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Opioïdes au Yukon : « Il est grand temps » que ça change, disent des intervenants

Un panier contenant de l'équipement pour une injection offert au centre d'injection supervisée Insite, à Vancouver.

Les autorités du Yukon croient qu'il faut envisager d'autres approches pour endiguer la crise des opioïdes, comme un centre de consommation supervisée.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Le gouvernement du Yukon, le médecin hygiéniste en chef et le surintendant de la Gendarmerie royale du Canada sont tous d’avis qu’il faut modifier l’approche du territoire dans la lutte contre la crise des opioïdes. La question est maintenant de savoir quand et comment.

Depuis la mi-janvier, le fentanyl a fait trois victimes et possiblement une quatrième, selon le Bureau de la coroner du Yukon, qui attend toujours les résultats de l’examen toxicologique.

Dans un communiqué, cette dernière, Heather Jones, affirme que le taux de surdoses a doublé en 2020, par rapport à l’année précédente.

Des gens dans la rue marchent en hiver avec des banderoles.

En 2018, les Yukonnais avaient dénoncé dans les rues de Whitehorse la crise des opioïdes qui se dessinait. Deux ans plus tard, les intervenants croient qu'il faut en faire plus.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

En entrevue, le médecin hygiéniste en chef, Brendan Hanley, a affirmé être inquiet à la suite des récents décès.

La pandémie « a vraiment eu un impact sur l’accessibilité aux soins de santé, sur les difficultés économiques et sur les gens en situation de vulnérabilité, dont ceux qui ont un logement précaire ».

« Je suis convaincu qu'on a fait beaucoup de progrès, que la situation serait bien pire sans toutes les choses qu’on a faites, mais avec ces autres possibilités, on peut en faire plus pour essayer de contenir cette crise. »

— Une citation de  Brendan Hanley, médecin hygiéniste en chef du Yukon

Brendan Hanley réclame la décriminalisation, mais suggère dans un premier temps la création de centres de consommation supervisée et d’un programme d'approvisionnement d'opioïdes de prescription.

Il admet toutefois que ces mesures n'entreront pas en vigueur du jour au lendemain.

Une crise qui perdure

En 2018, un colloque sur la question de la crise des opioïdes avait rassemblé à Whitehorse les représentants des Premières Nations, des autorités sanitaires, du gouvernement, de la GRC et du Bureau de la coroner.

Dans la salle, des citoyens et d’autres représentants du milieu communautaire inquiets d’une hausse du nombre de décès ont pris la parole l'un après l'autre. Parmi eux, Sylvie Salomon, dont le fil, Maxim, a perdu la vie à la suite d’une surdose de fentanyl dans une prison d’Edmonton.

Les deux femmes assises à une table.

Sylvie Salomon (à droite) tient une photo de son fils, Maxim, mort d'une surdose de fentanyl, lors du forum sur les opioïdes en 2018. À ses côtés, Sylvie Binette, qui s'inquiète toujours pour les jeunes Yukonnais face aux dangers de la consommation.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Beaucoup des gens qui meurent ont probablement déjà des dépendances [...] Mais, souvent, ce sont les derniers à être servis dans notre société, notre communauté surtout. Je pense qu’on réagit toujours très lentement pour le nombre de personnes qu’on a , affirme Sylvie Salomon en entrevue.

Sylvie Binette avait également participé au colloque. À l’époque, elle était déjà inquiète et l’est encore plus aujourd’hui, parce que les mesures sanitaires ont privé les jeunes du secondaire de cours en classe.

« On a réussi à monopoliser tout le monde pour la COVID, puis ici, on a eu plus de morts au Yukon liés [aux opioïdes] pis on n’est pas capables d’adresser la situation comme il faut! Il est temps de faire quelque chose! »

— Une citation de  Sylvie Binette

Les deux Franco-Yukonnaises ont hâte de voir le gouvernement adopter de nouvelles mesures. Tant qu’on n’a pas essayé, on ne le saura pas si c’est une solution, mais je crois que ça vaut la peine d’essayer, dit Sylvie Salomon.

Quand et comment

Ni le médecin hygiéniste en chef ni le territoire ne peuvent dire quand, exactement, ces services seront en place.

C’est une situation complexe qui prend bien du temps, affirme Brendan Hanley. « Un peu comme la pandémie, la solution pour répondre à la menace, ça reste dans plusieurs couches d’actions et je pense que c’est une approche similaire. »

L’approche, croit-il, doit comprendre le traitement, l’éducation, l’intervention d’urgence comme la naloxone ou d’autres mesures.

Des gens derrière des micros à une table.

En 2018, un forum avait rassemblé à la même table les représentants des Premières Nations, de la GRC et du gouvernement territorial pour dégager des pistes de solution à la crise des opioïdes.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Le Yukon dispose déjà d’exemptions légales auprès de Santé Canada qui lui permettraient d’ouvrir un centre d’injection supervisée, explique le médecin hygiéniste en chef.

Là encore, il faut élaborer des barèmes pour s’assurer que ces organismes répondent bien aux besoins, ajoute-t-il.

À demi-mot, les intervenants admettent qu’une grande part du problème tient dans la loi du silence qui sévit au territoire lorsqu’il est question de l’identité des victimes. 

J’ai parlé avec quelques familles dans le passé. Ces messages sont très importants à entendre, mais je sais que c’est très difficile, ça peut prendre des années pour être prêt à parler, conclut Brendan Hanley.

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