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Manifestations au Myanmar : l'ambassadeur birman à l'ONU dénonce la junte

Des dizaines de policiers alignés avancent en présentant leur bouclier.

La police avance pour disperser des manifestants à Rangoon.

Photo : afp via getty images / Sai Aung Main

Agence France-Presse

L'ambassadeur du Myanmar à l'Organisation des Nations unies (ONU), Kyaw Moe Tun, a pris vendredi ses distances avec la junte militaire du pays en lançant un appel à « la fin du coup d'État » et en réclamant à la communauté internationale l'action « la plus forte possible » contre ses responsables, au moment où la police dispersait des manifestants dans trois grandes villes du pays.

Nous avons besoin de l'action la plus forte de la communauté internationale pour immédiatement mettre fin au coup d'État militaire, mettre fin à l'oppression du peuple innocent et rendre le pouvoir de l'État au peuple, a déclaré Kyaw Moe Tun au cours d'une session spéciale de l'Assemblée générale consacrée à son pays.

À des milliers de kilomètres de là, les forces antiémeutes birmanes ont dispersé à Rangoon des centaines de personnes ayant manifesté pour demander le rétablissement de la démocratie et la libération d'Aung San Suu Kyi.

Le Myanmar (ex-Birmanie) est traversé par une vague de colère qui a vu jusqu'à des centaines de milliers de manifestants investir la rue quotidiennement contre la junte au pouvoir depuis le coup d'État du 1er février.

Dans certaines villes, la police et l'armée ont usé de la force, mais à Rangoon, les autorités avaient fait preuve de retenue jusqu'ici, se contentant d'une présence policière et de barricades à plusieurs points stratégiques de la capitale économique.

Des milliers d'étudiants défilent le long de la route principale.

Des milliers d'étudiants défilent le long de la route principale lors d'une marche contre le coup d'État à Mandalay, au Myanmar, le vendredi 26 février 2021.

Photo : Associated Press

Mais vendredi, la police antiémeute s'est déployée autour des carrefours clés de la cité, et elle est allée au contact des manifestants – pour la plupart assis et scandant des slogans en faveur de la démocratie – pour les sommer de se disperser.

Plus de 31 personnes ont été arrêtées, selon les médias officiels. Un reporter japonais indépendant a été interpellé avant d'être relâché.

Selon des témoins de la scène, le journaliste, Yuki Kitazumi, a été frappé à la tête avec une matraque, mais il portait un casque, a expliqué sur Facebook son assistant, Linn Nyan Htun.

Plusieurs policiers, masqués, casqués et armés, marchent aux côtés d'un homme torse nu blessé à l'oeil.

Des policiers escortent un protestataire blessé à l'œil, après la dispersion d'une manifestation à Rangoon.

Photo : Getty Images / AFP/Pigiste

Près du carrefour Myaynigone, un quartier résidentiel, les manifestants ont érigé des barrières avec des tables et des barbelés pour empêcher les policiers de les arrêter.

Casques de sécurité sur la tête, les manifestants scandaient : L'échec de la dictature est notre cause, notre cause!, un refrain chanté lors des rassemblements antijunte.

Près d'un autre carrefour au centre-ville, Hledan, les manifestants s'éloignaient de l'artère principale en courant alors que des policiers se rapprochaient d'eux, lentement, et alignés.

Si vous ne le faites pas, nous devrons vous disperser par la force! a annoncé la police par mégaphone.

Une fois la circulation rétablie, certains automobilistes lançaient le salut à trois doigts, un symbole de résistance.

Des étudiants en médecine affichent des images de la dirigeante birmane déchue Aung San Suu Kyi lors d'une marche de rue.

Des étudiants en médecine affichent des images de la dirigeante birmane déchue Aung San Suu Kyi lors d'une marche de rue à Mandalay, au Myanmar, le vendredi 26 février 2021.

Photo : Associated Press

Des manifestations ont aussi eu lieu vendredi à Mandalay, la deuxième plus grande ville du pays.

Des milliers de personnes se sont rassemblées devant le plus grand centre commercial local, principalement vêtues de blanc et portant des masques ainsi que des chapeaux avec du rouge, la couleur de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi.

Alors que les manifestants s'écartaient, la police a utilisé des lance-pierres pour les faire partir. Cinq personnes ont été blessées, dont une grièvement, selon un médecin, Thet Htay.

À Naypyidaw, capitale du Myanmar, des contestataires ont fui la police antiémeute, qui les a poursuivis en lançant des grenades assourdissantes.

Selon la télévision d'État, 39 personnes ont été arrêtées au cours des manifestations à Mandalay, et 25 à Naypyidaw.

Depuis le coup d'État, quatre personnes ont trouvé la mort lors de manifestations, et une autre est morte au cours d'une patrouille nocturne, tandis que l'armée a signalé de son côté qu'au moins un policier avait été tué.

Par ailleurs, plus de 720 personnes ont été arrêtées.

L'émissaire de l'ONU condamne les mesures de la junte

L'émissaire de l'ONU pour le Myanmar, Christine Schraner Burgener – qui est interdite de s'y rendre –, a condamné fermement vendredi, devant l'Assemblée générale de l'ONU, les dernières mesures prises par la junte au pouvoir, ajoutant un appel à l'action internationale pour un retour de la démocratie dans ce pays.

Les actions de l'armée ne sont pas justifiées, et nous devons continuer d'appeler au renversement de cette situation inadmissible en épuisant toutes les voies collectives et bilatérales pour rétablir le Myanmar sur la voie de la réforme démocratique, a-t-elle dit par liaison vidéo aux 193 membres de l'Assemblée générale.

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