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La paroisse Saint-Thomas d'Aquin, une communauté « famille » depuis 60 ans

Des fidèles font la queue pendant que l'hostie est donnée à la paroisse Saint-Thomas d'Aquin à Edmonton.

La messe est célébrée à la paroisse Saint-Thomas d'Aquin à Edmonton.

Photo : Radio-Canada

L'une des plus emblématiques paroisses catholiques francophones à Edmonton, Saint-Thomas d'Aquin, fête ses 60 ans. Ses noces de diamant se déroulent en pleine pandémie, ce qui n'empêche pas les fidèles de garder la foi.

Jacques Requier y est paroissien depuis 12 ans. Il s'occupe de l'art visuel pendant les messes ou les événements forts de l'année.

Ce n’est pas tellement vieux, 60 ans, mais c’est merveilleux que ça continue aujourd’hui, dit-il. Ma foi est bien servie ici à la paroisse. Je peux célébrer dans ma langue.

Cette paroisse est comme une famille pour Nicole Létourneau, une enseignante à la retraite qui la fréquente depuis 25 ans. Il y a un sens d’appartenance à une communauté qui peut se soutenir, explique-t-elle. On se sent plus fort.

Les premières églises à Edmonton

Prier en français n’a pas toujours été si facile dans la capitale albertaine. Les premières messes sont données en français et en latin sur la rive nord de la ville par les abbés Blanchet et Demers, venus du Québec en 1838.

La première chapelle à Edmonton, alors appelée Fort Edmonton, est fondée en 1856. Elle est baptisée Mission Saint-Joachim, précise Denis Perreaux, directeur de la Société historique francophone de l'Alberta.

La présence des francophones à Edmonton s'accélère à la fin du 19e siècle. Edmonton voit sa population mixte passer de 2626 à 31 064 entre 1901 et 1911.

Plusieurs paroisses sont progressivement divisées entre communautés francophones et anglophones au début du 20e siècle.

Photo d'archives en noir et blanc qui montre la façade et le flanc de l'édifice.

L'église Saint-Joachim d'Edmonton en 1908.

Photo : Archives de la Ville d'Edmonton

En ce temps, les institutions religieuses canadiennes-françaises dans la ville d’Edmonton, Saint-Joachim, Sainte-Anne et l’Immaculée-Conception sont essentiellement au nord de la rivière Saskatchewan Nord.

Les services en français au sud du cours d'eau sont rares. La paroisse Saint-Antoine est la seule à proposer des services dans les deux langues.

La situation change en août 1959 sous l’impulsion de Mgr Anthony Jordan, alors archevêque d’Edmonton. Des messes en français ont lieu, pendant un an, à la chapelle du Collège Saint-Jean, sur la 91e Rue.

En parallèle, René et Adèle Blais, ainsi que François et Gabrielle Baillargeon, mettent sur pied l'Association des francophones d'Edmonton-Sud, qui a pour mission de créer une paroisse de langue française.

En décembre 1960, la paroisse Saint-Thomas d’Aquin voit le jour. Le père oblat Arthur Lacerte et l'abbé Denis Hébert, un prêtre d'Edmonton, seront parmi les premiers prêtres à servir la nouvelle communauté francophone.

En mars 1962, l’église ouvre ses portes sur un terrain proche du Collège Saint-Jean.

Des rénovations en cadeau

Aujourd'hui, le père Jean-Claude Ndanga, de la Congrégation des fils de l'Immaculée Conception, en est le curé. Pour les 60 ans de la paroisse, il a voulu donner un coup de jeune à l'édifice.

L’enthousiasme des paroissiens a permis de lancer des rénovations. Les tapis, les bancs, la peinture à l’intérieur... C’était un grand défi, avoue-t-il. On a pu renouveler l’image de la paroisse grâce au volontariat des paroissiens et leur générosité.

À cause de la pandémie, le nombre de fidèles venant prier a baissé, le nombre de dons a diminué et les activités en personne se font rares.

Néanmoins, grâce à la diffusion en vidéo des messes en français, les 500 familles de la paroisse, un nombre qui est resté stable, en 10 ans, notamment grâce à l'immigration venant d'Afrique, peuvent exprimer leur foi à distance.

Le curé Jean-Claude Ndanga devant l'autel de l’église Saint-Thomas d'Aquin d'Edmonton.

Jean-Claude Ndanga était curé à Provost et Consort, dans l'est de l'Alberta, avant de venir à Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Confinés, mais fidèles

Normalement, Nicole Létourneau se rend chaque dimanche à la messe avec son mari et ses trois enfants. Depuis mars, elle vit sa foi dans son salon.

Ça faisait bizarre de suivre les messes sur la télé, au début, mais on s’y habitue. Quand on n’y est pas ce qui nous manque, c’est de recevoir l’eucharistie, le corps du Christ. C’est comme recevoir une force, dit cette fidèle.

Bernadette Sabokwigina, elle, préfère se déplacer. C’est mieux de venir ici, assure-t-elle. Quand on reste chez soi, on reste enfermé sur soi-même. Grâce à l’eucharistie, on reçoit la vie et la force de continuer en confinement.

La paroisse Saint-Thomas d'Aquin en chiffres, avant la pandémie

  • Nombre de familles : 500
  • Nombres baptêmes par an : 20
  • Nombre de première communion par an : 20
  • Nombre de confirmation par an : 25
  • Nombre de groupes paroissiaux actifs : 35

Où est la relève?

Les jeunes croyants se comptent sur les doigts d'une main en ce dimanche de janvier. Le curé avoue que leur faible nombre l’inquiète.

L’avenir de l’Église, c’est la jeunesse. C’est le futur, explique-t-il. On crée des liens avec eux grâce à des événements et des activités pour maintenir un contact, pour qu’ils prennent la relève dans notre Église.

Mère de quatre enfants, Bernadette Sabokwigina confesse : C’est difficile. Les choses de Dieu, on ne les voit pas comme ça. Les jeunes veulent dormir, c’est le combat pour aller à la messe. Ils aiment aller sur les réseaux sociaux, jouer aux jeux vidéo. Ils se demandent pourquoi on fait ça.

Selon une étude menée en 2014 par le Pew Research Center, aux États-Unis, 39 % de la population née entre 1990 et 1996 prie quotidiennement, alors que 67 % de ceux nés entre 1928 et 1945 pratiquent la prière chaque jour.

Un vitrail de l'église Saint-Thomas d'Aquin d’Edmonton, qui représente Marie.

L'Église cherche ses jeunes en ce début de 21e siècle.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Cette tendance est confirmée par une étude publiée en 2019 par l'Université de Waterloo, en Ontario, qui montre que sur 1508 participants, 44 % des jeunes adultes canadiens âgés de 18 à 35 ans disent ne pas avoir de religion.

La génération des millénariaux compte le plus haut taux d'individus sans affiliation religieuse au Canada et aux États-Unis, écrit son auteure, Sarah Wilkins-Laflamme.

Les membres des plus jeunes générations, qui sont maintenant jeunes adultes, sont moins religieux que leurs parents et grands-parents quant à leur affiliation religieuse, leur taux d’assistance aux services religieux, leur fréquence de prière, etc., selon elle.

Ael Kagisye dans la paroisse Saint-Thomas d'Aquin à Edmonton.

Ael Kagisye est bénévole certains dimanches.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Parmi ces rares jeunes, Ael Kagisye, 14 ans, aide à nettoyer les bancs à la fin de la messe à Saint-Thomas d'Aquin.

Je vais à l’église pour remercier [Dieu] pour toutes les bonnes choses de la vie et me rappeler que ça ne vient pas de nulle part. Je me vois continuer même quand je serai adulte, dit-il.

Des activités en vidéoconférence sont organisées chaque mois pour maintenir ce lien fragile avec la jeunesse, mais pour l'instant, la relève n'est pas encore totalement assurée.

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