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Les parents d'une jeune qui s'est enlevé la vie dénoncent des failles du système

Lexi Daken, jeune fille souriante.

Lexi Daken est morte mercredi matin à l'âge de 16 ans.

Photo : Gracieuseté/Chris Daken

Radio-Canada

Le père de Lexi Daken, Chris Daken, affirme que personne qui la connaissait n’aurait pensé qu’elle pourrait s’enlever la vie. La personnalité enjouée et le sourire de la jeune de 16 ans masquaient sa douleur intérieure, explique sa mère, Shawna Betts.

L’adolescente, élève en dixième année à l’école secondaire Leo Hayes à Fredericton, est morte mercredi matin dans la maison familiale à Maugerville.

Ses parents sont bouleversés, mais ils en parlent publiquement dans l’espoir d’entraîner du changement dans le système de santé. Ils jugent que ce dernier a échoué au moment où leur fille avait besoin d’aide.

Lexi a consulté un conseiller en orientation le 18 février, qui a reconnu qu’elle avait des problèmes de santé mentale, explique son père. Le conseiller a immédiatement emmené l’adolescente à l’hôpital Dr Everett Chalmers, où elle a attendu huit heures pour consulter un professionnel de la santé mentale.

Lexi Daken dans son uniforme de joueuse.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lexi Daken aimait beaucoup jouer à la balle molle.

Photo : Gracieuseté/Chris Daken

Lexi, selon Chris Daken, a dit qu’une infirmière à l’hôpital l’avait informée qu’il aurait fallu attendre deux heures de plus pour faire venir un psychiatre.

Selon Shawna Betts, ces interactions ont mené sa fille à se sentir comme étant un fardeau. Le personnel, dit-elle, a demandé à sa fille si elle allait vraiment leur demander d’appeler ces personnes.

Lexi a finalement quitté l’hôpital avec une référence médicale, mais la famille n’a reçu aucun appel et l’adolescente s'est ôté la vie mercredi matin.

Shawna Betts souhaite du changement quant aux soins des patients qui se présentent au service des urgences pour des problèmes de santé mentale. Ces patients, dit-elle, ne devraient pas être renvoyés chez eux parce que leurs blessures sont invisibles.

Les premiers signes de détresse

Chris Daken espère que l’histoire de sa fille aidera d’autres parents à reconnaître les signes de problème de santé mentale chez leurs enfants.

Ces signes sont parfois difficiles à distinguer, particulièrement chez une personne qui a l’air heureuse. M. Daken décrit sa fille comme une personne dynamique, sociable, athlétique et intelligente.

Lexi Daken, souriante, dans un parc.

Lexi Daken était une élève assidue. Elle a commencé à démontrer certains signes de dépression l'été dernier.

Photo : Gracieuseté/Chris Daken

Elle était bonne élève, travaillait fort et était perfectionniste, dit-il. Quand elle devait subir un test, elle visait toujours la note de 100 %, voire plus si le test comprenait des questions optionnelles.

Chris Daken dit avoir commencé à remarquer de premiers signes de dépression chez Lexi l’été dernier. Elle dormait plus tard qu’auparavant, elle passait plus de temps dans sa chambre et exprimait moins d’enthousiasme, même au sujet de la balle molle, qui était son sport favori.

Mais beaucoup de parents constatent ce genre de chose chez leurs adolescents et Chris Daken a cru que c’était normal.

En novembre, toutefois, Lexi a consommé des médicaments. Elle a ensuite eu peur et a appelé le 911. Chris Daken affirme que c’était une révélation et un choc pour la famille, qui a compris que les problèmes de Lexi étaient graves.

L’adolescente a vu un psychiatre cette nuit-là et elle a reçu une référence médicale pour le suivi. Mais personne n’a fait de suivi auprès de sa fille, affirme M. Daken, et la famille a retenu les services privés d’un conseiller en soutien psychologique. M. Daken dit estimer que sa fille avait besoin d’un plus grand soutien.

Le père de Lexi soupçonne qu’elle a souffert en silence pendant des années derrière le sourire qu’elle maintenait pour ses proches.

Dès sa sixième ou septième année, dit-il, elle a fait un travail scolaire au sujet de la dépression. Il ne sait pas si elle se considérait déjà à ce moment comme souffrant de dépression, mais il pense qu’elle était consciente de la situation et qu’elle avait choisi ce sujet pour mieux comprendre ce qu’elle ressentait et réagir à cela.

Sa mère dit que la pandémie a accentué le problème. Même si sa fille passait des heures à converser en ligne avec ses amis, elle se sentait plus isolée qu’auparavant parce qu’ils ne pouvaient se rassembler, explique Shawna Betts.

Les trois jeunes devant un sapin de Noël.

Lexi (à droite) avait deux sœurs : Brennah (à gauche), et Piper.

Photo : Gracieuseté/Chris Daken

Après sa première tentative de suicide en novembre, les membres de la famille communiquaient plus avec elle quand était dans sa chambre. Sa sœur aînée, Piper, 19 ans, communiquait souvent avec elle au petit matin et elle l'amenait occasionnellement au restaurant en soirée.

La famille était encore plus vigilante durant la dernière semaine de la vie de Lexi, poursuit Chris Daken. Il y avait des invitations et des activités étaient planifiées, dont une sortie de pêche récréative.

M. Daken affirme qu’il a amené Lexi visiter d’autres membres de la famille à Saint-Jean, mardi, et qu’ils ont passé de bons moments à converser dans la voiture à l’aller et au retour. Il a souhaité bonne nuit à sa fille vers 23 h. Lexi a continué de communiquer avec ses amis par téléphone durant la nuit. Elle a envoyé son dernier message vers 3 h.

À 3 h 30, Chris Daken a trouvé Lexi inconsciente dans sa chambre et il l’a transportée de toute urgence à l’hôpital. Son état s'est toutefois détérioré durant la matinée et elle est morte vers 11 h.

La famille attend le rapport d’analyse toxicologique.

Des démarches pour du changement

Chris Daken et Shawna Betts ont consulté le défenseur des droits des patients à l’hôpital et l’ombudsman du Nouveau-Brunswick dans l’espoir d’entraîner un changement en matière de soins des maladies mentales.

Quand une personne prend la peine d’aller à l’hôpital en pleine pandémie, c’est parce qu’elle a besoin d’aide immédiatement, affirme Mme Betts. Elle qualifie de médiocre le service reçu parce que sa fille a attendu huit heures et qu’elle a fini par se sentir comme étant un fardeau. Il faut corriger cela, explique-t-elle.

Égoportrait des deux jeunes filles.

Lexi Daken, 16 ans, en compagnie de sa sœur Piper, 19 ans.

Photo : Gracieuseté/Chris Daken

Le Réseau de santé Horizon, responsable de l’hôpital Dr Everett Chalmers, ne précise pas s’il a ouvert une enquête interne. Mais la vice-présidente aux services de qualité et aux soins centrés sur le patient Margaret Melanson explique qu’on accorde la plus haute importance à toute préoccupation exprimée au sujet des soins aux patients. Horizon, assure-t-elle, est toujours disposé à en discuter et à offrir son appui et ses conseils.

La ministre de la Santé Dorothy Shephard a adressé un message de sympathie à la famille dans une déclaration écrite envoyée à CBC. Elle se dit préoccupée.

Nous devons reconnaître que chaque jour où nous gardons en place un système qui ne répond pas aux besoins des gens, nous perdons une occasion de guérison. C'est le temps de réparer ce système brisé et répondre réellement aux besoins des Néo-Brunswickois, peut-on lire.

La ministre Shephard a présenté mardi son plan d'action pour la santé mentale.

Le premier ministre Blaine Higgs a lui aussi partagé ses préoccupations et offert ses condoléances lors du point de presse sur la COVID-19 de vendredi.

De son côté, le directeur de l’école Leo Hayes, Jeff Holder, affirme que le personnel et les élèves sont profondément bouleversés. L’école, souligne-t-il, fait tout ce qu’elle peut pour répondre aux besoins des élèves et de leurs familles.

L’école, précise M. Holder, a déjà donné des conseils aux parents qui ont perdu leur enfant. Il ajoute que des services de soutien psychologique sont offerts aux élèves et aux enseignants.

D’après un reportage de Mia Urquhart, de CBC

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