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Analyse

REM de l'Est : le projet aérien est le seul possible, selon le PDG de la Caisse

Le type de station du Réseau express métropolitain qui apparaîtra sur la rue Notre-Dame.

Le patron de la Caisse de dépôt affirme que son équipe a exploré un tracé aérien et six scénarios d’insertion souterraine avant de conclure à la non-faisabilité d’un projet de REM de l'Est sous la terre.

Photo : Caisse de dépôt et placement du Québec

Le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec n’en démord pas : il n’est pas possible d’imaginer un projet souterrain pour le REM de l’Est qui serait rentable et qu’on pourrait développer rapidement.

Ça coûterait le triple, ça rallongerait les délais du double; ce n’est pas quelque chose qui aurait un niveau de risque qui serait acceptable à prendre comme investisseur, a dit Charles Emond en entrevue à Zone économie, jeudi soir.

On regarde seulement au niveau du tracé aérien, a confirmé le grand patron de la Caisse, après avoir réitéré que son équipe avait exploré un tracé aérien et six scénarios d’insertion souterraine avant de conclure à la non-faisabilité d’un projet de train sous la terre.

Ce n’est pas comme si on avait un biais, au départ, vers l’aérien. Même avec des firmes indépendantes externes, personne ne recommande l’insertion souterraine. On dit souvent que la Caisse, c’est une question de rendement. C’est plutôt une question de risque. Il y a des éléments bloquants, il y a des choses qu’on ne peut pas faire assumer comme risques à nos déposants et même, je dirais, aux Québécois, a ajouté M. Emond.

Plusieurs citoyens et experts ont fait part de leurs craintes quant à un projet aérien. La mairesse Valérie Plante n’est pas convaincue par cette option. Néanmoins, Charles Emond se veut rassurant. La dernière chose qu’on veut faire, c’est un projet qui va défigurer le centre-ville. Je comprends l’analogie avec les poutres sur l’autoroute, mais on ne regarde pas non plus à faire la même chose au centre-ville qu’en bordure d’une autoroute, a-t-il affirmé.

L’année des extrêmes

L’année 2020 n’aura pas été de tout repos pour Charles Emond. L’année des extrêmes, nous a-t-il dit pour qualifier son premier exercice comme PDG de la Caisse alors que la pandémie a secoué l’économie mondiale et les marchés financiers.

D’une part, le résultat du dernier exercice montre que le portefeuille de la Caisse de dépôt est bien diversifié, équilibré et résilient, pour reprendre le mot préféré de Michael Sabia durant son règne. Le rendement de 2020, à 7,7 %, n’est pas gênant, même s’il est plus faible que l’indice de référence de la Caisse, à 9,2 %.

À titre de comparaison, OMERS, la Caisse de retraite des enseignants de l'Ontario, a généré un premier rendement négatif depuis 2008, soit -2,7 %; un résultat franchement embarrassant.

Pour la Caisse, son résultat signale que les choix qui ont été faits dans le passé lui permettent de protéger ses déposants. Ces choix soulèvent toutefois certaines questions sur le positionnement stratégique de la Caisse.

Le problème de l’immobilier

La première, ce sont ses placements immobiliers. Son rendement en 2020 dans ce secteur est de -15,6 %, alors que l’indice de référence affiche -1,7 %. C’est non seulement négatif, mais l’écart est considérable.

La Caisse a beaucoup misé sur les projets immobiliers dans les dernières années, particulièrement dans le secteur des centres commerciaux, dont les défis d’opération étaient déjà apparents avant la crise. La disparition de grandes chaînes a obligé les centres commerciaux à repenser l’occupation de leurs espaces.

Et les achats en ligne ébranlent le secteur du commerce de détail depuis des années. La Caisse est entrée dans la crise, au premier trimestre de 2020, avec des investissements persistants dans les centres commerciaux qui lui ont finalement coûté cher.

Dans le portefeuille immobilier de la Caisse, il y a beaucoup d’immeubles de bureaux, qui se sont vidés depuis le début de la crise. Cette situation était imprévisible. Personne n’a vu venir la COVID-19, son incidence sur l'économie et le déplacement vers le télétravail qui a suivi.

Cela dit, depuis cinq ans, le rendement moyen de la Caisse dans l’immobilier est de 1,1 %, contre 5,3 % pour l’indice de référence. Et, depuis 10 ans, le rendement moyen est de 6,5 %, contre 9,7 % pour l’indice de référence. La Caisse connaît des ratés sur le plan de l’immobilier, un secteur volatile et sensible, depuis un certain temps déjà.

Il est clair qu'elle doit accélérer son virage et qu'elle doit certainement poursuivre son repositionnement vers les secteurs industriel, logistique et résidentiel.

Une prudence bienvenue, mais moins payante

Une autre question se pose sur les choix d’investissements de la Caisse de dépôt et placement du Québec en matière d'actions. Le PDG Charles Emond affirme que la Caisse est sur la défensive sur les marchés boursiers, et à l'offensive dans ses placements privés. Le résultat pour 2020 est un rendement décevant pour les marchés boursiers, compte tenu de la forte progression des titres technologiques et du marché américain. La Caisse a enregistré un rendement de 8,3 %, alors que son indice de référence s’est positionné à 12,9 %.

Le portefeuille des marchés boursiers est le plus important à la Caisse. Le rendement de 8,3 % équivaut à un ajout de 9,2 milliards de dollars à l’actif. À près de 13 %, comme l’indice de référence, la Caisse aurait pu ajouter de 4 à 5 milliards de dollars supplémentaires. Sa surexposition au marché boursier canadien et sa sous-exposition aux titres technologiques lui ont cependant coûté cher. Et il est trop tard, certainement, pour profiter de l’embellie des technologies.

Peut-être est-ce plus prudent et plus approprié d’agir ainsi. Bien des experts affirment que les titres technologiques sont surévalués et très volatiles. On évoque une bulle des technos. Est-ce le cas? Devant l’incertitude, la Caisse a décidé de jouer de prudence.

Devoir de transparence

La Caisse de dépôt est une grande institution. Son actif net atteint maintenant 365 milliards de dollars. Non seulement la Caisse doit-elle atteindre des résultats en matière de rendement, mais elle a la mission également d’investir dans l’économie du Québec. Depuis quelques années, un nouveau rôle lui a été confié avec la création de CDPQ Infra.

Cette entité est une solution pour le gouvernement du Québec. La Caisse développe, dirige et entretient de nouveaux projets de transport sans que le gouvernement du Québec ait à s’endetter. On pourrait considérer CDPQ Infra comme étant un sous-traitant du gouvernement et le maître d’œuvre d’une forme de partenariat public-privé (PPP), version 2.0.

Le problème, c’est qu’il s’agit de projets qui servent la collectivité et qui nécessitent que l’intérêt public soit placé avant l’intérêt de la Caisse en matière de rendement. Il est essentiel que les organismes publics, comme l’Agence régionale de transport métropolitain, puissent établir une vision d’ensemble des besoins de transport du Grand Montréal.

La Caisse donne l’impression d’avancer rapidement, ce qui est louable, certainement. On veut des projets qui fonctionnent et qui se réalisent. Mais le gouvernement a le devoir, encore, de s’assurer que les projets de CDPQ Infra répondent correctement aux besoins des citoyens, autant pour l’achalandage que pour l’urbanisme. Il est essentiel également que les coûts que doivent assumer les contribuables soient présentés clairement.

Plus que jamais, avec le nouveau rôle que joue la Caisse de dépôt dans le développement du transport collectif, la transparence est de mise.

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