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Plus de 1200 logements manquants dans les communautés autochtones de l'Est-du-Québec

Une personne marche devant un alignement de maison dans la communauté innue de Uashat.

À Uashat mak Mani-utenam, sur la Côte-Nord, ce sont 500 logements qui manquent (archives).

Photo : Radio-Canada

Félix Lebel

Les listes d’attente pour obtenir un logement sont longues dans les communautés autochtones de l’Est-du-Québec. Alors que cette pénurie d’habitation est documentée par l’Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador (APNQL) depuis l’année 2000, les nouvelles constructions sont érigées au compte-gouttes dans les réserves.

Itinérance, problèmes sociaux, déménagements hors de la communauté faute de logements, les répercussions de ce manque d’habitations dans les communautés autochtones de l’Est-du-Québec sont nombreuses.

Le village isolée du réseau routier de Pakua Shipu en Basse-Côte-Nord compte présentement 72 maisons. Pour remédier aux besoins de la population de plus 300 personnes, il faudrait en construire 40 supplémentaires, indique le directeur des communications du conseil de bande, Gervais Malleck.

Il y a certaines personnes qui vivent à Sept-Îles parce qu’il n’y a pas de logements ici. Les constructions se font au compte-gouttes, lance M. Malleck. Ces données ne prennent pas en compte les besoins en logements pour les travailleurs de l'extérieur, ajoute-t-il.

Même son de cloche du côté d’Ekuanitshit où plusieurs maisons sont surpeuplées, indique le chef de cette communauté de la Minganie, Jean-Charles Piétacho.

Quand on a trois familles dans une maison, ça devient exigu.

Une citation de :Jean-Charles Piétacho, chef d'Ekuanitshit

En janvier dernier, le chef de Matimekush-Lac John implorait des investissements des gouvernements en matière de logements, car la pénurie contribue selon lui à la présence de membres de la communauté parmi la population itinérante du Québec.

Un coup de sonde dans les communauté autochtones de l'Est-du-Québec a permis de constater que la crise en habitation est toujours quasi généralisée.

Logements manquants par communauté :

  • Pakua Shipu : 40
  • Unamen Shipu : 110
  • Nutashkuan : 100
  • Ekuanitshit : 80
  • Matimekush-Lac John : 128
  • Uashat mak Mani-utenam : 500
  • Listuguj : 308

Il nous a été impossible d'obtenir les données de Pessamit, Kawawachikamach et de Gesgapegiag avant la publication de cet article.

À Essipit, sans fournir de chiffre précis, on indique cependant que les besoins ne dépassent pas l'offre. On a réussi à répondre à la demande tant bien que mal, précise la responsable des communications du Conseil de la première nation des Innus d'Essipit, Marie-Ève Théberge.

Un manque d’espace

De l’autre côté de la rive, à Listuguj, 60 des 2900 membres de cette communauté micmacs ont fait une demande formelle pour obtenir une maison en 2019 et 43 d’entre eux ont des enfants.

Les besoins montent cependant à 308 unités d’habitation si on inclut les membres qui ne vivent présentement pas à Listuguj, mais qui le souhaitent, ainsi que les résidents qui atteindront l’âge adulte dans quelques années, indique la responsable du département des capitales et des infrastructures, Jody Mitchell, en s’appuyant sur une étude menée en 2017.

Une voiture circule dans les rues enneigées d'une municipalité.

La communauté micmaque de Listuguj est située en Gaspésie (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Nous savons qu’il n’y a pas assez d’espace pour pouvoir construire beaucoup plus de maisons et les terrains que nous avons été en mesure d'acquérir n’ont pas les infrastructures nécessaires encore pour y accueillir des maisons. Pour mettre ces infrastructures en place, cela prendrait des ressources importantes, explique Mme Mitchell.

C’est les personnes les plus vulnérables qui subissent les contrecoups de ce manque de logements, ajoute-t-elle.

Des problèmes sociaux exacerbés

L’intervenante sociale pour Mamit Innuat à Unamen Shipu, Lucie Martin, a lancé un cri du cœur cette semaine sur sa page Facebook pour mettre en lumière l’impact de la pénurie de logements dans sa communauté.

L'intervenante se sent souvent impuissante, car elle voit des personnes forcées de retourner dans des foyers problématiques où il y a, par exemple, de la violence conjugale et des problèmes de toxicomanie, faute d’avoir un autre endroit où se loger.

Ça entraine beaucoup de problèmes sociaux. Ce qui m’inquiète, c’est que les jeunes parents ne savent pas où aller lorsqu’il se passe quelque chose à la maison et on n’a pas de ressources pour les aider. Il n’y a pas d’endroit où on peut les envoyer. [...] Souvent ils vont retourner à la maison parce qu’ils n’ont pas le choix, raconte Mme Martin.

Je me sens impuissante. Des maisons, je ne peux pas en construire!

Une citation de :Lucie Marin, intervenante sociale

D'essayer d’aider ton monde et de ne pas avoir les ressources, c’est assez décourageant, se désole-t-elle.

Un lieu pour accueillir les familles en situation de crise serait une ressource importante à développer à Unamen Shipu, pense l’intervenante sociale.

La rue Papamuteu et le magasin Kamatshenan

La communauté innue d'Unamen Shipu n'est pas connectée au réseau routier (archives).

Photo : Radio-Canada / Émile Duchesne

Un sous-financement?

Au micro de l’émission Boréale 138 cette semaine, le chef de la communauté d’Ekuanitshit, Jean-Charles Pietacho, a accusé le gouvernement fédéral de ne pas assumer pleinement ses responsabilités sur les réserves autochtones en ne finançant pas suffisamment le secteur immobilier dans les réserves.

C’est une responsabilité qui ne nous appartient pas de construire des logements dans nos communautés. C’est une responsabilité fédérale, mais on va devoir mettre de nos fonds autonomes pour réaliser un projet pilote de dix maisons, a soutenu le chef Piétacho.

À Unamen Shipu, le directeur de l’habitation, Sylvestre Mullen, estime que du financement serait nécessaire pour construire 17 maisons de plus annuellement que ce qui est présentement possible.

Ce qu’il nous faudrait pour diminuer cette pénurie de logements d’ici cinq ans, ce serait de construire 20 logements et plus par année. Ainsi, nous pourrions diminuer le surpeuplement dans certains logements et aussi éviter que certaines personnes qui sont en attente de logements doivent louer un appartement dans les centres urbains comme Sept-Îles, affirme M. Mullen.

La semaine passée, le conseil des Innus de Uashat mak Mani utenam annonçait son intention de construire 200 logements.

Si certains conseils de bande ont les reins assez solides pour construire des logements sociaux à même les fonds qu’ils génèrent, ce n’est pas le cas de tous, a indiqué le chef de l'APNQL,Ghislain Picard, lors de son passage à l’émission Bonjour la Côte mercredi.

En 2000, on avait déjà déclaré sur la base d’une vaste étude menée à l’échelle du Québec une crise du logement et, 20 ans plus tard, on se retrouve presque dans la même situation. On a un parc immobilier d’environ 15 000 logements au Québec alors qu’il en faudrait construire presque le double demain matin pour répondre aux besoins et s’afficher en équivalence avec les taux que connaît le Québec en occupation des logis, affirme Ghislain Picard.

Le chef de l’APNQL estime qu’en plus de la construction de nouvelles maisons, des travaux de rénovation sont parfois urgents dans les communautés.

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