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Le balado Sak Pase?, de Fabrice Vil : un espace de discussion sans filtre

L'avocat devenu entrepreneur social présente son premier balado.

L'homme prend la pose en nature.

Fabrice Vil, porte-parole francophone du Mois de l'histoire des Noirs, cofondateur de l'organisme Pour 3 Points et créateur du balado « Sak Pase? »

Photo : Mo'Fat Management / Alain Wong

Charles Rioux

« Sak pase? Qu’est-ce qui se passe avec toi? » Cette formule unissant le créole et le français ouvre chaque épisode du balado réalisé par Fabrice Vil, porte-étendard de la diversité et de l’égalité des chances au Québec. Au moyen de ces discussions ouvertes avec des personnalités médiatiques, l’avocat devenu entrepreneur social veut créer un espace de réflexion libéré des contraintes des médias sociaux ou traditionnels.

Que ce soit dans les médias écrits ou à la télévision, tout ce qu’on nous présente, ce sont des réflexions déjà faites. Sur les réseaux sociaux, c’est pareil. Il y a peu de place laissée à la conversation, à cet espace de dialogue qui n’est pas parfait, qui n’est pas fini, explique d’emblée celui qui a l’honneur cette année d’être le porte-parole francophone du Mois de l’histoire des Noirs.

Le parcours de Fabrice Vil est étonnant. Après avoir travaillé plusieurs années comme avocat au sein du cabinet Langlois Kronström Desjardins (maintenant Langlois), il a effectué en 2013 un virage à 180 degrés en quittant la pratique du droit pour s’investir à plein temps dans l’organisme Pour 3 Points, qu’il avait cofondé deux ans plus tôt avec cinq camarades.

La mission de Pour 3 Points consiste à accompagner les jeunes en milieu défavorisé par l’entremise des coachs. Les coachs accompagnés par Pour 3 Points aident ainsi les jeunes à développer les habiletés requises pour réussir à l’école et dans la vie.

Une vingtaine de personnes prennent la pose pour une photo à l'extérieur, avec des ballons.

L'équipe d'entraîneurs de Pour 3 Points

Photo : Page Facebook de Pour 3 Points

Depuis quelques années, l’entrepreneur social a élargi son combat pour prêter sa voix à différentes causes, dont la lutte contre le racisme systémique ou la brutalité policière, comptant sur plusieurs tribunes – il est notamment collaborateur à La Presse et intervient dans différentes émissions de télévision ainsi que sur les réseaux sociaux.

Sake Pase? : le pouvoir de la discussion

Avec son balado, Fabrice Vil veut maintenant donner la parole à d’autres. L’un de ses objectifs : retracer le processus de réflexion, parfois complexe, derrière certaines critiques émises envers la société, parfois réduites à leur plus simple expression dans les médias de masse, selon lui.

Jusqu’ici, le trentenaire a reçu sept personnes ayant des parcours totalement diversifiés, comme Naadei, candidate d’Occupation double chez nous, le rappeur Imposs et la commissaire à la lutte contre le racisme à Montréal, Bochra Manaï.

Dessin graphique de Fabrice Vil et Naadei avec le logo du balado Sak Pase. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les visuels de «Sak Pase?» sont signés Loogart.

Photo : Page Facebook de Fabrice Vil / Loogart

Par ailleurs, il souhaite que son balado ne se cantonne pas à l’étiquette diversité/inclusion qui teinte selon lui plusieurs de ses prises de position publiques. Au fil des conversations, il a tout de même constaté que l’enjeu des inégalités revient souvent, tout naturellement.

Sur sept invités – des personnes qui se réalisent, qui s’épanouissent –, il y en a trois qui ont été mises dehors de leur école au secondaire : Rito Joseph, Imposs et Naadei, avance-t-il.

C’est sûr que ça oblige à se questionner sur le fonctionnement du système scolaire, et ça n’avait pas été calculé. Dans aucun des cas je ne savais qu’ils avaient été mis dehors de leur école.

Dans la deuxième émission du balado, Naadei explique que ce n’est que dans la trentaine qu’elle a remis en doute les vraies raisons derrière son expulsion de deux écoles, elle qui était pourtant première de classe durant sa jeunesse en Abitibi.

J’étais toujours étiquetée comme étant une enfant à problèmes. En tant qu’enfant, tu ne peux pas rationaliser ça tout de suite, affirme-t-elle dans sa conversation avec Fabrice. Cette année, avec tout ce qui s’est passé, je n’ai pas eu le choix de me demander si j’avais volontairement écarté l’élément de la différence raciale, en voulant prendre tout le blâme et en me disant que c’était ma personnalité qui était problématique.

Des conversations du genre reviennent souvent, selon l’animateur.

Jouer avec les contrastes

Fabrice Vil attribue sa curiosité pour l’autre et sa capacité à cerner les violences invisibles auxquelles on participe parfois inconsciemment à l’environnement dans lequel il a grandi.

Ayant vécu à Anjou dans une famille haïtienne de classe moyenne, le jeune homme a fréquenté des écoles privées, comme l’Académie Michèle-Provost et le Collège Jean-de-Brébeuf. Il se dit très conscient des inégalités sociales qui l’entouraient à ce moment, comme encore aujourd’hui.

Il cite aussi son passage au Camp de Vacances Lac Simon, qui n’est pas étranger à sa sensibilité. Fondé il y a presque 65 ans, ce camp a pour mission d’offrir à de jeunes personnes défavorisées du quartier Pointe-Saint-Charles la possibilité de vivre une expérience de camp loin des pressions de la ville. Les monitrices et moniteurs sont tous des élèves du Collège Jean-de-Brébeuf.

C’est un camp qui a eu un impact significatif dans ma vie. Je pense que j’étais déjà sensibilisé aux enjeux des inégalités et ce camp-là m’a beaucoup rapproché de choses essentielles. La nature, de un. Et je pense que c’est un camp qui a rendu explicite pour moi à quel point j’aime observer ce qui se déroule en moi et autour de moi, explique-t-il.

[Pour 3 Points] n’aurait pas vu le jour si j’avais fréquenté uniquement des environnements plus aisés. La conscience de mon univers tient vraiment du fait que j’ai vu plusieurs contrastes.

Un homme et une femme sourient. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Fabrice Vil avec l'ex-première dame des États-Unis, Michelle Obama, à l'occasion de son passage à Montréal pour donner une conférence, en février 2018.

Photo : Page Facebook de Fabrice Vil

La lutte contre le racisme : entre robustesse et résilience

Discuter avec Fabrice Vil, c’est aussi l’occasion de l’écouter sur le progrès de la lutte contre le racisme au Québec, alors que le Mois de l’histoire des Noirs tire à sa fin.

« Malgré mon souhait que certains changements arrivent plus rapidement, je pense que les phénomènes de société et les mouvements sociaux, de tout temps, ce n’est pas linéaire, ce n’est pas rapide. Il y a une certaine lenteur et je comprends ça. »

— Une citation de  Fabrice Vil

La meilleure façon de faire avancer les choses passe-t-elle par la confrontation ou le compromis?

Dans son entrevue à Sake Pase?, Naadei affirmait ceci : Des fois, ça vaut la peine de se filtrer un peu, pour que ce qui passe à travers le filtre soit reçu par un plus grand nombre de personnes. Fabrice avoue accueillir en partie cette affirmation.

Pour moi, ce n’est pas l’un ou l’autre. La manière dont je le vois, c’est la recherche d’un équilibre entre la résilience et la robustesse. Par moments, c’est nécessaire d’être robuste pour affirmer certaines choses, et par moments, il faut être résilient; c’est une manière d’exercer une certaine patience.

S’armer de patience donc, mais sans perdre de vue que certains changements prennent trop de temps à s’opérer. Il cite en exemple le manque de diversité sur nos écrans.

Quand on parle du peu de diversité à l’écran, ce qu’on commence à voir de plus en plus, ce sont soit des rôles de figurants ou des rôles de périphérie. On est rendu au stade où l'on est capable d’avoir des personnes noires qui ont des rôles principaux.

Il souligne le bon coup de Jusqu’au déclin, qui a été vu par plus de 21 millions de personnes sur Netflix et qui met en vedette une héroïne noire, interprétée par Marie-Évelyne Lessard. Mis à part celui-là, il peine à se rappeler de rôles principaux interprétés par des personnes noires, sauf en remontant près de 30 ans en arrière.

Il faut que je recule en 1996. La télésérie Jasmine mettait en vedette Linda Malo, une policière noire dans le contexte montréalais. Et on parle de TVA, qui met en vedette une femme noire comme policière. Ça démontre qu’on est capable, parce qu’on a eu le courage de le faire.

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