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Le jour où le Torontois Zénon Nicayenzi et son épouse sont « nés de nouveau »

Il a prêté serment devant son idole pour devenir umushingantahe, un médiateur issu de la tradition burundaise.

Un homme en costume traditionnel reçoit un sceptre lors d'une cérémonie en Afrique.

Zénon Nicayenzi a reçu le symbole de l'« Ubushingantahe » des mains de l'abbé Ntabona en 2000.

Photo : Avec l'autorisation de Zénon Nicayenzi

Avant la colonisation, des sociétés traditionnelles africaines disposaient de leurs modes de résolution des conflits. Si la plupart ont laissé la place au modèle occidental, tel n'est pas le cas pour le Burundi où l’Ubushingantahe continue de coexister avec les structures judiciaires classiques.

L’institution est même inscrite dans l’accord d’Arusha (Nouvelle fenêtre) pour la paix et la réconciliation au Burundi signé en 2000 entre les protagonistes de la guerre civile que le pays a connue après l’assassinat en 1993 du président Melchiore Ndadaye.

En langue burundaise kirundi, l’Ubushingantahe fait référence à un système de règlement des conflits par des notables désignés par la communauté. Ce modèle de justice de proximité est basé sur les valeurs qui fondent la société burundaise.

Des enfants participent aux corvées quotidiennes en périphérie de Bujumbura, capitale du Burundi.

L'« Ubushingantahe », une institution traditionnelle, est fondé sur les valeurs de la société burundaise.

Photo : Associated Press / Sam Mednick

Le recours par le Burundi à une institution traditionnelle pour concilier des parties en conflit se justifie notamment en raison de la lenteur des procédures judiciaires ainsi que la distance géographique, mentionne le site internet (Nouvelle fenêtre) de l’Assemblée nationale du Burundi.

Les bashingantahe, ces juges traditionnels, jouissent de l’estime de la société, parce qu'ils sont considérés comme des modèles.

Le Torontois Zénon Nicayenzi est membre de l’institution de l’Ubushingantahe depuis 20 ans. Pour devenir umushingantahe, le premier ministre de la Défense burundais a prêté serment devant son idole, l’abbé Adrien Ntabona, un des bashingantahe les plus respectés au pays.

Zénon Nicayenzi

Zénon Nicayenzi était ministre de la Défense jusqu'en 1963.

Photo : Radio-Canada / Radio Canada

Ce fut un très grand jour et c’est l’abbé Ntabona qui m’a donné le bâton de la sagesse. Mon épouse et moi-même avions senti une grande émotion, une grande reconnaissance envers ceux qui nous avaient aidés à cheminer avec les valeurs de l’Ubushingantahe, explique M. Nicayenzi.

Recevoir de l’abbé Ntabona le bâton, symbole de l’Ubushingantahe a marqué la vie de Zénon Nicayenzi. Il est un des rares prêtres en même temps mushingantahe. C’est merveilleux quand vous entendez parler et quand il conduit un enseignement, explique-t-il.

Le jour de notre assermentation, nous étions prêts comme véritablement ceux qui vont naître pour la deuxième fois. Nous étions bien préparés pour recevoir la consécration suprême devant la communauté, mais surtout devant l’abbé.

Une citation de :Zénon Nicayenzi

Devant l’abbé Ntabona, M. Nicayenzi a pris l’engagement de gérer des conflits sans tenir compte de l'ethnie, de la tribu ou du statut social des gens. J'ai prêté serment en ces termes : je veillerai au bien commun sans discrimination, raconte-t-il. Je donnerai raison à celui qui a raison et je donnerai tort à celui qui a tort. Qu’il soit mon fils, mon épouse ou mon parent.

Ubushingantahe : système burundais de droits coutumiers pour la résolution pacifique des conflits

Mushingantahe : notable, juge traditionnel, membre de l’institution de l’Ubushingantahe (bashingantahe au pluriel)

Ubuntu : philosophie et règle de vie en Afrique subsaharienne, fondée sur la compassion, le respect de l’autre et la croyance en un lien qui unit l’humanité

Le passé de Zénon Nicayenzi a été scruté, avant qu'il puisse intégrer l'institution. Il devait satisfaire aux exigences pour devenir un mushingantahe.

Après un long moment d’observation, la population a jugé que j’étais irréprochable, apte intellectuellement et spirituellement à veiller au bien de toute la communauté. C’est la consécration suprême.

Une citation de :Zénon Nicayenzi

D'après M. Nicayenzi, les règles qui régissent l'Ubushingantahe sont les mêmes à travers tout le Burundi. Tout est bien connu et bien codifié, précise-t-il. Dans tout le pays, nous avons les mêmes critères de choix des bashingantahe et le même serment.

Les valeurs de l'ubuntu

L’institution de l'Ubushingantahe prône les valeurs de l'ubuntu. Cette notion est d’origine sud-africaine. Nelson Mandela, l’ancien président de ce pays, faisait souvent allusion à ce concept pour le rapprochement entre les humains malgré les différences.

Nelson Mandela discute avec des gens à la sortie d'une réunion en 2007.

Nelson Mandela évoquait l'« ubuntu », dans des appels à l'unité et à l'inclusion en dépit des différences.

Photo : Associated Press / Peter Dejong

L’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi reprend aussi l’ubuntu parmi les valeurs culturelles traditionnelles positives qui doivent guider les Burundais.

L'ubuntu est le fondement même de l’institution de l’Ubushingantahe, car avec cette notion, l’homme n’est homme qu’avec, pour et par l’homme, comme disait Mandela, déclare le Torontois.

Il ajoute qu’en appliquant les valeurs de l’ubuntu, le mushingantahe met l’intérêt commun au centre de tout.

En tant que mushingantahe vous devez dépasser l'intérêt personnel pour être capable de servir le bien commun quoiqu’il en coûte, quoi qu’il arrive, même si votre vie doit être mise en danger.

L'Ubushingantahe parfois secoué

Selon Zénon Nicayenzi, l’Ubushingantahe a connu des moments d’hibernation. Pendant une vingtaine d'années, l'institution a été un peu mise de côté, explique-t-il. C’est avec l’accord d’Arusha qu'elle a été réhabilitée. D'après M. Nicayenzi, cette réhabilitation marque véritablement la renaissance de l'institution.

Le parlement burundais a adopté l’année passée une loi complétant des dispositions du code de procédure civile relatif à la restauration du conseil des notables de la colline.

Zénon Nicayenzi pense que cette loi enlève à l’institution d'Ubushingantahe son sens originel. Cette loi assimile le conseil des bashingantahe au conseil des notables, ce qui ne traduit pas l’âme du mushingantahe, se plaint-il.

L’ancienne loi a été abandonnée principalement en raison du déficit de son organisation qui entravait l’accès facile à ce mode traditionnel et alternatif de règlement des conflits, peut-on lire sur le site internet de l’Assemblée nationale du Burundi.

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