Dupré.

On a clairement besoin que ce soit bonifié et c’est d’ailleurs l’une de nos recommandations à la consultation prébudgétaire du ministre des Finances : ajouter des sommes pour le soutien technique.

Une citation de :Caroline Dupré, présidente de la FCSSQ

Cette dernière rappelle que les équipes informatiques doivent se mobiliser lorsque des classes ou une école doivent fermer en raison d'une éclosion de la COVID afin d’assurer l’enseignement à distance. On dénombre régulièrement 900 à 1000 classes fermées un peu partout au Québec.

Mais il n’y a pas plus de techniciens, sans compter la gestion de tous les ordinateurs prêtés, regrette Caroline Dupré.

Des différences d'un centre de services à l'autre

Au Centre de services scolaire de la Pointe-de-l'Île (CSSPI) à Montréal, on souligne qu’il n’est pas possible, pour les enfants, de consulter des sites porno et des sites d’injures. Le contrôle parental se fait à partir du réseau sans-fil du parent, explique la directrice des services corporatifs Valérie Biron. De plus, la clé LTE du CSSPI prêtée à l’élève applique les mêmes filtres.

Au Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, nous avons mis à la disposition des parents une ligne de soutien technologique pour les aider en cas de besoin, écrit la porte-parole Annie Bourassa, qui précise que 16 500 appareils ont été distribués aux élèves.

Au Centre de services scolaire de Laval - qui a prêté près de 4000 appareils - le soutien technologique est avant tout offert au personnel en classe. L’accompagnement [pour le soutien informatique] est offert aux enseignants, précise la directrice adjointe Annie Goyette. Ils sont ainsi en mesure de soutenir les élèves dans plusieurs situations.

Québec doit aider les centres de services scolaires, dit QS

Du côté des partis d’opposition, on s’explique mal les décisions du gouvernement et du ministère de l’Éducation.

Selon la députée solidaire Christine Labrie, l’équipe de Jean-François Roberge doit impérativement aider financièrement ces centres de services scolaires pour leur permettre de fournir un soutien informatique adéquat.

C’est de la responsabilité du gouvernement de les aider financièrement. Il doit prendre en charge leurs dépenses liées à la COVID.

Une citation de :Christine Labrie, députée de Québec solidaire
Christine Labrie regarde au loin.

La députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie

Photo : Radio-Canada

Ça arrive trop souvent que les parents ne sachent pas à qui s’adresser pour obtenir de l’aide. On ne peut pas se permettre qu’ils perdent deux ou trois jours. Un soutien doit leur être offert rapidement, dans les plus brefs délais, affirme-t-elle.

Aux yeux de Marwah Rizqy, Québec est à la traîne. La députée libérale évoque l’augmentation sensible des “cyberprédateurs”, qui a déjà fait l’objet de rapport des forces policières au cours des derniers mois.

Les prédateurs sexuels se sont organisés. C’était connu, avance l’élue. Mais ce qui est inquiétant, c’est que le gouvernement et le ministère de l’Éducation n’ont pas mis de pare-feu dans les ordinateurs prêtés aux familles, sachant cela.

On assure un environnement sécuritaire à l’intérieur de l’école, mais l’ordinateur prêté par le gouvernement est une extension de l’école. Ils doivent s’assurer que l’environnement demeure sécuritaire, même à la maison.

Une citation de :Marwah Rizqy, députée du Parti libéral du Québec

À cause du confinement, il y a beaucoup plus d’enfants laissés à eux-mêmes sur une longue période de temps, soutient-elle. Je ne comprends pas pourquoi on ne permet pas aux parents d’avoir un ordinateur qui soit plus sécuritaire.

Avec la collaboration d'Alizée Dagort

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