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3800 $ d'amende pour un Ontarien après une journée de travail au Michigan

Photo de la frontière Canda/États-Unis.

Certains travailleurs canadiens sont considérés comme non essentiels à la frontière Windsor-Détroit.

Photo : Sanjay Maru/CBC

Ronald Rousse, un résident de Belle Rivière qui se rend souvent aux États-Unis pour affaires a reçu mardi une amende de 3800 $ parce que les agents de Santé Canada ne le considèrent pas comme un travailleur essentiel.

C’est une situation qui est due, allègue M. Rousse, au fait que certaines décisions relèvent du seul jugement des agents du gouvernement.

[Les autorités fédérales] ont laissé à la discrétion des agents de déterminer si tu es essentiel ou non, alors qu’il y a une longue liste d'éléments sur le site du gouvernement qui montre qui est essentiel et qui ne l’est pas, explique-t-il.

Je pense que c’est très subjectif et je pense que c’est mal.

Une citation de :Ronald Rousse.

Ronald Rousse est le président d’une société de construction qui opère notamment aux États-Unis. Sa société travaille en ce moment sur un chantier de construction dans la ville de Saint Clair Shores, au Michigan.

Ronald Rousse répond aux questions.

Ronald Rousse se considère comme un travailleur essentiel et juge injuste l'amende qui lui a été infligée.

Photo : Sanjay Maru/CBC

Depuis le 22 février, les règles relatives à l’entrée au Canada ont été renforcées. Les personnes qui arrivent au pays doivent se placer en quarantaine pendant 14 ours après avoir présenté un résultat de test de COVID-19 négatif ou positif datant de 14 à 90 jours.

Le site internet du gouvernement du Canada indique que des exemptions sont possibles dans le cas de personnes qui :

  • Fournissent des services essentiels
  • Maintiennent le transport de biens ou de personnes essentiels
  • Doivent recevoir des soins médicaux dans les 36 heures suivant votre entrée au Canada (non liés à la COVID-19)
  • Traversent régulièrement la frontière pour travailler
  • Vivent dans une communauté transfrontalière intégrée

C’est dans ce cadre que M. Rousse a reçu une amende de 3800 $. Il s’était rendu à Détroit en matinée pour son travail. Contacté par Radio-Canada, Santé Canada réitère les règles évoquées ci-haut.

Une question de fréquence?

Pour M. Rousse, ce qui pose problème dans son cas, c’est la définition de la notion de travailleur essentiel. Il affirme que l’agente des services frontaliers qui l’a interpellé à la frontière jugeait qu’il ne se rendait pas de manière suffisamment fréquente aux États-Unis pour être considéré comme un travailleur essentiel.

Puisque vous n’allez pas tous les jours [aux États-Unis] vous n’êtes pas un travailleur essentiel, vous n’allez pas au travail tous les jours, vous n’êtes pas essentiel ou vous ne traversez pas la frontière tous les jours, vous n’êtes pas essentiel, a expliqué l’agente des services frontaliers à M. Rousse.

Les chauffeurs de camion ne traversent pas tous les jours, les infirmières ne traversent pas tous les jours.

Une citation de :Ronald Rousse

M. Rousse affirme se comporter de manière responsable. S'il ne se rend désormais plus aux États-Unis qu’une fois toutes les deux ou trois semaines, pour des raisons de sécurité sanitaire, il se considère néanmoins comme un travailleur essentiel en raison de personnes qui gravitent autour de lui.

Comme tout le monde, j’ai une famille, j’ai deux jeunes filles, je dois faire tourner mon business, j’ai des employés qui dépendent de moi et je suis jugé essentiel, indique-t-il.

Malgré cela, explique-t-il, l’agente des services frontaliers, qui était assistée de deux employés de Santé Canada, ne lui a laissé que deux options.

Ils m’ont dit que [...] je peux rentrer aux États-Unis et faire un test rapide et revenir me mettre en quarantaine pendant 14 jours, ce que j’ai refusé de faire parce que je me considère comme un travailleur essentiel. Ou alors, aller à Toronto et rester dans un hôtel pendant 14 jours. Et j’ai dit non. Une fois de plus, je suis essentiel, indique-t-il.

Ron Rousse affirme avoir été menacé par les agents frontaliers. Ils m’ont dit qu’ils allaient m’infliger une amende de 3800 $ [...] et demander à la police de m’escorter à Toronto pour rester dans un hôtel. J’ai répondu une nouvelle fois que je suis essentiel, ajoute-t-il.

Au terme de ces échanges, M. Rousse a reçu une amende de 3800 $.

Une situation qui se répète

Ron Rouss n’est vraisemblablement pas le seul Canadien à s'être retrouvé dans ce genre de situation. Laurie Tannous, conseillère spéciale pour le Cross Border Institute de l’Université de Windsor et avocate en immigration, explique qu’elle est interpellée depuis quelques jours pour des questions du même ordre.

J’ai reçu entre 15 et 20 appels de différentes industries, sociétés, institutions qui ont globalement dit la même chose [...] qu’il y a eu une série d’incidents concernant des citoyens canadiens qui n'ont pas été autorisés à entrer [au Canada] pour n'avoir pas eu de test de COVID-19 négatif alors qu’ils sont des travailleurs essentiels, explique-t-elle.

Dans les cas évoqués par Mme Tannous, c’est une fois de plus la question de la fréquence qui est à l'origine du problème.

Laurie Tannous répond aux questions.

Laurie Tannous affirme que les règles actuellement ne sont pas suffisamment efficaces.

Photo : Sanjay Maru/CBC

Ce que j’ai entendu de manière régulière c’est que la raison pour laquelle cela se produit c’est que les agents aux frontières ont expliqué à ces gens qu’ils ne pouvaient pas entrer sans aller en quarantaine parce qu’ils ne traversent pas régulièrement [la frontière], indique-t-elle.

Cela a causé une quantité considérable de chaos et de confusion dans tous les secteurs.

Une citation de :Laurie Tannous.

D’aussi loin qu'elle se souvienne, c’est la première fois qu'il est plus difficile d’entrer au Canada qu’aux États-Unis. Elle souhaite plus de clarté et une plus grande prise en compte de la multitude des formes de travail essentiel dans les villes frontalières.

Ce que je recommanderai, c’est que les personnes qui traversent [...] aient une forme de justification pour les agents des services frontaliers qui expliquent un intervalle régulier pour elle. Si elles disent qu'elles vont une fois par semaine et qu'elles ont besoin [de traverser] une fois par semaine, qu’elles maintiennent cette fréquence, explique-t-elle.

Elle s’inquiète que les politiques actuellement en place ne finissent par produire l’inverse des effets escomptés.

Vous savez quel est le contre-effet de cela? Les gens disent maintenant qu’ils vont aller aux États-Unis tous les jours, pour s’assurer que leur permis reste valide, pour s’assurer de ne pas être astreints à la quarantaine, conclut-elle.

Avec des informations de CBC

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