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Le défi d'attirer et de garder les femmes en sciences et en ingénierie

Jeune femme travaillant sur un robot.

Même s’il y a de plus en plus de femmes dans les secteurs des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques, de nombreux efforts sont déployés pour en recruter davantage et les retenir sur le marché du travail.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

L’ingénieure québécoise Farah Alibay a fait sensation la semaine dernière avec l’atterrissage du robot Perseverance sur Mars. Sa passion contagieuse pour l’aérospatiale touche particulièrement les jeunes filles, pour qui Farah Alibay est un modèle.

Même s’il y a de plus en plus de femmes dans les secteurs des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), de nombreux efforts sont déployés pour en recruter davantage et les retenir sur le marché du travail.

L’an dernier, le Conseil supérieur de l’éducation déplorait que, dans le domaine numérique notamment, les femmes soient plus susceptibles de quitter leur profession en raison des biais de genre, de la discrimination ou du harcèlement.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, des adolescentes et des professionnelles ont accès à des programmes qui visent à faire tomber les mythes et les barrières.

Léanne Fortin, une élève de quatrième secondaire à l’École Jean-Gauthier, située dans le secteur de Saint-Cœur-de-Marie d’Alma, fait partie des Ambitieuses depuis deux mois. Il s’agit d’un groupe de jeunes filles du secondaire qui se réunissent virtuellement toutes les semaines afin de partager et développer leur intérêt pour l'entrepreneuriat ou les métiers à dominance masculine.

Moi, je sais déjà que ce que je veux faire plus tard, c’est être professeure. Mais je découvre des choses et je me rends compte que c’est des métiers auxquels je n’avais pas pensé et ça m’intéresse. Comme des métiers en forêt. C’est vrai qu’il y a beaucoup de gars, mais les filles font les mêmes tâches que les gars, c’est pareil! Justement, avec ça je suis en train de me demander si je pourrais faire ça aussi, parce que les métiers où il y a moins de filles, ils ont l’air vraiment intéressants, lance candidement Léanne. Elle précise que son premier choix demeure l’enseignement pour l’instant, mais qu’elle évalue d’autres possibilités.

Léanne n’est pas la seule de son âge à hésiter à se diriger vers un métier dit traditionnellement masculin. Selon un rapport de l’UNESCO publié en 2017, à l’échelle mondiale, les filles ne représentent que le tiers de la clientèle étudiante en sciences, technologie, ingénierie et mathématique.

C’est ce genre de constat qui a poussé le Collège d’Alma à développer un programme comme celui des Ambitieuses pour susciter l'intérêt des filles à l’égard de l’entrepreneuriat et du numérique. Le programme en est à sa troisième cohorte.

On a toute une section sur le leadership féminin, où là on va travailler des aspects pour solidifier la base, pour leur dire qu’elles sont capables d’aller vers ça, explique l’enseignante Josée Gauthier, qui se présente, lors d’un atelier, comme l’Ambitieuse en chef.

Emma Maltais, conseillère au CoLab du Collège d’Alma, croit que les filles n’ont pas de réelle possibilité de découvrir les professions des STIM.

C’est comme la raison facile de dire que ça ne les intéresse pas. On se rend compte qu’elles n’ont pas assez d’information, qu’elles ne connaissent pas la diversité des possibilités, qu’elles pensent que ce n’est pas pour les filles, que ce sont des métiers masculins, indique Emma Maltais,

L’an dernier, la première cohorte a reçu la présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec, Kathy Baig.

Elle a expliqué aux jeunes filles que lorsqu’elle a soumis sa candidature à la présidence de l’Ordre, cinq hommes, tous âgés de 50 ans et plus et connus, étaient aussi en lice. C’est elle qui a obtenu le poste.

Cette rencontre a marqué Marie-Pier Dufour, étudiante en génie chimique.

C’est sûr que je me suis sentie interpellée parce que veux, veux pas, elle a un peu le même parcours que moi. J’avoue que j’ai un petit syndrome de l’imposteur parfois lorsque j’arrive devant une demande de stage. J’hésite et je me demande : "Est-ce que je suis vraiment ce qu’ils recherchent?" Et je pense qu’avoir des modèles, voir des femmes qui ont déjà passé à travers, c’est des modèles auxquels je peux me rattacher et me dire que je peux réussir moi aussi, observe-t-elle.

Les premières Ambitieuses ont reçu Farah Alibay en conférence virtuelle quelques mois avant sa contribution à l'atterrissage du robot Perseverance sur Mars. Elle leur a raconté comment sa vie aurait pu changer en cinquième secondaire.

Je voulais être ingénieure en aérospatiale. Je me souviens d’aller voir cette madame-là qui me regarde et me dit : "Ouais, mais t’es une femme. C’est un domaine qui est dominé par les hommes, est-ce que tu es sûre que tu vas réussir?" Puis je la regarde et je lui dis : "Ben oui!" a raconté Farah Alibay l’été dernier.

Farah Alibay sourit pendant qu'elle se fait prendre en photo.

« Ma motivation, dans le fond, c’est l’exploration, c’est la découverte, c’est de faire avancer la science », dit Farah Alibay.

Photo : Courtoisie/Farah Alibay / Dan Goods

La jeune ingénieure, qui est née et qui a grandi à Montréal, inspire maintenant des femmes professionnelles réunies à leur tour dans un tout nouveau programme de réseautage virtuel organisé par la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord.

Oser

Osez avoir les cheveux rouges! Votre couleur à vous pour avancer, lance d’emblée Audrey Tremblay, coach en ressources humaines. Elle veut renforcer, auprès des 20 participantes du programme Leadership au féminin (LAF), le principe de l’affirmation de soi pour solidifier les assises de ces femmes dans leur milieu de travail.

Ces conseils ont été bénéfiques pour Marie-Josée Roy, comptable agréée et directrice d’un laboratoire scientifique à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Moi, ça m’a permis de développer ma confiance, parce que c’est clair qu’une femme qui n’est pas ingénieure dans un laboratoire d’ingénierie, au départ, fait face à une certaine réticence. Ça m’a pris pratiquement un an pour faire mes preuves et que les gens m’écoutent et qu’ils disent : "Ah, elle peut avoir de bonnes idées, malgré qu’elle n’est pas ingénieure et que c’est une femme", relate-t-elle.

Ce reportage sera diffusé à l'émission Desautels le dimanche

Ne pas avoir peur de rayonner. Voilà un message inspirant véhiculé par Audrey Tremblay qui résonne chez Isabelle Joly, directrice des ressources humaines chez Ubisoft Saguenay, où seulement le tiers du personnel est féminin. Elle est aussi membre de la cohorte de LAF, un programme d’abord lancé en 2019 au Saguenay, mais interrompu en raison de la pandémie de COVID-19.

Isabelle Joly constate que se développer et permettre aux employés de se développer dans un contexte parfois difficile relève souvent du défi.

C’est un milieu qui est surtout d’hommes, donc comment être leader dans un milieu comme ça? Nous, c’est une entreprise qui est un peu plus jeune. Est-ce que ça peut faire changer les choses? Assurément. Moi je n’ai jamais senti que je n’avais pas ma place en tant que femme.

Une citation de :Isabelle Joly, directrice des ressources humaines, Ubisoft Saguenay

Une industrie désireuse d’attirer les femmes

Le géant du jeu vidéo se préoccupe de plus en plus de la place des femmes au sein de l’industrie. Une page Web de son site est d’ailleurs consacrée à la promotion des modèles féminins. Pour soutenir sa croissance et ses besoins en main-d'œuvre, le studio d’Ubisoft à Saguenay, ouvert il y a à peine deux ans, se joint à toutes sortes de programmes de formation pour diversifier son personnel.

Un bâtiment en brique avec le logo d'Ubisoft.

Les nouveaux bureaux d'Ubisoft Saguenay sont situés sur la rue Racine, au centre-ville de Chicoutimi.

Photo : Radio-Canada / Rémi Tremblay

S’assurer qu’on est le plus attractif possible, qu’on a des modèles à travers différents rôles, différents métiers pour intéresser les gens à ces domaines-là, et à ces compétences-là des sciences appliquées, explique le directeur d’Ubisoft Saguenay, Jimmy Boulianne.

Il ajoute que ce type de métier n’existait pas il y a 20 ans.

Il y a plusieurs métiers du futur qui ont besoin d’avoir plus de gens qui développent ces compétences-là. Donc, d’avoir une diversité à tous les niveaux à l'intérieur de ces équipes de développement là, ça nous permet d’avoir plus de collisions d’idées, plus de réflexion à l’extérieur de la boîte. Ce n’est pas évident parce que c’est dans le temps qu’on va voir année après année comment on va avoir réussi à le faire du mieux qu’on peut et avoir intéressé le plus de monde possible, prédit Jimmy Boulianne.

D’après un reportage de Catherine Paradis

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