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Quand le confinement n’est plus la solution privilégiée en France

« Le bon sens nous fait dire que d'être confiné va stopper l'épidémie. Est-ce qu'on en est si sûr? » - François-René Pruvot, représentant des directeurs médicaux d’hôpitaux français.

À Dunkerque, dans certains endroits, le port du masque est obligatoire à l'extérieur.

Un panneau d'avertissement dans les rues de Dunkerque

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

La « météo COVID » s’est assombrie en France au cours de la semaine. Au point où la menace d’un autre confinement plane sur les régions où habitent près de la moitié des Français. Le gouvernement se donne quelques jours pour évaluer la situation avec ses partenaires locaux.

Ces décisions, prises en fonction de territoires ciblés, soulignent le caractère hétérogène de l’évolution de la pandémie. Elles pointent aussi vers un changement dans la stratégie française.

Est-ce une façon plus efficace de lutter contre un virus qui se propage rapidement? Notre correspondant Yanik Dumont Baron en a discuté avec François-René Pruvot, le représentant des directeurs médicaux d’hôpitaux français (CME de CHU). Le chirurgien est aussi l’un des responsables du CHU de Lille, la capitale des Hauts-de-France, une région où le variant britannique circule très rapidement.

Le chirurgien François-René Pruvot dans son bureau.

Le chirurgien François-René Pruvot, représentant des directeurs médicaux d’hôpitaux français (CME de CHU).

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Yanik Dumont Baron : Depuis plus d’une semaine, la ville de Dunkerque vit une flambée des contaminations. Elles y sont quatre fois plus importantes que dans l’ensemble de la France. Est-ce principalement le variant britannique qui est en cause?

François-René Pruvot : Il y a probablement un effet combiné du variant britannique et des phénomènes comportementaux locaux. Depuis décembre, la région a gardé un niveau épidémique relativement élevé, un petit peu plus élevé que la moyenne nationale. Mais c'est hétérogène dans la région. La métropole de Lille a un taux d'incidence plutôt bas, par exemple.

À Dunkerque, l’incidence est à peu près de 900 positifs pour 100 000 habitants, alors qu'elle n’est, dans la moyenne nationale, que d'environ 200 et dans la métropole de Lille d’environ 300.

Dans la région de Dunkerque, il y a une tradition très forte, anthropologique, qui est le carnaval. Ce sont des festivités ancrées de manière culturelle très forte dans la population. On ne peut pas les supprimer totalement. Le maire de la ville a dit : Il n'y aura pas de carnaval effectif dans les rues. Mais les habitudes qui accompagnent ces festivités, qui sont plus familiales, conviviales finalement de groupe en groupe, ont quand même dû persister.

Ce carnaval, je pense que c'est une des raisons principales de la flambée des contaminations. Il ne faut pas aller chercher l’origine avec les migrants qui seraient du côté de Dunkerque, ils ont assez peu de contacts avec la population.

À Dunkerque, le confinement va clairement décapiter une partie de la diffusion du virus.

YDB : Quelles sont les conséquences de cette flambée sur les hôpitaux à Dunkerque et à Lille, qui possède des ressources hospitalières plus importantes dans la région?

FRP : À Dunkerque, nous avons déprogrammé (des interventions) de manière importante parce qu'il fallait réaffecter du personnel des plateaux techniques de certains services vers les soins critiques. Il y a actuellement plus de 230 malades COVID positifs hospitalisés, ce qui est énorme pour la taille de l’hôpital. À notre demande, les soignants ont essaimé une soixantaine de malades dans les autres hôpitaux, pour éviter une saturation, une paralysie complète.

Pour les autres hôpitaux de la région, nous ne sommes qu’au commencement de cette déprogrammation. C'est ça, vivre avec le virus! Il faut maintenir une activité hospitalière la plus normale possible, tout en accueillant un niveau permanent (de patients COVID contagieux).

Lors de la première vague, nous avions arrêté de prendre en charge certains malades (non-COVID). À Lille, nous n'avons pas fait ça en seconde vague et nous ne le faisons toujours pas actuellement. Aujourd'hui, dans notre hôpital universitaire, nous n'avons qu'environ 110 malades COVID. Nous sommes montés à presque 320 au moment de la deuxième vague à l’automne.

Dunkerque vit une flambée de COVID-19

Le Centre hospitalier de Dunkerque

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

YDB : Dans la situation actuelle, avec l’état de fatigue des soignants, la flambée des contaminations, faut-il davantage de mesures de freinage de la circulation du virus?

FRP : Est-ce que les mesures de freinage que l'on connaît sont à coup sûr efficaces? C'est une vraie question. Le bon sens nous fait dire que d'être confiné va stopper l'épidémie. Est-ce qu'on en est si sûr? C'est vrai lorsque le niveau épidémique de départ est relativement bas ou toujours maîtrisé. Aujourd'hui, ce n'est pas tout à fait sûr, car il y a une forte contamination intrafamiliale, plus de contacts, plus de convivialité.

Ce qui doit dicter l’imposition de mesures plus sévères, c'est lorsque l'alerte se fait dans les hôpitaux. On peut dire que pour Dunkerque, ce niveau est carrément atteint et donc justifie une mesure de confinement localisée. Mais dans la région, je pense qu'il faudrait sans doute encore une montée supplémentaire des cas de COVID pour nous faire dire que le confinement est une bonne mesure.

Les deux premières vagues nous ont appris à réorganiser notre hôpital avec la montée progressive des patients COVID. Nous sommes plus sereins qu'il y a un an ou qu'il y a six mois. 

YDB : Vos collègues directeurs médicaux d’hôpitaux à travers le pays sont majoritairement contre un confinement national, alors qu’ils étaient pour en janvier. Que s'est-il passé?

FRP : En janvier, il y a eu du fantasme. On a commencé à parler du variant britannique qui allait nous envahir, et il y a eu (dans les Alpes-Maritimes, en Moselle notamment) une élévation du niveau épidémique qui pouvait faire craindre le retour d'une troisième vague.

Donc, nous avons tous eu peur. Nous nous sommes dit qu'il faut faire comme si c'était un nouveau virus, comme on a fait en 2020. Mais, progressivement, nous avons vu que le niveau des nouveaux patients ne montait pas, hormis en Moselle. Nous avons appris ensuite que le variant britannique se substituait au virus naturel.

Nous ne sommes pas pour le confinement. Quand j'ai refait ce sondage auprès de mes collègues (début février), nous maîtrisions la situation. Je n’ai pas refait de sondage depuis, mais je pense que nous aurions presque autant de collègues contre le reconfinement, en tout cas contre un reconfinement national.

Un labyrinthe de cônes orange guide les gens vers l'entrée du centre de dépistage

Le palais des congrès de Dunkerque où se fait le dépistage.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

YDB : Le gouvernement français parle beaucoup de régionaliser les réponses aux flambées des cas. Ça vous semble être la voie logique dans la situation épidémique actuelle?

FPR : Oui. D’abord, ça officialise l'hypothèse selon laquelle une partie de la montée de l'épidémie est liée non pas aux virus et aux variants eux-mêmes, mais aux comportements sociétaux dans une région donnée.

Deuxièmement, dès la première vague, on a vu que le confinement pour les régions de l'ouest de la France avait été excessif. Là-bas, ils sont restés à des taux d'incidence du virus extrêmement bas. Il n'y a eu aucune saturation de leurs hôpitaux.

Je pense qu’au printemps, s'il y avait eu un confinement sur la partie Est du pays seulement, en plus de la région parisienne, ça aurait probablement eu les mêmes effets. Donc oui, il faut régionaliser les réponses à ce virus.

Cette entrevue a été condensée et éditée pour des motifs de clarté.

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