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LHJMQ : pour une meilleure conjugaison études-hockey

L’importance accordée aux études des jeunes sportifs a rarement été aussi grande dans la LHJMQ qui célébrait la semaine dernière la réussite pédagogique de ses joueurs. Regard sur deux aspects du jeu qui, aujourd’hui, ne peuvent plus s'ignorer.

Un enseignant explique un sujet à un joueur de hockey pendant une période d'étude.

Le conseiller pédagogique Yvan Nolet (à gauche) encadre les joueurs des Olympiques qui étudient au secondaire, dont Antonin Verreault.

Photo : Gracieuseté de Yvan Nolet

Mathieu Massé

Réussites scolaire et sportive sont-elles compatibles? Ce dilemme apparaît aux jeunes hockeyeurs d’élite très tôt dans leur carrière. Beaucoup préfèrent de loin les coups de patin aux coups de crayons et perdent rapidement la motivation en classe.

Dans la biographie de Patrick Roy, écrite par son père Michel et publiée en 2007, l’ancien joueur de la Ligue nationale de hockey, Bobby Smith, aujourd’hui propriétaire des Mooseheads d’Halifax, y est cité : Deux défis attendent un hockeyeur de seize ans au cours des années qui suivent. S’il parvient à jouer dans la Ligue nationale, il a de très bonnes chances de réussir dans la vie. Et s’il a une éducation de qualité, il a d’excellentes chances d’avoir du succès. Mais je pense qu’il est impossible de faire les deux en même temps.

Bien des années plus tard, la réalité décrite par Bobby Smith à l’époque reste un enjeu important. Il pense cependant que les réseaux juniors majeurs canadiens demeurent la meilleure route à emprunter pour les jeunes joueurs. Dans le réseau junior majeur, un joueur peut terminer son école secondaire et voir s’il peut être un joueur de la LNH. Si ce n’est pas le cas, il pourra devenir un étudiant à temps plein à l’université et avoir du succès ainsi.

Bobby Smith, propriétaire des Mooseheads d'Halifax en mêlée de presse.

Bobby Smith, propriétaire des Mooseheads d'Halifax.

Photo : Radio-Canada

Selon lui, les deux visions s’opposent toujours. Quand tu es à l’université, tu es en compétition contre des étudiants à temps plein. La même chose se vaut pour le hockey. Pour être un joueur et réussir, il faut s’y mettre à temps plein. C’est très difficile de faire les deux en même temps.

Élie Blondin est éducateur francophone pour les Eagles du Cap-Breton dans la LHJMQ. Il travaille avec les joueurs pour les aider dans leurs études.

Leur objectif est le sport, mais la culture qu’on veut donner à ces jeunes-là est que l’éducation est très importante! Autant qu’une carrière qu’ils voudraient faire au niveau du hockey.

Une citation de :Élie Blondin, éducateur francophone, Eagles du Cap-Breton

Difficiles à motiver les jeunes? Élie Blondin esquisse un sourire en coin : C’est difficile de les convaincre que les études c’est plus important encore. Parce qu’ils ne peuvent pas tous performer pour réussir dans la ligue nationale. Il rappelle qu’un maigre pourcentage réussira à jouer au hockey professionnel.

Élie Blondin est éducateur francophone avec les Eagles du Cap Breton.

Élie Blondin est éducateur francophone avec les Eagles du Cap Breton.

Photo : Radio-Canada / Skype

À travers le temps, l’importance accordée aux études par les équipes et la ligue a évolué. On en demande plus aux joueurs, tant sur la glace que sur le plan pédagogique. Maintenant, ça fait partie de la culture de cette organisation. L’éducation passe au même niveau que le sport, explique Élie Blondin qui, au fil des saisons, a vu passer dans sa salle de cours de grandes vedettes comme Marc-André Fleury ou Pierre-Luc Dubois.

Les études seulement obligatoires depuis 2011

Natacha Llorens est directrice des services aux joueurs de la LHJMQ depuis une douzaine d’années. Pour elle, un tournant important est survenu peu de temps après son arrivée à ce poste.

Il n’y a pas toujours eu une obligation d’aller à l’école dans la ligue. Quand je suis arrivée, certains joueurs de 18 ans décidaient de laisser tomber l’école et je trouvais ça problématique.

Une citation de :Natacha Llorens, directrice des Services aux joueurs, LHJMQ
Natacha Llorens est directrice des Services aux joueurs dans la LHJMQ

Natacha Llorens est directrice des Services aux joueurs dans la LHJMQ

Photo : Radio-Canada / Skype

C’est en 2011 que l’obligation de fréquenter l’école pour tous les joueurs de la LHJMQ devient réalité. Le chemin n’a pas été simple, explique Natacha Llorens, car les joueurs viennent d'un peu partout. Il fallait travailler avec plusieurs systèmes scolaires différents, pas seulement les Maritimes, le Québec et l’Ontario, mais aussi des États-Unis et de l’Europe.

Un système de bourses d’études a été mis en place pour aider et motiver les joueurs à persévérer au niveau scolaire. Mme Llorens explique que les joueurs comprennent très rapidement l'incidence de mauvaises notes. Un joueur qui ne rencontrerait pas les politiques de la ligue, qui échouerait ses cours par exemple, pourrait perdre une session de bourse. C’est en soi une conséquence assez sévère.

Élie Blondin ajoute qu’une allocation est prévue pour les étudiants qui vont en classe. S’ils ne viennent pas en classe, on coupe l’allocation. Alors tu sais quand il y a un signe de piastre au bout de la ligne, les jeunes, ça les attire, raconte-t-il en riant.

Entre 2013 et 2020, l’argent remis aux joueurs pour leurs études a grimpé constamment, passant d’environ un demi-million à un peu plus de 1,2 millions de dollars.

Graphique montrant que les montants remis en bourses aux joueurs de la LHJMQ ont pratiquement doublés entre 2013 et 2020.

Les montants remis en bourses aux joueurs de la LHJMQ ont pratiquement doublé entre 2013 et 2020.

Photo : Radio-Canada / Louise Duguay

La directrice des services aux joueurs ressent une grande fierté lorsqu’elle voit cette augmentation. Ce qui nous permet de voir que ces joueurs-là, après leur passage dans la LHJMQ, continuent leurs études, vont faire des baccalauréats ou des maîtrises, c’est [grâce à] ce programme de bourses, affirme-t-elle.

Pandémie et équilibre

La pandémie a évidemment changé la donne pour toutes les équipes de la ligue, que ce soit pour les protocoles sanitaires ou pour les études.

Natacha Llorens affirme qu’il faut naviguer un passage bien mince entre la ligne dure et le laxisme. En temps de pandémie on fait attention parce qu’on sait qu’il y a beaucoup d’anxiété chez les jeunes et on ne veut pas en créer davantage, mais on ne veut pas non plus que ça serve d’excuse pour dire qu’on n’avance pas dans les études.

L'importance de la culture d'équipe

L’Acadien Kelsey Tessier a fait son passage dans la LHJMQ tout juste avant ce grand changement. Il a joué pour les Remparts de Québec et les Wildcats de Moncton entre 2006 et 2010. Selon lui, l’importance accordée aux études était déjà présente à cette époque, même s’il n’y avait alors pas d’obligation. À Québec, c’était vraiment super avec l’école. Patrick Roy était très strict. Il parlait souvent avec les enseignants. Qui va bien ou moins bien, qui parle trop en classe. Et Patrick, il réglait la situation pas mal vite, rigole-t-il.

Kelsey Tessier effectue un freinage près de la bande avec de la neige qui s'envole.

Kelsey Tessier, qui évolue maintenant dans la DEL 2 en Allemagne, a joué dans la LHJMQ entre 2006 et 2010.

Photo : Courtoisie Kelsey Tessier

Kelsey Tessier se rappelle que l’importance des études était bien ancrée dans la culture de l’équipe. Plusieurs de ses coéquipiers ont fait un parcours universitaire après leur passage dans la LHJMQ. Selon lui, c’est directement grâce à cet encadrement.

Bobby Smith raconte qu’alors qu’il évoluait dans la Ligue junior de l’Ontario, les équipes n’avaient pas de conseiller pédagogique.

Quand le propriétaire des Mooseheads d’Halifax compare les époques où il a été impliqué dans le hockey junior, l’idée de culture d'équipe est très importante.

Même si la ligue impose des règlements, il en revient, selon lui, à chaque équipe de donner aux joueurs les meilleures chances de réussite. Il note par exemple que dans l'organisation des Mooseheads, l’horaire des joueurs s’organise autour de l’école. Les pratiques ont lieu en après-midi afin de donner la priorité à l’école.

Avant, il n’y avait pas de conseiller pédagogique dans les équipes junior, aujourd’hui c’est un des employés les plus importants de notre organisation.

Une citation de :Bobby Smith, propriétaire des Mooseheads d'Halifax

La Ligue junior de l'Ontario remet annuellement le Trophée Bobby Smith au joueur combinant des résultats scolaires et un niveau de jeu élevé. C'est dire à quel point cet enjeu est important pour l'ancien de la LNH.

Un taux de réussite scolaire élevé

Par ailleurs, les efforts semblent porter leurs fruits, car les joueurs étudiants du circuit Courteau jouissent de taux de réussite enviable.

Le taux de réussite aux secondaire des joueurs des Maritimes de la LHJMQ est de 97%. En comparaison, le taux de réussite chez les élèves en général varie entre 81 et 85%.

Le taux de réussite au secondaire des joueurs des Maritimes de la LHJMQ est de 97 %. En comparaison, le taux de réussite chez les élèves en général varie entre 81 et 85 %.

Photo : Radio-Canada / Louise Duguay

La moyenne de réussite des élèves qui fréquentent l’école secondaire dans les trois provinces maritimes où des équipes de la LHJMQ évoluent se situe entre 81 % et 85 %. Dans le cas des joueurs de la LHJMQ dans les mêmes provinces, la moyenne de réussite est plutôt de 97 %.

Pour Dominic LeBlanc, attaquant de 18 ans avec les Wildcats de Moncton, nommé joueur étudiant du mois de janvier dans son équipe, l’importance des études n’a jamais été remise en doute. L’équipe travaille fort avec nous pour nous soutenir. Mes parents ont aussi toujours mis une importance sur ça.

Il indique aussi être conscient qu’une carrière dans le hockey n’est jamais assurée. Ainsi, il termine son secondaire cette année et devrait entamer un parcours universitaire la saison prochaine, toujours accompagné par les Wildcats de Moncton.

Faire germer le désir des études supérieures

Si la LHJMQ et ses équipes misent autant sur l’éducation de ses joueurs, c’est bien parce que seul un tout petit pourcentage atteindra les rangs professionnels. Un nombre encore plus petit aura une carrière dans la LNH.

Kelsey Tessier vit désormais en Allemagne où il joue professionnellement dans la deuxième division allemande (DEL 2). Dès sa sortie du réseau junior majeur, il a eu la chance de faire une carrière dans la Ligue américaine et en Europe. Il n’a donc pas poursuivi ses études après le secondaire.

À 31 ans, le père de jeunes enfants songe maintenant à un retour à l’Université. Je connais beaucoup de gens qui jouent et qui continuent leur université à 32 ans. Par exemple, dans mon équipe, j’ai un coéquipier qui va terminer ses études. Il lui reste deux cours, mais ça fait six ans qu’il est à l’université. Les exemples positifs sont nombreux et Kelsey Tessier espère joindre le bal.

Les graines semées par des éducateurs, comme Patrick Roy, Natacha Llorens ou Élie Blondin peuvent donc toujours germer, même plus d’une décennie plus tard.

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